Le ministre des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports, André Fortin, a invité les Québécois à s’éloigner des sources de distraction au volant.

Bilan routier 2017: plus de morts, surtout chez les jeunes

Moins de victimes d’accidents, mais 13 décès et 28 blessés graves de plus. Des jeunes 60 % plus nombreux à mourir sur les routes. Des craintes quant à la légalisation du cannabis. Le bilan routier du Québec pour l’année 2017 va dans plusieurs directions, mais pas nécessairement la bonne.

La compilation annuelle publiée mardi par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) fait état de 37 190 accidentés, dont 359 ont succombé à leurs blessures et 1501 ont été blessés gravement. C’est plus qu’en 2016, mais tout de même moins que la moyenne des cinq années précédentes.

À une échelle plus régionale, la Capitale-Nationale fait mauvaise figure: le nombre de décès a bondi de 17 à 32. Comme les nombres sont plus petits, il y a toujours un effet dents de scie, mais une augmentation de 26 % demeure par rapport à la période 2012-2016. Dans Chaudière-Appalaches, on note plutôt une baisse de 2 % sur un horizon cinq ans.

La distraction au volant — toutes causes confondues en incluant évidemment le téléphone et les textos — trône maintenant au premier rang des causes d’accidents (35 %). La vitesse ne vient pas loin derrière (34 %), puis l’alcool au volant (26 %).

Après des années d’embellie, le nombre de décès a fait un bond de géant chez 15 à 24 ans: 75 jeunes ont perdu la vie dans un accident routier en 2017 comparativement à 46 en 2016. La vitesse et la conduite imprudente sont les facteurs prédominants pour ce groupe d’âge.

À l’autre bout du spectre, il y a eu 27 % moins de morts chez les personnes âgées de 75 ans ou plus. Les motocyclistes ont aussi vu leur bilan s’améliorer légèrement. Les décès ont augmenté chez les cyclistes et les piétons.

Le ministre des Transports, de la Mobilité durable et de l'Électrification des transports, André Fortin, a invité les Québécois à s’éloigner des sources de distraction au volant. «Il faut changer nos habitudes. Regarder son téléphone ne serait-ce qu’une seconde peut mettre la vie de quelqu’un en danger», a-t-il martelé.

L’élu compte aussi sur les nouvelles dispositions du Code de la sécurité routière, fraîchement adoptées, pour mieux protéger les usagers vulnérables et diminuer le nombre  d’accidents chez les jeunes. Les apprentis conducteurs sont notamment soumis à un couvre-feu entre minuit et 5 h et les nouveaux titulaires de permis de 19 ans ou moins à une limite de passagers. En Ontario, ces mesures ont permis d’améliorer sensiblement le bilan routier des jeunes.

Légalisation du cannabis

La présidente et chef de la direction de la Société de l'assurance automobile du Québec, Nathalie Tremblay, a pour sa part verbalisé sa crainte de voir le nombre d’accidents augmenter avec la légalisation du cannabis et rappelé la politique de «tolérance zéro» déjà en vigueur. Malgré tout, près du tiers des conducteurs décédés avaient de la drogue dans le sang, le plus souvent du cannabis. Le problème est donc bien réel.

Le Québec, comme les autres provinces, attend l’homologation d’outils technologiques fiables pour aider les policiers dans leur tâche de détection, a rappelé le ministre. En attendant, «ce qui est important, c’est d’envoyer le message à la population que le cannabis et le volant, ça ne va pas ensemble».

Le Québec a connu son meilleur bilan routier en 2014 avec 336 décès comptabilisés. Pour abaisser encore ce plancher, le Québec doit cibler davantage ses actions de sécurité routière, souligne la présidente de la SAAQ.

C’est dans cette optique que la Table québécoise de la sécurité routière revivra sous une forme plus éclatée. Deux groupes de travail sont formés pour étudier le cas particulier des piétons et des motocyclistes. Le ministère des Transports, les corps policiers, le coroner et d’autres experts y siégeront. Leurs premières recommandations sont attendues d’ici la fin de l’année.

La SAAQ mettra également à la disposition de ses partenaires une carte interactive des zones à risques d’accident de façon «à mieux cibler les actions de prévention». Dans une deuxième phase, le grand public pourra également consulter ces données.  

Enfin, le gouvernement du Québec a annoncé qu’il débloque 30 millions $ du Fonds de la sécurité routière, qui cumule les profits des radars photo, pour financer des projets d’amélioration des infrastructures et des programmes de sensibilisation. Les intéressés (municipalités, commissions scolaires, organismes à but non lucratif ou simples citoyens) pourront déposer leurs demandes à partir du 8 mai.

Lors du premier appel de projets, 91 dossiers ont été approuvés pour une dépense gouvernementale de 7,3 millions $. La liste des projets retenus n’a pas été publiée encore. 

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L’UTILISATION DES ACCOTEMENTS PAR LES AUTOBUS ÉTUDIÉE

Le gouvernement du Québec étudie la possibilité d’utiliser l’accotement des autoroutes urbaines pour créer de nouvelles voies réservées, à l’image de ce qui sera tenté sur la rive sud de Montréal à la rentrée automnale.

André Fortin, ministre des Transports, a rebondi mardi sur l’exemple de l’autoroute 30 entre Boucherville et Brossard. Les voies rapides actuelles y seront rétrécies pour permettre l’aménagement de corridors réservés pour les autobus dès septembre, tel que demandé par la Coalition A-30 regroupant les municipalités environnantes.

Après six mois d’essai, si la sécurité est garantie, les adeptes de covoiturage, les taxis et les véhicules électriques pourraient s’y aventurer aussi. 

En 2015, cette possibilité avait été étudiée pour l’autoroute Jean-Lesage (20) à Lévis, congestionnée aux heures de pointe. Mais le ministère avait refusé la demande du maire Gilles Lehouillier, jugeant que l’utilisation des accotements posait des risques pour la sécurité. 

Le ministre Fortin a indiqué mardi que la porte était ouverte pour des aménagements semblables ailleurs au Québec. «J’ai demandé au ministère de regarder toutes les autoroutes, particulièrement en milieu urbain au Québec, où ce serait possible de faire une chose pareille, de reproduire le modèle qui va être mis de l’avant sur la 30. Le ministère se penche justement sur les capacités portantes des autoroutes, les enjeux de sécurité, la largeur des autoroutes», a-t-il détaillé.

L’élu provincial considère que la suggestion de la Coalition de l’autoroute «c’est quelque chose qui est souhaitable, qui peut avoir un impact positif» et qui peut se faire rapidement sans trop dépenser. D’où l’idée de répliquer le modèle ailleurs au Québec si c’est sécuritaire.