Gila Martow a remplacé Amanda Simard au poste d’adjointe parlementaire à la ministre des Affaires francophones de l’Ontario.

«C’est quoi, Montfort ?»

CHRONIQUE / J’avais oublié cette histoire. C’est la députée indépendante de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, qui me l’a rappelée la semaine dernière, lorsque nous nous sommes rencontrés dans le cadre de la « grande entrevue du samedi ».

Mme Simard me racontait comment le gouvernement conservateur de Doug Ford et son parti semblent complètement « déconnectés » de la communauté franco-ontarienne et de la réalité des francophones en province.

« Je pense qu’il y a une déconnexion complète entre la communauté francophone, ce gouvernement et le Parti progressiste conservateur de l’Ontario (PC), et c’est triste, a dit Mme Simard. J’étais là [au sein de ce parti], j’aurais pu leur dire il y a des mois de ne pas toucher à ça [le Commissariat aux services en français et l’Université de l’Ontario français]. Mais ils n’ont même pas voulu prendre le temps de me consulter.

«Et une autre chose démontre la déconnexion entre les Franco-Ontariens et ce gouvernement, poursuit Mme Simard. Regardez qui ils ont choisi pour me remplacer [à titre d’adjointe parlementaire à la ministre des Affaires francophones]. Ils ont choisi Gila Martow. Celle qui a demandé aux médias : ‘C’est quoi Montfort ?’ Elle était à l’époque critique en matière d’Affaires francophones pour le PC [qui était alors dans l’opposition] et elle ne connaissait même pas l’histoire de Montfort. Je m’arrachais les cheveux de sur la tête », ajoute la députée Simard.

J’avais oublié cette histoire. Mais je l’ai vite retrouvée sur la toile.

C’était le 9 février 2015. Gila Martow accordait une entrevue au journaliste Sébastien Pierroz, de #ONfr. Lorsque celui-ci a demandé à la députée Martow quel était l’impact, selon elle, de la crise de Montfort pour son parti aux yeux des francophones, elle a répondu : «Je ne connais pas du tout Montfort, de quoi s’agit-il ?»

Mise au fait par le journaliste, Mme Martow n’a vraisemblablement rien compris de son explication puisqu’elle a ajouté : «Le gouvernement libéral pourrait rouvrir cet hôpital s’il le voulait».

Misère… Cette dame, chers amis Francos, est aujourd’hui adjointe parlementaire de la ministre des Affaires francophones. Cette même dame qui, toujours en février 2015, a dit que le site internet du PC «sera traduit prochainement». «J’ai demandé qu’on trouve quelqu’un pour le faire, a-t-elle déclaré. L’ennui, c’est que ça risque de coûter de l’argent.»

Nous sommes en décembre 2018, presque quatre ans plus tard, et le site du PC est toujours uniquement en anglais…

Voici une autre déclaration étonnante qu’a faite la députée Amanda Simard lors de notre entretien : personne du PC ne lui a annoncé qu’elle allait être nommée adjointe parlementaire de la ministre Mulroney.

«Je ne savais même pas que j’allais obtenir le poste d’adjointe parlementaire, a-t-elle déclaré. Je l’ai su en même temps que tout le monde, c’est-à-dire lorsqu’ils en ont fait l’annonce. Je visitais des appartements [à louer] à Toronto lorsque j’ai commencé à recevoir des textos de gens qui me félicitaient. Personne ne m’avait dit que j’allais être nommée à ce poste. Donc je pense que vous pouvez voir une certaine constance en ce qui a trait aux communications dans ce gouvernement.»

Oui, Mme Simard, on la voit, la constance. Et pas seulement au niveau des communications.

Un site web uniquement en anglais.

La seule députée franco-ontarienne du caucus qui se voit pratiquement forcée de remettre sa démission et de siéger comme indépendante.

Une adjointe parlementaire à la ministre des Affaires francophones qui pense qu’un « S.O.S. Montfort» est un tampon de laine d’acier extra fort.

Un gouvernement qui retire des acquis aux Franco-Ontariens sans même y penser deux fois et sans consulter qui que ce soit dans la communauté franco-ontarienne. Et la liste se poursuit…

On la voit, la constance, Mme Simard. On la voit clairement.

Et elle fait frémir.