Guy Bastien, 82 ans, est décédé dimanche.

CHSLD Roland-Leclerc: un octogénaire perd la vie après une chute

TROIS-RIVIÈRES — Un homme de 82 ans atteint d’Alzheimer a perdu la vie, cette fin de semaine, après un incident survenu vendredi soir au Centre d’hébergement de longue durée (CHSLD) Roland-Leclerc de Trois-Rivières. Étant donné les circonstances nébuleuses entourant son décès, une enquête sera menée par un coroner pour faire la lumière sur cette affaire.

Une enquête a été ouverte samedi par la police de Trois-Rivières, après que la famille de Guy Bastien ait porté plainte. Ce dernier aurait subi une fracture du crâne et une hémorragie cérébrale qui a causé son décès, dimanche matin. La famille blâme le CHSLD, qui n’a pas jugé nécessaire d’hospitaliser M. Bastien après une chute survenue vendredi soir. Le fils de M. Bastien dit l’avoir retrouvé couvert de sang et de vomi dans sa chambre, après avoir été informé de l’incident. C’est lui qui a alors contacté le 911 pour que son père soit amené à l’hôpital. 

«Que des professionnels de la santé comme eux n’aient pas voulu l’amener à l’hôpital alors qu’il vomissait et qu’il saignait, ce n’est pas normal», affirme Marc Bastien. 

La famille accuse par ailleurs un gardien de sécurité du CHSLD d’avoir poussé Guy Bastien, ce qui aurait entraîné sa chute et causé ses blessures. Le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec indique toutefois que l’enquête interne qu’elle a ouverte ne permet pas de corroborer cette information. Dans un courriel envoyé dimanche, une porte-parole du CIUSSS assure que celui-ci collaborera avec la coroner et poursuivra son analyse afin de déterminer si le personnel présent a agi ou non dans les règles de l’art. 

La police de Trois-Rivières est intervenue vendredi soir au centre Roland-Leclerc, mais pour une autre altercation, survenue entre Marc Bastien et le gardien qu’il accuse d’avoir poussé son père. M. Bastien, qui est conseiller municipal à Saint-Étienne-des-Grès, a été arrêté puis relâché sous promesse de comparaître en janvier prochain. 

D’après la famille, le Centre Roland-Leclerc aurait par ailleurs changé sa version des faits au moment où les policiers se sont présentés sur place. L’employée qu’ils ont rencontrée leur aurait affirmé que selon les dires du gardien, son patient était tombé tout seul. 

«Il était solide sur ses pieds, donc quand on nous dit qu’il est tombé tout seul, ce n’est pas possible», rétorque Marc Bastien. 

Ce dernier est retourné, avec sa famille, chercher les effets personnels de son père au CHSLD Roland-Leclerc, dimanche. Des policiers les ont accompagnés dans l’établissement, à leur demande. 

Malgré l’issue tragique de l’incident, M. Bastien tient à souligner la gentillesse et le professionnalisme du personnel du CIUSSS avec qui il a eu à traiter, tant à l’hôpital qu’au CHSLD.


C’est dans cet état que la famille de Guy Bastien, 82 ans, l’a retrouvé vendredi à son arrivée au CHSLD où il était hébergé. L’octogénaire est décédé dimanche matin.

Formation inadéquate?

Le décès de Guy Bastien pousse sa famille à se demander si les gardiens de sécurité qui travaillent dans les CHSLD sont adéquatement formés pour travailler auprès d’une telle clientèle. Ces gardiens travaillent pour une firme externe à laquelle fait appel le CIUSSS. 

«Les gens qui travaillent auprès de nos usagers savent comment interagir avec une personne désorientée, qui fait de l’errance ou qui peut être violente. Que ce soit nos propres employés ou une personne en provenance d’une firme», affirmait samedi Fanny Houle, chef de service aux communications internes du CIUSSS. 

Pour sa part, Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec (SPPSAM-CSN), n’est pas convaincu que ce soit le cas. Selon lui, le CIUSSS devrait faire appel davantage à des agents d’intervention, qui sont formés pour intervenir auprès des personnes qui risquent de devenir agressives, que des agents de sécurité. Il explique que les agents d’intervention sont formés pour intervenir physiquement lorsque la sécurité du personnel ou des usagers est en danger, mais avant tout pour désamorcer les crises de manière pacifique. M. Bastarache indique que des agents d’intervention, qu’il est d’ailleurs lui-même, travaillent dans des centres jeunesse et des ailes de psychiatrie du CIUSSS. Il affirme toutefois se heurter au refus de ce dernier d’en embaucher davantage, notamment en CHSLD. Le président du SPPSAM-CSN ajoute que des incidents comme celui survenu vendredi risquent malheureusement de devenir plus fréquents, en raison du vieillissement de la population. 

«On reçoit de plus en plus de demandes d’aide de nos membres préposés en CHSLD, concernant des personnes Alzheimer, qui y sont de plus en plus nombreuses. C’est extrêmement préoccupant, et ce n’est pas la première fois qu’on entend parler d’une histoire de la sorte», affirme M. Bastarache.  


Le CHSLD Roland-Leclerc

Mieux comprendre la maladie

Nicole Poirier, fondatrice et directrice de Carpe Diem - Centre de ressources Alzheimer, appelle pour sa part à une meilleure compréhension et prise en compte de la complexité de la maladie d’Alzheimer. 

«Ce que ça soulève, tout ça, c’est que la maladie d’Alzheimer, c’est complexe. Toutes les personnes qui ont un diagnostic n’ont pas toutes les mêmes réactions et la même évolution des symptômes. Ça demande un accompagnement qui est spécialisé», estime-t-elle. 

Selon elle, la réponse à cette situation doit tenir compte de nombreux aspects, étant donné cette complexité. Selon elle, le roulement de personnel au sein des CHSLD ne contribue pas à la stabilité des personnes atteintes d’Alzheimer, qui doivent sans cesse s’adapter à de nouvelles personnes. Quant à la présence de gardiens, elle croit également que dans certains cas, cela peut contribuer à désorganiser les malades. 

«Une personne accompagnée d’un gardien de sécurité peut se demander pourquoi il la suit, ou même penser que c’est la police et se dire: pourquoi il me suit? Je n’ai rien fait de mal. D’où l’importance d’avoir une approche qui tient compte de la réalité de chaque personne. Les personnes qui arrivent en hébergement sont perdues, elles ne savent pas pourquoi elles sont là. La réponse à tout ça vient dans compréhension de ce que chaque personne vit», croit Mme Poirier. 

Mme Poirier met toutefois la population en garde contre la tentation de vouloir trouver un responsable, patient ou employé en CHSLD, trop rapidement. Elle rappelle que, particulièrement avec la nouvelle approche en santé qui vise à réduire le recours à la médication, les gestionnaires en santé doivent conjuguer liberté personnelle des patients et sécurité de tous les usagers et employés. 

«C’est de la haute voltige et c’est souvent mal compris de la part de la population», soutient-elle.