L’avocat Bernard Corbeil au palais de justice de Québec, en septembre 2014

Avocat coupable d’une brutale arrestation citoyenne

Pour la seconde fois, l’avocat Bernard Corbeil est déclaré coupable de voies de fait pour avoir procédé à la brutale arrestation citoyenne d’une dame qui volait de la nourriture pour chat sur le pas de sa porte.

La spectaculaire arrestation de la «voleuse de bouffe à chat» remonte au 2 février 2013, dans un paisible quartier de Charlesbourg. 

Une camelot se rend compte en livrant le journal que Bernard Corbeil et sa femme laissent des plats de nourriture pour chat près de leur maison. La dame craint que son propre félin, qui suit une diète stricte pour des raisons médicales, ne tombe malade.

Elle téléphone au couple, laisse un dépliant sur le règlement interdisant de nourrir les chats et fait une plainte à la Ville. Rien ne change.

La dame commence à subtiliser les plats de nourriture. Elle commettra une vingtaine de vols en quatre mois.

Bernard Corbeil installe une caméra de surveillance et échafaude un plan en 49 étapes pour arrêter la voleuse. Il s’informe des dispositions légales liées à l’arrestation citoyenne. L’avocat n’appellera jamais la police pour dénoncer les introductions par effraction, pour ne pas les déranger, dira-t-il au procès.

Au petit matin du 2 février 2013, Corbeil surprend la camelot dans son abri d’auto, en train de voler la nourriture. Il lui jette une serviette sur la tête, la projette brutalement au sol et la contraint physiquement tout en l’insultant. L’avocat lie les mains et les pieds de la dame avec des attaches autobloquantes en plastique. La conjointe de Bernard Corbeil filme toute la scène.

L’avocat appelle le 9-1-1 pour raconter l’arrestation et réclamer l’assistance policière. La préposée le prévient qu’il semble avoir fait une séquestration.

Les policiers arrivent et libèrent la dame, qui a des saignements au visage.

Second procès

En avril 2015, un premier juge a déclaré Bernard Corbeil coupable de voies de fait. La Cour supérieure a toutefois accueilli l’appel de l’avocat et ordonné un second procès, en raison de certaines failles du premier jugement.

Le juge Hubert Couture de la Cour du Québec est arrivé à la même conclusion que son collègue jeudi matin. Le ministère public a prouvé hors de tout doute raisonnable que Bernard Corbeil a usé d’une force excessive et non proportionnelle à la menace, estime le juge Couture.

«Elle est camelot»

Au procès, Corbeil a dit qu’il craignait énormément l’intruse et croyait vraisemblable qu’elle puisse être armée. «Elle est camelot, souligne le juge Couture, d’un ton sec. Comment peut-on penser qu’un camelot peut être armé? »

Le juge Couture a souligné la «personnalité excessive» de l’accusé et son manque de jugement, qui l’a amené à mal jauger la force à utiliser. 

Les représentations sur la peine auront lieu en juin. Lors de sa première condamnation, Bernard Corbeil a pu bénéficier d’une absolution inconditionnelle après avoir fait un don de 500 $ à la Maison de Lauberivière.

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