Le vendredi 25 mai, Janie Boulianne-Gref (à gauche) a reçu un rein de la part de Marie-Ève Cronin, qui avait été touchée par son blogue. L’opération a été un succès.

Compatibles en tout point

Elles ne se connaissaient pas et pourtant, elles étaient compatibles en tout point. Janie Boulianne-Gref, en attente d’un don d’organe depuis deux ans et demi, a reçu la semaine dernière le rein de Marie-Ève Cronin, l’inconnue qui a surgi dans sa vie pour la transformer.

Jeudi, Janie est retournée chez elle après une semaine d’hospitalisation, alors que sa donneuse était sortie deux jours auparavant.

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Mademoiselle Gref exaucée

Janie avait, à l’automne 2015, appris qu’elle était atteinte d’insuffisance rénale chronique en phase terminale. « C’était beaucoup à encaisser du jour au lendemain », confie celle qui devait, depuis cette annonce, subir trois traitements de dialyse par semaine.

Sa façon d’extérioriser le tout s’est traduite par la création du blogue Mademoiselle Gref. Rapidement, les touchants témoignages de la jeune femme ont gagné en popularité sur les réseaux sociaux.  

L’ayant remarquée grâce à des partages et des commentaires de son cercle d’amis, Marie-Ève s’est jointe au lectorat de Janie.

Leurs chemins se sont recroisés plus tard, en juin 2017, alors que les deux assistaient au Bal Salé. « Je l’ai croisée dans les toilettes et je l’ai abordée en lui disant à quel point je la trouvais belle, même avec sa maladie. Je lui ai dit "si je pouvais, je te donnerais mon rein, sérieusement" », relate Marie-Ève.

« Ça m’arrivait souvent, quand j’allais à la pharmacie ou au centre commercial, dit Janie. Les gens me reconnaissent, ils se sentent touchés et concernés par mon histoire. »

Marie-Ève n’avait rien lancé en l’air. Deux semaines plus tard, elle contactait Janie pour lui demander comment procéder. Cette dernière l’a dirigée vers les services de néphrologie du CIUSSS de l’Estrie — CHUS.

Redoutant une déception, Janie a préféré laisser son intimité à Marie-Ève dans ses démarches. Plusieurs personnes, dont son père, avaient déjà échoué à leur tentative de don, faute de correspondre aux critères.  

L’évaluation d’un donneur ne s’arrête en effet pas à un groupe sanguin commun. Transplant Québec réalise de laborieuses analyses afin de vérifier sa compatibilité. Pour Marie-Ève, le processus a duré 7 semaines.

Ensuite, on a scrupuleusement vérifié l’état de santé de la donneuse, avant d’exiger qu’elle se soumette à une évaluation psychosociale.

Selon la Fondation canadienne du rein, cette dernière permet entre autres de vérifier les motivations du donneur, de lui donner les informations nécessaires à sa prise de décision et de lui offrir un soutien psychologique avant et après son don.

« Du début à la fin, on m’a répété que je n’étais pas obligée de le faire », dit Marie-Ève.  

Être libre de pression peut s’avérer rassurant, mais c’est pour dissuader Marie-Ève que plusieurs personnes de son entourage ont souligné cette porte de sortie. « On m’a presque traitée d’ignorante », dit Marie-Ève.

« Je crois que les gens disent ça pour se rassurer, parce qu’eux ne le feraient pas », se désole Janie.

Au mois de mai dernier, les amies ont finalement connu la date du jour J : Janie recevrait le rein de Marie-Ève le 25 mai.

« C’était un peu comme mon projet d’accouchement. Sur une période de 8 ou 9 mois, je me préparais à donner naissance à quelque chose qui était encore intangible, incertain », dit la donneuse.

Ce « bébé rein » qui les unit, elles l’ont même baptisé. Il se nomme Rénale Lerein Cronin, et il se porte fabuleusement bien.

« Quand je me suis réveillée, tout ce que je demandais, c’était si l’opération de Janie était en cours. Il existe toujours des risques que l’organe ne soit plus transplantable », dit Marie-Ève.

Pour l’instant, aucun des scénarios redoutés ne s’est produit, mais un rejet pourrait survenir jusqu’à 5 ans après la greffe, explique Janie.

Elle est suivie de très près par son équipe médicale et doit ingérer près de 30 pilules par jour. Même si la dose diminuera, elle devra en prendre toute sa vie. Même qu’elle devra recommencer le processus dans 20 ans, l’espérance de vie de son nouveau rein.

Donner sans attentes

« Quand j’ai proposé mon rein à Janie, je lui ai dit : "je ne veux pas que tu penses que je me cherche des amis. Tu n’es même pas obligée de rester en contact avec moi" », raconte Marie-Ève.

Il n’a toutefois presque rien fallu pour que les deux femmes tissent les forts liens qui les unissent actuellement. « C’est comme si on se connaissait depuis toujours » ont-elles dit, presque en chœur.

Aujourd’hui, les deux amies souhaitent partager leur histoire, non pas pour la popularité, mais pour promouvoir le don d’organes. Déjà, plusieurs personnes intéressées ont commencé à s’informer auprès d’elles.  

« Quand les gens sont dans la maladie, il y a souvent un grand silence. On les encourage à en parler autour d’eux », dit celle pour qui un blogue a tout changé.