Jean-Guy Charron visitant une plantation de café au Guatemala.

Café Éveil: le café de l’entraide

Deux résidants d’Ottawa et un partenaire d’affaires québécois viennent de démarrer une série d’initiatives philanthropiques en commerce équitable dont les bénéfices pourraient rejaillir sur une petite communauté du Guatemala.

Les frères Jean-Guy et Michel Charron, deux retraités originaires de North Bay, viennent de se lancer dans la vente et la distribution de café et éventuellement de chocolats à base de café en provenance de la petite communauté de Santa Rosa au Guatemala, à la frontière du Mexique.

Après une vie professionnelle fébrile et lucrative, l’un en technologies de l’information et l’autre en distribution de produits alimentaires, les deux Franco-Ontariens ont décidé d’offrir à des communautés dans le besoin ce à quoi eux ont eu droit dans leur vie : une bonne alimentation et un accès à l’éducation, entre autres choses.

Trois voyages sur le terrain

Après un premier voyage de reconnaissance au Guatemala et la visite, en juin dernier, de quatre régions caféières et de quelques exploitations agricoles, Jean-Guy Charron et un ami torréfacteur de Wakefield, ont arrêté leur choix sur le petit hameau frontalier de Santa Rosa et surtout sur la ferme d’un exploitant de café, Gustavo Alfaro Altuve, dont les valeurs éthiques correspondaient aux leurs.

Dans cette communauté reculée, 40 % de la population est unilingue maya, 50 % des habitants y sont mal nourris et seulement 15 % des enfants poursuivent leurs études au-delà du primaire. Devant un tel constat, nos entrepreneurs, qui voulaient focaliser leur action sur l’accès à l’éducation, se sont rendu compte qu’il fallait d’abord bien nourrir son monde.

Lors d’un deuxième voyage, en décembre, on a donc procédé à la construction d’une cuisine communautaire et à la mise sur pied d’un programme de petits déjeuners pour les écoliers, les enfants en âge préscolaire et même les femmes enceintes.

Des travailleurs construisent la nouvelle cuisine communautaire de Santa Rosa.

Concurremment à cela, on a acheté une centaine de livres scolaires et transformé une des classes de l’école de 450 élèves en petite bibliothèque.

Le troisième voyage des entrepreneurs-philanthropes s’effectuera en février, dans quelques semaines, et servira à ficeler quelques partenariats.

Mais toutes ces initiatives, jusqu’ici financées à même leurs poches, seront éventuellement reliées à la vente de quatre saveurs de café, d’une variété de café infusé à froid et d’un chocolat noir au café. 

Leur entreprise porte le nom de Café Éveil et quatre cafés haut de gamme – espresso, foncé, brun et velouté – sont déjà offerts dans quatre IGA de Gatineau, trois IGA de Montréal et quatre épiceries à Ottawa.  

Près de 2000 livres de café, dont 1200 livres ont été à ce jour torréfiées, sont en train d’être écoulées, ou le seront sous peu, sur le marché. Jean-Guy Charron assure que 100 % des profits seront retournés dans la petite communauté guatémaltèque.

Un nouveau modèle

« Ce qu’on fait c’est qu’on change la chaîne des valeurs au niveau du marché de façon importante. Et ça, ça va beaucoup déranger les gens dans le marché. [...] Ça va être dérangeant pour nos compétiteurs ; on change la dynamique en faisant ça et on y croit à ce projet-là », explique Jean-Guy Charron.     

L’approche des frères Charron et de leur partenaire d’affaires, Martin Brière, se veut « holistique », disent-ils, parce qu’elle est globale : on attaque de front la nutrition, la santé mentale, les soins de santé et les infrastructures matérielles entourant tout ça dans la communauté. On veut, de plus, rassembler tous les acteurs du milieu : les producteurs de café, les dirigeants de l’école et de la communauté, les organismes de bienfaisance et les donateurs canadiens.

Jean-Guy Charron en interaction avec des enfants de l’école primaire de Santa Rosa.

« On veut développer un concept original. Il y a beaucoup d’organismes sans but lucratif au Guatemala qui touchent toutes les régions de façon horizontale – un peu de nutrition partout, un peu d’éducation partout... Nous, on a un modèle un peu particulier : on va en profondeur dans une seule communauté pour avoir un impact plus important. Si on peut démontrer que ce modèle-là fonctionne, notre objectif c’est de le déployer ailleurs ».

Le lancement officiel des cafés Éveil aura lieu le printemps prochain.