La DPJ Mauricie-Centre-du-Québec a mis de l’avant des actions afin d’améliorer la qualité de ses services.

Blâme de la justice contre la DPJ: «On a pris très au sérieux l’ordonnance de la juge»

TROIS-RIVIÈRES — Après quatre jugements en moins de trois ans blâmant la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de la Mauricie-Centre-du-Québec et une enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), des actions ont été mises en place par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la région pour éviter un autre fiasco. Les défis sont d’ailleurs nombreux pour la DPJ. Les jeunes en attente d’une évaluation sont toujours aussi nombreux et le drame de Granby a amené une hausse approximative de 35 % des signalements dans la région sur une période d’environ 4 à 5 semaines.

La DPJ Mauricie-Centre-du-Québec n’a pas su protéger adéquatement un enfant de 12 ans qui a confié être victime d’abus sexuels de la part de son beau-père, selon un jugement du 29 mai dernier de la Chambre de la jeunesse. Deux autres enfants de sa demi-fatrie, possiblement victimes également de sévices sexuels, ont aussi été lésés. Le roulement de personnel à la DPJ a laissé cette famille dans un «vacuum de services», révélait La Presse, dans son édition de mercredi. «(...) la Directrice [de la protection de la jeunesse] et le CIUSSS ont aussi lésé les droits de l’enfant en n’assurant pas une continuité de services», écrit la juge Pascale Berardino.

La juge a ordonné notamment que la DPJ mette en place un plan d’action et qu’elle le remette à la CDPDJ. «On a pris très au sérieux l’ordonnance de la juge», affirme Geneviève Jauron, porte-parole du CIUSSS Mauricie-Centre-du-Québec. «Le plan va être acheminé dès la semaine prochaine. Déjà, il y a des actions qui sont mises en place», ajoute-t-elle.

Parmi celles-ci, il y a maintenant une révision systématique des dossiers d’un intervenant en absence maladie afin d’éviter des vides juridiques et des omissions de services, des appels sont effectués aux parents et aux jeunes afin de les informer de l’absence de leur intervenant et afin de leur proposer un intervenant répondant ou des services de référence, décrit le CIUSSS dans un courriel. Pour ce qui est des vacances, le CIUSSS va s’assurer qu’elles n’impliquent pas des vides de services pour les jeunes et leur famille et un appariement sera fait avec un autre intervenant. «Le jugement démontre qu’on a rencontré certains défis à offrir des services exemplaires pour cet enfant. Dès maintenant, il y a des actions qui sont prises pour éviter qu’une situation comme celle-ci se reproduise», assure Mme Jauron.

Gina Landry était à la tête de la protection de la jeunesse régionale lors des événements évoqués dans ce jugement. Le directeur actuel Robert Levasseur a préféré ne pas le commenter. Toutefois, une conférence de presse sera présentée lors de la publication du rapport de la CDPDJ. L’enquête de l’organisme est d’ailleurs terminée. Il espère être en mesure de présenter son rapport d’ici la fin du mois de juin.

Comme ailleurs au Québec, la DPJ fait face à plusieurs défis dans la région. Le nombre de dossiers en attente à l’évaluation s’élève à 255 pour la Mauricie et le Centre-du-Québec en date de mercredi. C’est plus élevé qu’au début du mois de mai. Toutefois, ce chiffre fluctue de jour en jour, et ces dossiers concernent uniquement les cas non urgents, affirme Mme Jauron. «Malgré cette réalité particulièrement due à la hausse des signalements et aux enjeux de main-d’oeuvre, il est primordial que la population continue de signaler les situations qui impliquent un enfant et qui leur paraissent inquiétantes. Je réitère que chaque signalement qui nécessite une intervention rapide est traité dans l’immédiat pour assurer la sécurité et le développement de l’enfant. Pour les situations en attente, différentes actions sont prises afin de maintenir le lien avec la famille ou le jeune durant l’attente afin d’éviter que la situation se dégrade.»

Pour ce qui est de la main-d’oeuvre, des ouvertures de postes sont prévues. «C’est certain qu’il va y avoir un affichage de postes au niveau des services en protection de la jeunesse. L’affichage de postes va se faire à très court terme.» D’autres mesures ont été mises de l’avant. «On embauche des stagiaires. On offre du temps supplémentaire également. On a rappelé des retraités. On fait du recrutement en continu. Ce sont des choses qui se font actuellement», indique Mme Jauron.

Le syndicat n’est pas tombé des nues en prenant connaissance de l’article de La Presse. «C’est en toute cohérence avec ce qu’on dit depuis les dernières semaines. Ça reflète bien la conjoncture, l’état de crise dans lequel les organisations des centres jeunesse se trouvent. Encore une fois, c’est la Mauricie-Centre-du-Québec qui ressort, mais c’est un constat qui est généralisé. On parle dans l’article d’absence maladie, de roulement de personnel, de manque de personnel pour combler les besoins. On est là-dedans. C’est ce qu’on dénonce depuis bien avant Granby», souligne Steve Garceau, représentant syndical régional pour la mission jeunesse de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

Mais avec la nouvelle direction, la situation s’est améliorée, affirme-t-il. «Avec M. [Robert] Levasseur, on sent un vent de changement, une volonté d’améliorer les conditions d’exercice, d’augmenter la collaboration avec le syndicat, ce qui est vraiment un modèle de gestion diamétralement opposé à ce qu’on vivait avant. On sent qu’il y a de la bonne volonté de part et d’autre. Un comité paritaire a été mis en place pour trouver des solutions concrètes et rapides aux problèmes. Mais évidemment, M. Levasseur peut avoir la meilleure volonté du monde, ça appartient au ministère de déployer les ressources autant financières que matérielles pour répondre aux besoins des intervenants qui, à leur tour, pourront répondre aux besoins des enfants, qui sont la priorité ultime dans tout ça.»

Plusieurs solutions pourraient être mises de l’avant, selon le syndicat, par exemple, supprimer des dédales administratifs, créer une meilleure évaluation des charges de cas et créer des postes. «On pense que l’employeur et le ministère ont les moyens de mettre des solutions rapides et concrètes de l’avant. Oui, il y a des travaux de réflexion qui peuvent se faire à plus long terme avec la commission [Commission d’enquête sur la protection de la jeunesse], mais on ne doit pas attendre. On a besoin de moyens concrets maintenant. Il faut être en mesure de répondre aux besoins des enfants et des familles rapidement.»

M. Garceau déplore d’ailleurs qu’il a fallu une tragédie pour que la situation évolue. «Il n’y a pas des enfants qui décèdent tous les jours, mais il y a des enfants qui sont victimes de négligence, d’abus physiques, d’abus sexuels tous les jours, et malheureusement, ça a pris un drame ultramédiatisé pour faire bouger les choses.»