Les proches des victimes se disent «estomaqués» de la décision du juge François Huot. Ils auraient souhaité une peine beaucoup plus sévère que les 40 ans de prison ferme imposés au tireur.

Bissonnette: consternation et déception chez la communauté musulmane [VIDÉO]

Les proches des victimes se disent «estomaqués» de la décision du juge François Huot. Ils auraient souhaité une peine beaucoup plus sévère que les 40 ans de prison ferme imposés au tireur.

«Vous voyez les faces qui sont là devant vous dans une consternation et une surprise totale.» Le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, s’est présenté devant la presse entouré des proches des victimes tombées sous les balles de Bissonnette. 

De toute évidence, la décision rendue n’est pas à la hauteur de leurs attentes. L’un des survivants, Aymen Derbali, aujourd’hui tétraplégique, après avoir reçu sept projectiles d’arme à feu, ne cachait pas son désappointement.

«J’étais très déçu et surpris à tel point que j’ai failli m’évanouir, a-t-il déclaré. On aurait aimé que la justice soit rendue à toutes les victimes, celles qui ont perdu la vie, [une justice] à la hauteur du crime perpétré. C’est une tuerie. C’est un attentat très grave dans un lieu de culte», a-t-il ajouté.

De toute évidence, la décision rendue n’est pas à la hauteur de leurs attentes. L’un des survivants, Aymen Derbali, aujourd’hui tétraplégique, après avoir reçu sept projectiles d’arme à feu, ne cachait pas son désappointement.

Depuis le début des procédures, la communauté musulmane souhaitait l’imposition de peines consécutives pour chacune des six victimes, qui auraient totalisé 150 ans d’emprisonnement. Le juge Huot en a décidé autrement.

«C’est la déception et la surprise totale de toutes les victimes, de la toute la communauté musulmane qui est prise là-dedans, a renchéri M. Benabdallah.

Il reproche au magistrat de s’être attardé davantage à la dignité du tireur qu’à celle des victimes. «Les gens ont senti qu’il y’a eu beaucoup plus d’expression de dignité envers le meurtrier qu’envers ceux qui ont perdu leur frère. Cette dignité est à deux vitesses et c’est dommage», a lancé le président, visiblement affligé. Du même souffle, il souligne que c’est la déception plus que la colère qui domine. «On veux faire appel à la société québécoise de nous comprendre, de comprendre la douleur dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Les citoyens musulmans sont bafoués», s’indigne-t-il.

Les enfants d’une des six victimes, Khaled Belkacemi, se sont aussi exprimés. «Ça marque la fin d’une étape importante pour nous, mentionne Amir Belkacemi. Les conclusions ne sont pas celles auxquelles on s’attendait. Néanmoins, je tiens à remercier profondément le travail de Me Jacques et Godin [procureurs de la Couronne] et leur équipe.»

Sa sœur, Megda, a remercié le travail des enquêteurs et, comme d’autres membres de la communauté, a dit vouloir témoigner «sa solidarité et son soutien» aux proches des victimes du tueur en série torontois, Bruce McArthur, qui a reçu la journée même une peine de 25 ans de prison ferme pour huit meurtres.

Ahmed Cheddadi était présent à la Grande Mosquée le soir de la tuerie. Si les 40 années d’emprisonnement imposées à Bissonnette le satisfont qu’à moitié, il dit respecter la décision.

C’est surtout qu’il souhaite qu’aucun proche des victimes ne revoie un jour le tireur sur sa route s’il venait à bénéficier d’une libération au terme de sa peine. «S’il sort de la prison, je ne veux pas qu’il rencontre quelqu’un qui a perdu un proche dans la Mosquée.»

Sur le même sujet, un autre membre de la communauté voit les quarante prochaines années comme autant de souffrance à venir pour les descendants des victimes. «C’est 40 ans de souffrance au bout desquels, ils devront se représenter [devant la justice] pour garder cet assassin à l’intérieur. Je suis abasourdi.»

Enfin, Mohamed Labidi, ex-président du Centre culturel islamique, garde confiance et croit que la justice n’a pas dit son dernier mot devant ce qu’il considère comme une «aberration».

Amir Belkacemi (droite) fils de la victime Khaled Belkacemi

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LEGAULT RESPECTE LA DÉCISION

Le premier ministre François Legault a dit respecter la décision du juge François Huot d’imposer à Alexandre Bissonnette une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans. «Que ce soit 40 ans ou 100 ans, ça ne ramènera pas les six papas que ces familles ont perdus. C’est tellement triste », a-t-il répondu en point de presse en marge de l’ouverture du Carnaval de Québec. «Le tribunal a considéré tous les aspects de ce dossier et il faut respecter sa décision», a-t-il ajouté. Ian Bussières

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LABEAUME SOULAGÉ

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a réagi par voie de communiqué sur la peine imposée à Alexandre Bissonnette. Il s’est dit soulagé de cette page qui se tourne enfin sur cette triste affaire. «Mes pensées ainsi que celles des membres du conseil municipal de la Ville de Québec vont vers les familles des victimes de ce drame. Je souhaite que ce verdict leur permette de faire leur deuil et qu’ils puissent poursuivre sereinement la commémoration de leurs proches disparus. Je pense également aux parents d’Alexandre Bissonnette, des victimes collatérales dans cette histoire, à qui je souhaite de recouvrer une certaine paix.» Jean-François Néron

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UN PAS DE RECUL

Le procureur de la Couronne, Me Thomas Jacques, a souligné d’entrée de jeu le courage, la résilience et la dignité des proches des victimes et de la communauté musulmane de Québec, touchés par les gestes «horribles et insensés» d’Alexandre Bissonnette. Il a par la suite émis un bref commentaire sur la décision du juge François Huot. «On prend acte du jugement, autant au niveau de la constitutionnalité de l’article 745.51 que de la peine rendue. Il s’agit d’un jugement étoffé qui devra être analysé en profondeur afin d’évaluer la possibilité de porter le jugement en appel.» L’avocat de La Défense, Charles-Olivier Gosselin, s’est aussi présenté devant la presse. «On prend acte de la décision. C’est une très longue décision et on prendra des décisions par la suite après avoir discuté avec nos clients.» Jean-François Néron