Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Le musée (non officiel) de René et Nathalie Simard se situe à l’intérieur du loft de Chantal Mandeville qui accumule des articles à leur effigie depuis près de 50 ans.
Le musée (non officiel) de René et Nathalie Simard se situe à l’intérieur du loft de Chantal Mandeville qui accumule des articles à leur effigie depuis près de 50 ans.

Chantal et ses «p’tits Simard»

CHRONIQUE / «Ça valait la peine que tu te déplaces hein?»

Chantal Mandeville éclate de rire en voyant ma tête. Je ne sais plus où regarder. Je serais malvenue de parler pour René et Nathalie, mais j’ose penser que si les «p’tits Simard» entrent ici un jour, eux aussi auront la mâchoire décrochée à la vue de tous ces objets à leur effigie.

Des 45 et des 33 tours en vinyle, des cassettes audio, des CD, des DVD, des livres, des photos, des premières pages de magazines, des affiches, des silhouettes grandeur nature, des vêtements, de la vaisselle, des porte-clés, des macarons, des tapis, des bijoux, la mèche de la queue d’un cheval ayant appartenu à Nathalie...

Impossible d’énumérer tout ce qu’on retrouve ici. Il y en a énormément et partout. Le portrait des deux vedettes est même apposé sur les couvre-éléments de la cuisinière et sur le couvercle du siège de la toilette.

Chantal m’a invitée à entrer dans sa salle de bain où les sourires étincelants de René illuminent la pièce, quel que soit l’angle sous lequel on se place.

Chantal est chez elle ici... et un peu, beaucoup, passionnément chez ses idoles.

La femme de 55 ans a créé le «Musée de René et Nathalie Simard (non officiel)», un lieu qui ne ressemble à aucun autre endroit.

«Quand les gens entrent ici, ils sont époustouflés. Ça ne laisse personne indifférent.»

Effectivement, difficile de ne pas être impressionné en mettant les pieds dans ce loft qui lui sert à la fois de musée et d’appartement. Un muret sépare les deux sections. Le plancher est recouvert de photos protégées par des panneaux de plastique transparent. René et Nathalie occupent le moindre centimètre disponible.

De l’extérieur de la bâtisse, rien n’y paraît. L’enseigne «Surplus Labrecque» est toujours sur la façade de cet ancien commerce de Plessisville.

Chantal habitait à l’étage depuis trois ans, dans un quatre pièces et demie. Sa collection était rangée dans d’innombrables boîtes empilées dans une chambre et au fond des placards.

En décembre dernier, la locataire a proposé au propriétaire de s’installer au rez-de-chaussée qu’elle a littéralement métamorphosé afin d’y exposer ce qui la fait vibrer depuis 1971.

Chantal avait 6 ans lorsqu’elle a découvert René Simard, un garçon de 4 ans son aîné. Plutôt que d’utiliser son argent de poche pour s’acheter des bonbons au dépanneur, la fillette mettait la main sur le plus récent magazine où l’enfant star de l’époque faisait la manchette.

Comme lui, elle interprétait «L’oiseau» et rêvait de monter sur scène.

Chantal n’a jamais été en amour avec René, souligne-t-elle en devinant ma prochaine question.

«Oui, en vieillissant, je le trouvais beau et sexy, mais je ne me suis jamais pâmée devant lui», nuance la femme avant d’ajouter ceci à l’intention de ceux et celles qui pourraient la trouver intense de vivre dans un tel environnement.

Notre opinion est le dernier de ses soucis.

«Moi, je suis bien là-dedans!»

Voilà.

Célibataire et sans enfant, Chantal Mandeville n’a pas de famille, ses parents étant décédés depuis quelques années déjà. Plus jeune, cette fille unique considérait René comme un grand frère et Nathalie, comme une petite sœur.

Chantal a grandi en regardant les Simard devenir des adultes sous les feux de la rampe. La femme en connaît un rayon sur leur carrière, leur vie personnelle, avec ses hauts et ses bas.

«La tempête est passée. Nathalie est mieux dans sa peau», nous apprend-elle.

Au fil des cinquante dernières années, Chantal Mandeville a fait l’achat d’objets inédits sur les Simard, tant auprès de photographes que dans les encans et sur le Web. Des gens lui ont donné toutes sortes de trucs. Chantal en a également fabriqué.

«Je suis une collectionneuse-archiviste», se définit la dame dont un mur complet de l’appartement est disparu derrière des milliers de vidéocassettes. Ce sont des films westerns, de fiction, d’horreur, des drames, des comédies...

Ça n’a rien à voir avec les Simard, mais ce décor hors de l’ordinaire en dit un peu sur celle qui est également incapable de résister à la vue d’un bibelot aux couleurs de personnages animés.

«Je suis une Miss bébelles! Tu ne verras pas un autre appartement comme celui-là, c’est sûr!»

Chantal Mandeville se défend d’être une fanatique de René et Nathalie. Cette épithète sonne négatif à ses oreilles.

«Je ne vais pas courir après eux à la fin d’un spectacle. Je ne m’impose pas.»

Curieux que nous sommes, on lui demande souvent de chiffrer la valeur de son passe-temps qui est devenu un mode de vie.

«Je ne sais vraiment pas quoi répondre...», commence par me dire celle qui avait estimé sa collection à 100 000 $ dans un reportage publié en 2008 dans le journal La Voix de l’Est. Chantal résidait à Acton Vale.

Cette évaluation a augmenté depuis. Chantal a continué de recevoir des cadeaux et de faire des achats. Elle a récemment commandé des vinyles livrés du Japon où René Simard a triomphé au milieu des années 70. La collectionneuse a des contacts au pays du Soleil levant.

«Il y a cinq Japonaises qui veulent venir me voir! La mâchoire m’a décrochée.»

Chantal n’exclut pas l’idée de faire évaluer sa collection version 2020 par un professionnel, mais sa priorité actuelle est de faire connaître son musée et, se croise-t-elle les doigts, d’y recevoir ses deux artistes préférés. Depuis le temps qu’elle leur consacre sa vie et ses économies...

Les Simard connaissent l’existence de cette collection qu’ils n’ont jamais vue.

Chantal l’a présentée pour la première fois en 2003, dans un local loué exclusivement à cet effet. Elle habitait alors à Montréal.

À ce jour, René n’a pas donné suite à ses invitations tandis que Nathalie, à qui Chantal écrit à l’occasion via les réseaux sociaux, a laissé savoir qu’elle pourrait bientôt se rendre à Plessisville.

La femme est impatiente de rencontrer la chanteuse qui lui récemment offert un veston porté lors d’une tournée de spectacles.

«Elle est tellement fine!»

Chantal est aux anges et le serait encore plus si Nathalie Simard acceptait de s’associer à son projet de musée, quelque chose d’officiel cette fois, avec l’aide financière que cela comporte.

Persuadée de son succès, elle se dit même prête à déménager de nouveau si Nathalie lui en faisait la demande.

«Ça va pogner! Je le sais. Les gens qui viennent me visiter veulent revenir. Il y a trop de choses à voir!»

Si Nathalie décline sa proposition, Chantal songe à lui léguer sa collection le jour où elle ne sera plus de ce monde pour s’en occuper. «Je pourrais la coucher sur mon testament. Elle partagera cela avec René et les enfants.»

Si la chanteuse refuse encore, la femme envisage de l’offrir aux Archives nationales du Québec.

Ce serait la dernière option, admet Chantal Mandeville qui, en attendant, vous invite chez elle. C’est gratuit. Sur rendez-vous seulement: facebook.com/museesimard.