Les organismes de défense des droits des aînés veulent intensifier la lutte pour éviter des cas extrêmes d’abus comme celui survenu dans le secteur Pointe-du-Lac.

Cas de maltraitance: les organismes de défense des droits des aînés sous le choc

TROIS-RIVIÈRES — Les différents organismes de défense des droits des aînés dans la région et au Québec ont perçu comme une véritable claque au visage l’histoire de séquestration et de maltraitance envers deux personnes âgées pour laquelle Guy Boileau et Marie-Jeanne Côté sont désormais accusés. Pour ces organismes, ce triste cas de maltraitance mis au jour après plus de quatre années d’abus est une manifestation extrême de l’importance de poursuivre le travail en ce qui concerne la protection des personnes âgées, spécialement celles en position de vulnérabilité.

«Quand j’ai entendu ça, ça m’a fait l’effet d’une douche froide», résume Judith Gagnon, présidente de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR). Mme Gagnon se demande de quelle façon, durant ces quatre années, personne n’a pu se rendre compte de quoi que ce soit et venir en aide à ces personnes.

«Ces gens-là devaient bien aller voir le médecin, mais il n’y a jamais eu de signal parce qu’ils étaient totalement sous la domination du couple. Mais on n’a jamais posé de questions? Le couple devait certainement avoir une procuration pour aller à la banque en leur nom, mais on n’a jamais fait aucune vérification en quatre ans non plus? J’essaie de comprendre comment personne n’a pu allumer avant ça», lance Mme Gagnon.

Pour l’AQDR, cette histoire démontre qu’il reste encore du travail à faire pour mettre en place un filet social de sécurité pour les aînés. «On a beaucoup évolué avec les plans d’action pour contrer l’abus et la maltraitance, tant avec le gouvernement que les différents partenaires, mais il y a encore des échappées. Il y a un gros travail de sensibilisation à faire auprès de la population, recommencer les campagnes publicitaires, en arriver à créer une véritable mobilisation sociale», estime Judith Gagnon.

Pour Colette Coudé, directrice générale de la Table action abus aînés de la Mauricie, le cas survenu dans le secteur Pointe-du-Lac frappe l’imaginaire, mais s’inscrit aussi en dehors du profil habituel. En effet, dans 80 % des cas, les abus envers les aînés sont commis par des proches. Par ailleurs, le profil du couple abusé est plutôt rare, alors qu’on note très souvent que les personnes abusées sont des dames de 75 ans et plus vivant seules.

«Il est plutôt rare que deux personnes à la fois soient sous l’emprise d’abuseurs, d’autant plus que ces gens étaient au départ des étrangers, ils n’étaient pas des membres de leur famille», indique Mme Coudé, précisant que la relation de confiance peut s’établir à partir du moment où les aînés reçoivent de l’aide. Or, avec le temps, la perspective de ne plus pouvoir compter sur cette aide peut les rendre vulnérables, et expliquer cette forme d’emprise de peur développée envers la personne qui abuse.

«Notre pire ennemi à nous, c’est le silence. Le silence des aînés qui subissent, mais aussi celui des témoins. Les gens qui constatent des choses, bien souvent, n’osent pas parler parce qu’ils ne veulent pas avoir l’air de ne pas se mêler de leurs affaires», ajoute Colette Coudé.

À la Table action abus aînés Mauricie, on travaille actuellement sur la mise en place d’une formation intitulée «Voisins avertis». La formation, qui devrait commencer à être dispensée à l’hiver ou au printemps en partenariat notamment avec l’Office municipal d’habitation, permettra d’outiller les gens pour entrer en contact avec des aînés potentiellement isolés. Des sentinelles qui deviendront essentielles pour identifier des cas d’abus potentiels, croit-on.

«Cet événement est extrême et tout à fait déplorable, mais il vient aussi nous conforter dans l’importance d’aller jusqu’au bout avec ce projet. On constate que c’est encore et toujours essentiel de mettre des outils en place pour prévenir ce genre de situation», signale Mme Coudé.

Le service «Coup de pouce aux aînés» lancé par l’AQDR dans la région de Québec il y a quelques années est un autre bon exemple d’outils pour lutter contre les abus, signale Judith Gagnon. Le service offre de l’accompagnement pour les aînés qui souhaitent de l’assistance avec la paperasse gouvernementale, les contrats de toutes sortes, les baux, les documents administratifs et financiers ou même encore pour signaler une situation d’abus dont ils seraient victimes.

Au CIUSSS Mauricie Centre-du-Québec, on rappelle qu’il est toujours possible de dénoncer une situation d’abus envers une personne aînée auprès de la Commissaire aux plaintes et à la gestion des services de l’établissement, ou même en téléphonant au 811 et en s’adressant au service Info-social. Par ailleurs, les responsables du soutien à domicile sont également formés pour détecter les formes d’abus ou de maltraitance et des répondants en maltraitance peuvent alors intervenir.