Il y avait foule, jeudi soir, lors de la soirée de consultation sur la carte des zones inondables au Québec.

Carte de zone d'intervention spéciale: des citoyens fustigent Québec

« C’est pas sérieux votre affaire. » « On ne peut pas se protéger. » « Ça ne fait tout simplement aucun sens. »

Les Gatinois ont été nombreux à faire entendre leur mécontentement jeudi lors des consultations publiques tenues par le gouvernement québécois à propos de la carte de la zone d’intervention spéciale (ZIS).

À l’issue de la consultation de Gatineau au Palais des Congrès, le maire Maxime Pedneaud-Jobin espère que les changements à la carte seront appliqués avant le décret qui devrait survenir à la mi-juillet. « Il y a des aberrations dans la carte actuelle, le gouvernement le reconnaît, les fonctionnaires qui sont là ce soir disent qu’il va y avoir des changements. On va regarder ça de très près et on va s’assurer que les corrections soient apportées. »

M. Pedneaud-Jobin souligne que la Ville collabore avec Québec afin de corriger le tir. « On leur a fait parvenir nos cartes, on travaille avec eux pour régler la situation. D’ailleurs on leur a dit «la prochaine fois, avertissez-nous avant» parce qu’on aurait pu faire tout ça plus tôt. Ils devraient avoir le réflexe de nous appeler. Parce que là ça n’a pas de bon sens, on est en train d’inquiéter des gens et de mettre en danger des projets. »

Le maire affirme toutefois qu’il a « des assurances du ministre Lacombe et du député Lévesque » qu’il va y avoir des corrections importantes apportées à la ZIS.

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La conseillère municipale, Myriam Nadeau, a aussi profité de l’occasion pour faire valoir son point de vue au gouvernement provincial. « J’aimerais avoir des assurances sur la façon dont vous allez vous y prendre pour informer vos partenaires municipaux à l’avenir. J’insiste sur le mot «partenaire» parce que ce soir je n’ai pas senti qu’on est un partenaire alors que nos données ne sont même pas représentées dans la carte que vous soumettez. »

Des promoteurs affectés

Dans une lettre ouverte au Ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, le Groupe Heafey, une firme de placement immobilier basée à Gatineau, affirme que la ZIS pourrait fortement nuire à leur projet de développement VIU 2, un immeuble résidentiel de 24 étages, comptant près de 200 logements.

Le projet de 60 millions $ situé au 199, rue Laurier se trouve « loin à l’extérieur des zones de grands (0 – 20 ans) et faibles (20 – 100 ans) courants de la rivière des Outaouais », souligne le Vice-Président Développement et Opérations au Groupe Heafy, Charles Masse. « Étonnamment, le VIU 2 se trouve à l’intérieur de la zone d’intervention spéciale projetée par le gouvernement. »

M. Masse a tenu à faire part de ses inquiétudes aux responsables du gouvernement présents à la consultation. « Si vous croyez que notre terrain a la chance d’être inondé, ça veut dire que toute l’île de Hull serait inondée. Selon votre carte, ici au Palais des Congrès, on serait apparemment à risque d’être inondé. Ça ne fait aucun sens. On a un projet résidentiel de 60 millions $ qui est en danger à cause de votre carte alors que la région a un grave problème de pénurie de logements. »

Consultation à Campbell’s Bay

Une autre consultation, tout aussi houleuse, a eu lieu à Campbell’s Bay, jeudi après-midi. Plus de 400 personnes s’y sont donné rendez-vous afin de faire part de leurs préoccupations concernant la ZIS.

Comme mentionné dans Le Droit mardi, la moitié du territoire du village de Campbell’s Bay est incluse dans la ZIS, même si à peine 15 résidences ont été inondées cette année.

Même si les citoyens des différentes municipalités du Pontiac ont levé le ton vis-a-vis les représentants du gouvernement qui étaient sur place, le maire de Campbell’s Bay, Maurice Beauregard, se dit satisfait de la rencontre. « On a été vraiment surpris de la réponse des citoyens. Les gens se sont fait entendre et ç’a bien été. C’était important pour nous de faire entendre notre point de vue et montrer pourquoi la carte n’est pas bien faite. »

M. Beauregard souligne que les membres du gouvernement présents à la consultation « ont pris nos propositions au sérieux. Maintenant, on attend pour des réponses.

On a encore jusqu’au 19 août pour leur faire part de nos commentaires. Je ne sais pas si les changements pourront être faits dans des délais raisonnables, mais au moins ils nous ont écoutés aujourd’hui ».

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«UN TRAVAIL BROUILLON»

Le député libéral de Pontiac, André Fortin, n’a pas mâché ses mots jeudi soir à la suite des deux consultations publiques qui ont eu lieu en Outaouais.

« Le gouvernement a tellement fait un travail brouillon dans sa première carte qu’on ne leur fait pas confiance à 100 % pour corriger leurs erreurs. Les gens ne comprennent pas comment le gouvernement peut, sans prendre en considération leur réalité, mettre sur pied un programme qui va affecter la valeur du plus grand investissement de leur vie. Et là le gouvernement nous dit, tout juste avant la consultation à Campbell’s Bay, «on va la modifier, la carte» et à la mi-juillet on va proposer un décret permanent avec une nouvelle carte. Ce que ça dit aux gens, c’est qu’ils ne pourront même pas la commenter avant qu’elle ne soit permanente. »

Le député soutient qu’il serait « utopique » de penser que la deuxième carte sera parfaite alors que le délai avant la tombée du décret est si court. « On nous dit que le gouvernement va corriger la carte dans les 11 prochains jours. Onze jours c’est très court. On part de tellement loin, la carte est vraiment tout croche en ce moment. »

M. Fortin déplore le manque d’information mis à la disposition des citoyens. « On a beaucoup d’information sur ce qui a déjà été présenté, mais les gens veulent savoir ce qu’ils vont faire à partir de maintenant. On n’a pas les réponses à ces questions-là et c’est préoccupant. Le ministre Lacombe est ici ce soir, mais ce n’est pas lui qui répond aux questions, ce sont les fonctionnaires. »

Pour sa part, le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, a mentionné jeudi que Québec n’a « pas l’intention de retirer cette carte-là. On est très transparents dans ce dossier-là. Dès la publication dans les médias, notre volonté est d’aller de l’avant ».

En réponse aux propos du maire Pedneaud-Jobin qui a affirmé que la carte « contient beaucoup d’absurdité », M. Lacombe réitère qu’il n’y a « rien de final dans tout ça » et que le gouvernement a décidé de « ratisser large parce qu’il y avait une urgence et qu’il fallait agir rapidement ».