Blessing Dugbeh
Blessing Dugbeh

Cinq ans de prison pour Blessing Dugbeh

Blessing Dugbeh écope d’une peine de cinq ans de prison pour l’agression sexuelle en groupe d’une adolescente de 15 ans alors qu’il se savait porteur du VIH.

« En jouant à la roulette russe avec la santé de la jeune victime, l’accusé présente ici un degré nettement plus élevé de culpabilité morale », estime la juge Claire Desgens de la Cour du Québec.

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La juge a lancé un message clair, jeudi au palais de justice de Sherbrooke, que la société désapprouve la nature des crimes commis par Dugbeh.

« L’accusé a délibérément ignoré les signes de détresse de la victime qui ne consentait clairement pas à ce qui se passait. Il a plutôt adopté une attitude arrogante et agressive. Pendant que la jeune répétait “ non ”, il lui intimait de se taire en la frappant au visage avec son pénis et en lui disant qu’elle parlait trop », retient la juge Desgens.

Blessing Dugbeh, habillé sobrement, fixait devant lui sans avoir de réaction particulière lors de la lecture de la décision sur la peine.

Trente-trois mois de détention provisoire ont été retranchés de la peine. Dugbeh devra donc purger encore deux ans et trois mois de prison dans une prison fédérale.

Dugbeh, qui avait 19 ans lors des évènements, a été déclaré coupable en mai 2019 d’une agression sexuelle en groupe sur une personne de moins de 16 ans. Un crime passible d’une peine minimale de cinq ans de détention ainsi que de harcèlement criminel.

« Une personne raisonnable (...) ne considèrerait pas cruel ni inusité que l’accusé soit condamné à une peine de cinq ans de pénitencier pour avoir forcé une jeune fille vulnérable de 15 ans à lui faire une fellation lors d’activités sexuelles de groupe où deux autres protagonistes la forçaient à les masturber, ignorant son absence de consentement et ayant omis d’utiliser une protection quelconque alors qu’il se savait atteint du VIH, une maladie incurable », indique la juge Desgens.

Lors des évènements, Dugbeh se savait porteur du VIH.

« Les gestes demeurent hautement répréhensibles (...) En participant à cette agression, l’accusé a non seulement choisi d’ignorer que la jeune victime ne consentait pas à certaines activités sexuelles, mais ne s’est pas non plus soucié de mettre sa jeune vie en danger », soulève la juge Desgens dans sa décision.

Les faits

C’est à la suite de l’invitation d’une amie pour un chilling que la victime s’est rendue au logement où sont survenus les gestes le 12 février 2017.

La plaignante a manifesté qu’elle ne voulait pas faire d’orgie lors du visionnement d’images pornographiques projetées lors de cette soirée.

La plaignante et un témoin entendu lors du procès se sont d’abord isolés du reste du groupe pour avoir des rapports sexuels.

La juge mentionne que les adolescents, en plus de Dugbeh, sont ensuite arrivés « comme un troupeau » dans la chambre où sont survenus les gestes.

D’autres adolescents et Dugbeh se sont livrés à plusieurs activités sexuelles où plusieurs mains touchaient le corps de la victime.

La victime répétait qu’elle ne consentait pas aux gestes sexuels.

Le tribunal avait retenu que la victime a témoigné que deux gars lui prenaient les mains et que Dugbeh lui prenait la tête en l’obligeant à lui faire une fellation.

Comme facteurs aggravants, la juge a retenu la gravité objective du crime passible de la détention à perpétuité et la période rebelle que l’accusé a délibérément choisi de vivre en secret l’ayant ainsi éloigné des valeurs véhiculées par sa famille. La juge a aussi retenu l’oisiveté et les mauvais choix de fréquentation de l’accusé, qu’il a agi comme acteur principal de l’agression commise avec d’autres adolescents alors qu’il était le seul adulte présent sur les lieux, le caractère intrusif des gestes, la violence intrinsèque et singulière des gestes, les traumatismes de la victime, une prise de conscience tardive de l’accusé et qu’il était porteur du VIH et que cette infection n’était pas contrôlée.

La juge Desgens a retenu comme facteurs atténuant entre autres le jeune âge de l’accusé, son absence d’antécédent judiciaire, l’absence de préméditation, sa prise de conscience à la gravité des gestes et aux séquelles, sa reconnaissance tardive des crimes et ses regrets manifestés à la dernière minute. Son histoire de vie avant d’immigrer au Canada ainsi que le témoignage de sa mère concernant sa bonne éducation ont été considérés.

La juge a aussi insisté sur les gestes de menace faits par Dugbeh à la suite de la dénonciation de la victime. Dugbeh avait mis sur sa story Snapchat un message avec un pistolet et le message « We don’t call 911, we use » avec deux émoticônes de fusils.

Lors des observations sur la peine, la jeune femme victime avait lu une lettre au tribunal pour témoigner des conséquences du crime sexuel qu’elle a subi lors des observations sur la peine. Elle était présente lors de l’imposition de la peine, mais n’a pas voulu la commenter.

La procureure aux poursuites criminelles Me Marilène Laviolette représentait le ministère public, alors que Me Guy Plourde défendait l’accusé.

« On comprend que la peine imposée se trouve dans le haut de l’échelle pour des crimes de cette nature. C’est une peine qui reflète le côté de la dénonciation, de la dissuasion et de l’exemplarité des peines en semblable matière », commente Me Laviolette.