Auditions pornos à Québec: Illégales et dégradantes

POINT DE VUE / Le 24 août prochain, au Bar St-Josef, se tiendra un événement qui, en plus d’enfreindre des articles du Code criminel, contribuera à banaliser l’exploitation sexuelle des femmes par les hommes.

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Sous le vocable «casting party», Xtreme Productions et AD4X, tiennent depuis quelques années des soirées où pour 20$, un homme peut se faire masturber par une jeune femme, le tout en étant filmé. La compagnie vend aux hommes l’idée d’être, le temps d’une soirée, un acteur de film porno.

Depuis 2014, au Canada, il est interdit de payer pour obtenir les services sexuels d’une personne. La loi stipule, à l’article 286.1 que «Quiconque, en quelque endroit que ce soit, obtient, moyennant rétribution, les services sexuels d’une personne ou communique avec quiconque en vue d’obtenir, moyennant rétribution, de tels services est coupable […]». Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d’exploitation, LC 2014, c 25.

Aussi, impossible d’échapper aux publicités faites sur les réseaux sociaux pour cet événement. Toujours selon la loi, article 286.4 «Quiconque fait sciemment de la publicité pour offrir des services sexuels moyennant rétribution est coupable: a) soit d’un acte criminel passible d’un emprisonnement maximal de cinq ans; b) soit d’une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire passible d’un emprisonnement maximal de dix-huit mois.» Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d’exploitation, LC 2014, c 25.

Nous sommes consternées de voir que cet événement qui enfreint plusieurs articles du Code criminel se tiendra en toute impunité dans notre ville. Mais que font les élu.e.s ? Pourquoi la police ne fait-elle rien ?

De plus, ce genre d’événements participent activement à la banalisation de l’industrie du sexe, une industrie que le CAFES dénonce et sait être extrêmement violente. Qu’elle soit professionnelle ou «amateure», la pornographie est une des formes d’exploitation sexuelle parmi les plus acceptées. Or, paradoxalement, c’est aussi une des plus violentes pour les femmes et la plus nuisible socialement.

Les recherches faites sur internet par les consommateurs de porno démontrent bien ce qui les intéresse le plus et ça n’a rien à voir avec le désir, l’égalité, le consentement et la douceur. Ce qui semble exciter la très grande majorité des consommateurs de pornographie concerne en fait soit des caractéristiques en lien avec le physique, la race, le caractère et l’occupation des femmes (Asiatique, gros seins, jeune, soumise, étudiante, infirmière...), soit des pratiques sexuelles où l’humiliation et la domination sont à l’honneur. Le site internet de la compagnie derrière cet événement, AD4X, laisse d’ailleurs voir des vidéos où de très jeunes femmes sont soumises à des pratiques plus que dégradantes.

La pornographie est, par ailleurs, indissociable de la culture du viol, de la prostitution et malheureusement de la pédophilie. La banaliser c’est en quelque sorte endosser tout ça, l’encourager et s’en faire complice.

Accepter qu’un événement visant à tourner des scènes porno se tiennent dans un endroit public, c’est également accepter le proxénétisme. En agissant comme intermédiaires, les organisateurs de cet événement doivent être considérés comme des proxénètes. Toujours selon la Loi adoptée en 2014, stipulé à l’article 286.3 «Est coupable d’un acte criminel et passible d’un emprisonnement maximal de quatorze ans quiconque amène une personne à offrir ou à rendre des services sexuels moyennant rétribution ou en vue de faciliter une infraction visée au paragraphe 286.1».

Rappelons enfin l’article 286.2, dans la section Avantage matériel provenant de la prestation de services sexuels de la loi, que «Quiconque bénéficie d’un avantage matériel, notamment pécuniaire, qu’il sait provenir ou avoir été obtenu, directement ou indirectement, de la perpétration de l’infraction visée au paragraphe 286.1 [achat de services sexuels], est coupable d’un acte criminel passible d’un emprisonnement maximal de dix ans.»

Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, les personnes qui vendent leurs propres services sexuels doivent être considérées comme des personnes vulnérables que l’État doit soutenir et encourager leur sortie de cette industrie. Le préambule de la loi est clair: «le Parlement du Canada reconnaît les dommages sociaux causés par la chosification du corps humain et la marchandisation des activités sexuelles».

Nous nous attendons à ce que la Ville ne commette pas l’erreur de fermer les yeux sur cet événement sous prétexte que les jeunes femmes impliquées dans cet événement sont majeures. La plupart des jeunes femmes dans l’industrie du sexe ont été recrutées alors qu’elles étaient mineures et seront, sous peu, reléguées à d’autres formes de prostitution (bars de danseuses, escorte, massage, rue) et aux prises avec de multiples séquelles physiques et psychologiques. Nous le savons pour le vivre quotidiennement.

À titre de survivantes de la prostitution, nous avons déjà si peu de soutien de la part des différents paliers de gouvernement. Que notre ville se range de notre côté, et non du bord d’une compagnie qui s’enrichit sur le dos des femmes, serait la moindre des choses.