L’acceptation de l’entente de principe à l’Aluminerie Alcoa de Baie-Comeau a amené le premier ministre François Legault à parler de l’ABI.

Autre sortie de Legault sur l'ABI: «On espère que les gens de Bécancour vont être aussi ouverts»

Bécancour — «On a appris une bonne nouvelle en fin de semaine: Alcoa a réglé une convention collective de six ans pour 700 employés à Baie-Comeau. On espère que les gens de Bécancour vont être aussi ouverts».

Voilà comment le premier ministre du Québec, François Legault, a commenté le fait que vendredi dernier, à la date d’échéance de leur convention collective, les membres du Syndicat national des employés de l’aluminium de Baie-Comeau–CSN (SNEABC) ont accepté à 85,6 % l’entente de principe intervenue avec leur employeur le 21 mai dernier.

Il répondait au chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, qui lui demandait s’il avait obtenu un deal lors de sa rencontre avec le grand patron d’Alcoa pour régler le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour qui approche les 17 mois.

«Je suis très surpris de voir que le Parti libéral défend la position d’un syndicat qui demande 10 000 heures de libération syndicale, qui demande des salaires plus élevés, qui demande que la contribution de l’employeur de 60 % soit augmentée. Raymond Bachand avait raison, le Parti libéral n’est plus le parti de l’économie», a lancé M. Legault lors de la période de questions à l’Assemblée nationale.

Pour le professeur titulaire en relations de travail de l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez, comme les usines de Baie-Comeau et de Bécancour fabriquent toutes les deux de l’aluminium de première fusion, elles se prêtent à une approche comparative.

«Par conséquent, l’entente intervenue à Baie-Comeau, si elle ne saurait s’appliquer intégralement d’emblée à Bécancour, peut servir de référence pour une reprise de la négociation collective à Bécancour», croit-il.

Et leur nouveau contrat de travail de six ans ne comprend aucune nouvelle sous-traitance. «En plus des augmentations de salaire totalisant près de 16,55 % sur 6 ans, notre nouveau régime de retraite à prestation cible, qui entrera en vigueur seulement en janvier 2021, comporte des gains importants tels qu’une rente supérieure au régime à prestation déterminée et une contribution patronale supérieure, ce qui représente un investissement majeur», a commenté Michel Desbiens, président du SNEABC.

Alcoa Baie-Comeau compte 700 syndiqués pour une production annuelle de 325,000 tonnes métriques. «Si ce rapport entre le niveau de production annuelle et le nombre d’employés était appliqué à l’Aluminerie de Bécancour, cela ramènerait les effectifs de 1000 travailleurs à 885 salariés, la capacité productive annuelle à Bécancour étant d’environ 420 000 tonnes», fait remarquer M. Bernatchez.

Les négociations collectives chez Alcoa Baie-Comeau se sont déroulées pendant trois mois et demi. «Cela représente un délai très raisonnable pour conclure une convention collective sophistiquée et démontre la maturité des relations industrielles dans cette usine», fait-il remarquer.

Un enjeu incontournable, sinon principal, à l’usine d’Alcoa à Baie-Comeau était la sous-traitance. Or, dit-il, le même enjeu stratégique se retrouve à l’usine Alcoa (75 %) de Bécancour.

Ce qui l’amène à conclure qu’Alcoa ne souhaitait pas établir un «pattern» à Bécancour pour valoir à Baie-Comeau. «La multinationale Rio-Tinto est présente à Bécancour (25%) alors qu’elle ne l’est pas à Baie-Comeau, lieu d’une négociation collective réussie, voire exemplaire. Est-ce Rio-Tinto pose des exigences à Bécancour qui retardent un règlement négocié? La question se pose, mais ce n’est qu’une hypothèse», soulève le spécialiste.

Selon lui, la clause de sous-traitance négociée à l’Aluminerie de Baie-Comeau est en principe plus généreuse pour les travailleurs que les dispositions relatives à la sous-traitance offertes à Bécancour. «Du moins, elle a l’avantage de préciser exactement les limites de l’utilisation de la sous-traitance, ce que l’offre patronale ne faisait pas», souligne-t-il.

À son avis, une crise de confiance existe de longue date au niveau des acteurs sociaux à l’Aluminerie de Bécancour. «Le blocage du dialogue social à Bécancour en représente vraisemblablement une résultante», soutient M. Bernatchez.

À la lumière du succès de la négociation collective intervenue à l’Aluminerie Alcoa Baie-Comeau, ce dernier croit qu’il serait à priori souhaitable de faire intervenir à nouveau un médiateur afin de tenter de régler le lock-out de l’Aluminerie de Bécancour.

«Est-ce que le gouvernement du Québec pourrait faire intervenir un arbitre dans le lock-out ABI en lui demandant de trancher, en s’inspirant autant que faire se peut, de la nouvelle convention collective intervenue chez Alcoa Baie-Comeau? La question mérite d’être envisagée ou tout au moins, d’être soumise aux parties», suggère-t-il.

Pour sa part, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet, voit dans l’entente de Baie-Comeau un facteur bénéfique pour le processus de négociation à l’Aluminerie de Bécancour.

«Je regarde ça dans une perspective un peu globale et pour moi, c’est un élément qui m’apparaît bénéfique et qui fait comprendre aux parties l’importance de négocier et d’en venir à une entente», affirmait-il récemment au Nouvelliste.

Fait à noter, la multinationale Alcoa, qui est copropriétaire d’ABI, se retrouve avec deux nouveaux mandats de grève dans des alumineries aux États-Unis.