L’hebdomadaire fondé en 1959 fermera ses portes le 5 septembre.

C'est la fin pour «La Revue»

Une page d’histoire se tourne dans la région. À peine un mois et demi après avoir voulu donner « un vent de renouveau » à La Revue avec l’appellation Le Gatineau Express, Lexis Media met la clé dans la porte de cet hebdomadaire ouvert il y a près de 60 ans.

Journaliste de longue date et ancien directeur de l’information de La Revue, Sylvain Dupras a confirmé au Droit que l’annonce de cette fermeture a été faite mardi après-midi par les dirigeants de Lexis Media. Selon nos informations, cette décision ne touche que Le Gatineau Express, de sorte que Le Bulletin et La Petite-Nation continueront d’être publiés. La dernière édition du Gatineau Express devrait être publiée le 5 septembre.

M. Dupras, qui œuvrait pour l’hebdomadaire depuis 1983, a parlé d’un « jour très triste » et de la « perte d’une voix démocratique ». « C’est déplorable. C’est quand même un média qui avait sa place, elle était complémentaire aux autres, a-t-il mentionné. On essayait de ne pas jouer dans la cour des grands, on essayait de jouer dans notre propre carré de sable. »

La publication aura survécu moins d’un an entre les mains de Lexis Media, qui l’avait achetée de TC Media en décembre 2017. À l’interne, des craintes étaient présentes. Le tirage avait été modifié par Lexis Media, passant de 95 000 à 50 000 exemplaires par édition. 

« Je dois avouer que du moment où ils ont changé le nom en juillet, ça a comme sonné une cloche que la fin était proche (...) Je me rappelle les années où c’était très rentable et où on pouvait monter des journaux de 80 ou même 100 pages », se rapelle M. Dupras. À la mi-juillet, la directrice principale de Lexis Media, Véronique Gauthier, avait annoncé que l’appellation Le Gatineau Express remplaçait La Revue dans le cadre d’une « série de changements » devant permettre au journal « de poursuivre son travail auprès de la communauté qu’il dessert ».

Invité à commenter la décision de l’entreprise, le président de Lexis Media, Frédéric Couture, a répondu par courriel qu’il était « dans l’impossibilité de parler ».

Dans un message publié sur Facebook, la section régionale de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) s’est dite « attristée ».

« La perte d’un média d’information n’est jamais une bonne nouvelle, particulièrement en région où les sources d’information sont plus rares, estime la FPJQ-Outaouais. En l’absence d’une diversité de médias d’information, on crée un environnement où les mécanismes de surveillance de nos institutions sont laissés à eux-mêmes. Il s’agit également d’un bon moment pour rappeler que la FPJQ croit que les programmes d’aide à la presse des gouvernements doivent être bonifiés. »

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a quant à lui réagi en qualifiant la disparition de ce média de « coup dur pour Gatineau, mais aussi pour la démocratie locale ».

« S’informer sur ce qui se passe dans sa région, dans sa ville, c’est se donner les moyens de prendre des positions, de comprendre les enjeux qui nous entourent, de renforcer nos communautés. On sait aussi que le taux de vote aux élections est directement proportionnel à la couverture médiatique locale. Perdre un média, c’est donc aussi risquer de voir la participation au vote s’effriter encore plus », a-t-il déclaré.

Le député fédéral de Gatineau, Steve MacKinnon, s’est dit abasourdi par la nouvelle. 

« C’est absolument dévastateur, je craignais une telle éventualité évidemment avec un changement de propriétaire, le changement de nom et le départ de personnel clé. Malheureusement, les nuages s’en venaient. La Revue, on l’appelait toujours ainsi, était un incontournable dans le quotidien des gens de Gatineau, avec entre autres les annonces pour les organismes communautaires », a-t-il indiqué.

Pour sa part, le député sortant dans Chapleau, Marc Carrière, a souligné qu’il s’agissait d’une « journée triste pour l’information régionale », ajoutant qu’il avait grandi avec La Revue de Gatineau pour laquelle il avait un attachement particulier.

Fondé par Gérard Bonicalzi, La Revue est parue pour la toute première fois le 3 septembre 1959. Son slogan de l’époque était « Sers le bien, le vrai et le beau ». Le journal a par la suite eu plusieurs propriétaires dont les hommes d’affaires Fernand Philipps et Claude Bérard, Publications Dumont ainsi que Cogeco. En 1996, Transcontinental acquiert l’hebdomadaire et en demeure propriétaire jusqu’en 2017.