L'ailier Bobby Ryan s'approche d'un retour au jeu.
L'ailier Bobby Ryan s'approche d'un retour au jeu.

Bobby Ryan se confie sur sa dépendance à l’alcool

« Je vais bien », a juré Bobby Ryan, dès le départ.

L’ailier de 32 ans venait de franchir une étape très importante, sur le chemin de son retour à la compétition. Vendredi, les dirigeants des Sénateurs lui ont demandé de passer les tests de patinage auxquels tous les joueurs doivent se soumettre, au début de chaque camp d’entraînement.

Ryan a bien fait. Il a même battu ses scores du mois de septembre 2019. Il est donc en grande forme. Prêt à reprendre sa place dans la formation.

Il n’affrontera pas le Canadien de Montréal, samedi soir, au Centre Canadian Tire. Mais il jouera bientôt, nous a-t-on promis.

« Ça fait longtemps que je ne me suis pas senti aussi bien », répète Ryan.

Et ça n’a pas uniquement à voir avec sa condition physique.

Il a quitté l’équipe le 18 novembre dernier.

Vingt-quatre heures plus tard, la Ligue nationale de hockey et son Association des joueurs ont émis un communiqué conjoint pour annoncer qu’il s’était inscrit au programme de soutien aux joueurs.

Trois mois plus tard, Ryan a choisi de fournir lui-même les raisons de son absence.

« C’est l’alcool », dit-il.

« C’est juste l’alcool. Rien de plus, heureusement. »

Devant une bonne douzaine de journalistes, Ryan a dit qu’il « appréhendait cette journée depuis trois mois ».

Demander de l’aide, quand on souffre d’une dépendance, c’est toujours difficile. Pour un personnage public, c’est encore pire.

« Je combats ma dépendance depuis un bout de temps. J’essayais de me battre avec mes propres moyens. Certaines personnes m’offraient de l’aide, mais ce n’était pas suffisant. Je ne m’y prenais pas de la bonne façon. »

« Je pouvais me tenir tranquille pendant 20 jours consécutifs, durant lesquels il ne se passait rien. Et puis, je trébuchais et je passais une très mauvaise journée. »

« Certains matins, je me réveillais, j’étais complètement submergé par la culpabilité, par la honte. Je promettais que j’allais tout arranger. Tout allait bien pendant 12 jours, et je trébuchais à nouveau. Il n’y avait pas d’issue. »

Ryan a frappé le mur durant un voyage des Sénateurs, à Détroit. Il a quitté la séance d’entraînement de son équipe sans raison particulière.

« Vous pourriez dire que j’ai été victime d’une crise d’angoisse. En réalité, j’étais en train de réalisé que j’étais sur un chemin sans issue. Je ne parle pas uniquement de ma carrière. J’étais en train de gâcher ma vie personnelle. Je ne voulais pas continuer sur ce chemin. »

Ryan a passé environ un mois en isolement. Il est rentré à Ottawa un peu avant le temps des Fêtes. Il a presque immédiatement repris l’entraînement, en solo. Les responsables du développement des espoirs chez les Sénateurs, Shean Donovan et Jesse Winchester, travaillaient avec lui sur des patinoires de Kanata de façon presque quotidienne.

D’autres joueurs de la LNH qui ont aussi eu besoin du programme de soutien aux joueurs le contactaient fréquemment pour lui offrir du soutien.

« Certains joueurs m’ont surpris. Je ne savais même pas qu’ils avaient eu besoin de passer par là. Ces gars-là ont été capables de faire tout cela discrètement. Leurs mots d’encouragement m’ont vraiment fait chaud au coeur. »

Le soutien reçu au CCT lui a également fait du bien.

L’entraîneur-chef des Sénateurs, D.J. Smith, dit par exemple qu’il a hâte de revoir l’ancien marqueur de 30 buts dans le feu de l’action.

« Ce que je vois, quand je regarde Bobby, c’est un joueur qui brûle d’envie de nous prouver qu’il a encore sa place. Il est affamé. Il veut nous prouver qu’il est encore capable. Il mérite sa chance. »

Patience

Ryan n’ose pas trop demander quand viendra son tour.

« Je ne fais pas partie des conversations et je ne crois que je mérite d’en faire partie. J’ai quitté l’équipe au beau milieu d’une saison et j’essaie de revenir alors que cette saison n’est même pas terminée... »

On lui a demandé s’il a commencé à penser au prochain but qu’il marquera. 

« Ce sera un peu comme trouver le bouton de réinitialisation. Des gens doutent de mes capacités, à ce stade de ma carrière. Je peux les comprendre. Je veux prouver qu’il me reste quelques années à jouer dans cette ligue. Je veux contribuer. Ma femme et mes enfants seront là pour me voir jouer. Ils méritent que je réussisse autant que je mérite de réussir. »