Au volant, le GHB affaiblit les capacités à conduire de la même manière que la bière, le vin ou les spiritueux.

Cas de drogue au volant: le GHB 7 fois sur 10

Ses coussins gonflables étaient ouverts, mais l’automobiliste continuait de rouler dans les rues de Charlesbourg, mardi soir. Dans sa voiture, il y avait une bouteille qui semblait contenir du GHB.  

Vers 18h, un témoin qui a aperçu le véhicule errer a averti le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ). Presque au même moment, des paramédicaux ont signalé qu’une personne impliquée dans un accident à l’intersection de la 46e Rue et d’Henri-Bourassa venait de prendre la fuite.

Pendant que le conducteur de l’autre véhicule était transporté à l’hôpital, les policiers cherchaient la voiture du fuyard. Ils l’ont finalement repéré dans le stationnement d’un garage de la 47e Rue.

La conductrice présumée, Christine Barreck, 29 ans, «présentait des signes d’intoxication à la drogue», indique David Poitras, porte-parole du SPVQ.

Les soupçons se sont accentués au poste de police où elle a subi les épreuves d’un agent évaluateur, un policier qui a reçu une formation spécifique lui permettant d’évaluer si une personne est sous l’effet des drogues.

À l’intérieur de la voiture, les policiers ont saisi «une bouteille d’eau contenant un liquide visqueux s’apparentant à du GHB», note M. Poitras.

Le Service d’analyse des drogues de Santé Canada devra analyser les échantillons de la substance pour confirmer que la suspecte possédait bien du GHB. Mais «selon les observations et les expériences des policiers, il pourrait s’agir de GHB», dit le porte-parole du SPVQ. 

Prépondérance

Avec la légalisation de la marijuana, plusieurs s’inquiètent que le pot accroisse le nombre de cas de drogue au volant. Mais le cannabis ne serait pas le psychotrope le plus répandu chez les conducteurs intoxiqués.

«Dans environ 70 % des cas de conduite avec les capacités affaiblies par la drogue, il y a présence de GHB», note David Poitras.

La prépondérance de cette drogue au volant préoccupe le SPVQ de même que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale, qui constate d’ailleurs une recrudescence du GHB à Québec.

Au volant, le GHB affaiblit les capacités à conduire de la même manière que la bière, le vin ou les spiritueux. «Ça fait le même effet que l’alcool, sauf que t’as pas la gueule de bois le lendemain», illustre Lucie Hébert, chef de programme à la direction des programmes Santé mentale et Dépendances au CIUSSS de la Capitale-Nationale. 

Intoxiqués au GHB, les automobilistes conduisent de manière erratique : ils changent constamment de voie et dépassent sans raison; ils dévient de la route et ignorent la signalisation routière. Ils sont confus, leur discours est incohérent, leur temps réaction est ralenti et ils manquent de coordination.

Dès lors, la probabilité qu’ils soient impliqués dans un accident augmente significativement.

Le conducteur du véhicule que Christine Barreck aurait percuté près du boulevard Henri-Bourassa a subi des blessures qui ne laissent heureusement pas craindre pour sa vie, indique David Poitras, du SPVQ. 

Mercredi après-midi, Mme Barreck a comparu au palais de justice de Québec pour faire face à des accusations de conduite avec les capacités affaiblies et de bris de probation.

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INTERVENTIONS EN HAUSSE

Dans les urgences et au Centre de réadaptation en dépendance de Québec, la tendance est flagrante : les interventions liées à la consommation de GHB sont en hausse dans la capitale. 

De plus en plus de patients débarquent à l’urgence après avoir consommé du GHB. «Quand les gens sont en intoxication, la porte d’entrée, c’est l’urgence», dit Lucie Hébert, chef de programme à la direction des programmes Santé mentale et Dépendances au CIUSSS de la Capitale-Nationale. 

Les infirmières n’ont pas de mal à savoir ce que ces patients ont consommé : la plupart du temps, ils leur disent, indique Mme Hébert. 

Les gens qui ont un problème de dépendance au GHB peuvent bénéficier des services du Centre de réadaptation en dépendance de Québec. «On les voit aussi, ils sont de plus en plus nombreux», dit Lucie Hébert. 

La dépendance au GHB n’a rien à voir avec la «drogue du viol». Ses utilisateurs la boivent eux-mêmes dans un flacon. 

«Quand on parle d’un niveau de dépendance sévère, c’est des gens qui vont boire 24 heures sur 24, aux heures et demie», dit Mme Hébert. 

La hausse de la consommation de GHB dans la capitale est visible dans les services de santé depuis au moins deux ans. En 2016, les demandes de thérapies pour régler un problème de dépendance au GHB ont été six fois plus nombreuses.