«C'est plus facile d'aller sur la Lune»

Trois-Rivières — Alors que le milieu s’attendait à la confirmation du projet de train à grande fréquence (TGF) dans le budget fédéral, l’absence de sommes pour sa réalisation fut accueillie avec déception par l’ensemble des intervenants de Trois-Rivières.

«Je ne comprends pas. Je pense que c’est plus facile d’aller sur la Lune que de ramener un train sur la rive nord. J’étais convaincu que François-Philippe Champagne mettrait le poids dans la balance», a commenté le maire Yves Lévesque.

Déjà avant le dépôt du budget, le ministre des Transports, Marc Garneau, avait jeté une douche froide sur une possible annonce. En réponse à une question du député trifluvien sur le sujet, Robert Aubin, il lui a rappelé qu’une somme de 3,3 millions avait été consentie en 2016 pour étudier la possibilité d’un TGF. «L’étude se poursuit. On le fera savoir à tout le monde quand on aura des résultats», a déclaré l’ancien astronaute.

Or, Ottawa revient plutôt à la charge avec de nouvelles études sur une période de trois ans, selon certaines sources. «Ce que ça me dit, c’est qu’on gagne du temps pour pouvoir être capable d’annoncer ce TGF-là dans le budget de l’an prochain qui sera un budget préélectoral et qui permettra aux libéraux de faire campagne sur la réalisation postélectorale du TGF», interprète le député fédéral de Trois-Rivières.

Selon lui, «on ajoute l’insulte à l’injure». «Non seulement on ne va pas de l’avant avec le train cette année, alors que ça fait consensus auprès de l’ensemble des partenaires et à mon avis, même au sein du gouvernement, mais on reporte la décision pour pouvoir faire campagne là-dessus», croit-il.

C’est d’ailleurs ce qui donne espoir à la présidente de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, Amélie St-Pierre. «Ils ont été prudents en troisième année de budget. L’année prochaine, c’est une année électorale. Les gros bonbons vont être gardés pour cette quatrième année-là. Ça fait 30 ans qu’on mène le projet», a-t-elle confié. 

Celle-ci était néanmoins déçue du budget Morneau. «Juste avant l’annonce du budget, on avait quand même eu l’appui des deux gouvernements, on sentait vraiment que le projet était mûr, avec la mobilisation politique depuis un an et demi dans la région. De savoir qu’il y a encore une étude, c’est sûr qu’on ne s’attendait pas à ça. On s’attendait vraiment à avoir des dollars pour amorcer la réalisation de ce projet», ajoute Mme St-Pierre.

Par contre, elle se console d’apprendre que l’étude à venir, au coût de huit millions de dollars, traitera de l’implantation du TGF. «Pour VIA Rail, c’est une bonne nouvelle, d’autant plus qu’il y a un montant disponible pour renouveler la flotte», a-t-elle reçu comme précision.

À son avis, «il faut continuer notre mobilisation et à se faire entendre qu’on souhaite le TGF. On ne lancera pas la serviette, on va continuer de rester mobiliser et d’appuyer ce projet», assure la présidente de la CCI3R.

Une détermination partagée par le maire de Trois-Rivières. «On ne lâchera pas le morceau. On a un beau consensus», a-t-il fait savoir.

Et il ne décolère pas sur la réalisation de nouvelles études. «C’est l’art de faire des études pour faire des études. On parle de ramener le train de passagers sur la rive nord et d’améliorer le service du côté de la rive sud. VIA Rail a démontré clairement que c’était rentable, faisable et intelligent. On n’est pas en train d’inventer quelque chose de nouveau, ni de mettre sur un banc d’essai un monorail. On ne fait pas un TGV. C’est quoi la joke? On a le don d’étirer le temps», a-t-il ouvertement déploré.

Pour le député du NPD, Robert Aubin, ce budget reflète le fait que «notre ministre régional est le porte-voix du gouvernement en région plutôt que d’être le porte-voix de la région au gouvernement. Aucun des projets ou aucune des attentes que les Trifluviens et les Mauriciens avaient ne sont rencontrés dans ce budget», soutient-il.

Par exemple, le budget ne contenait rien au sujet de la pyrrhotite «alors qu’on attend depuis longtemps le financement d’une étude scientifique qui pourrait déterminer la norme sur la qualité des agrégats du béton et qui ferait en sorte d’éliminer toutes les personnes qui sont dans la zone grise».

«Cette année, Ottawa est à revoir son code du bâtiment et on ne prévoit pas les sommes pour faire cette étude-là. C’est à n’y rien comprendre de la part d’un ministre qui est directement concerné dans sa région», indique M. Aubin.

Et rien également pour indemniser les victimes de Yamachiche «alors que le rapport a démontré clairement que ce n’est pas un acte de Dieu et que c’était vraiment relié à une problématique de circulation maritime».

Finalement, le député fédéral se dit consterné de voir où l’accès au logement se situe sur la liste de priorités du gouvernement. Alors que 21 % des citoyens de Trois-Rivières consacrent plus du tiers de son revenu à se loger, il aurait espéré que le gouvernement s’engage, dès maintenant, par le biais d’investissements en logements sociaux, auprès des familles à faible revenu.