Performantes, mais bien élevées, ces deux RS d'Audi avancent des caractéristiques similaires sous des enrobages différents.

Audi RS6 Avant / RS7 Sportback: l’ultime hourra

ABSTEINACH, Allemagne — Les RS6 Avant et RS7 Sportback représentent, comme bien d’autres véhicules de cette catégorie, un anachronisme définitivement inadapté à la conduite sur nos routes parsemées de radars. Même contenue, l’expression d’une sportivité exacerbée n’est plus un thème très porteur, et Audi ne le conteste pas, mais il existe une clientèle, plus nombreuse qu’on le croit.

Donc, avant que l’électrification pure inaugure un nouveau terrain de confrontation, la course effrénée à la puissance dans laquelle sont engagés depuis nombre d’années les constructeurs — d’origine allemande surtout — tirent ici leurs (dernières?) cartouches. 

Performantes, mais bien élevées, ces deux RS avancent des caractéristiques similaires sous des enrobages différents. La RS6 Avant, qui en est sa première présence sur le marché canadien, se présente sous les traits d’une familiale haltérophile qui transpire la vélocité à travers tous les pores de sa carrosserie. La RS7, pour sa part, n’est pas une inconnue et parade toujours ce curieux métissage entre une berline et un coupé. Comme le modèle qui l’a précédé, cette deuxième génération de RS7 reprend à son compte — la RS6 aussi — l’ADN des berlines de la marque allemande (A6, A7 et A8) auquel on administre une forte dose de stéroïdes.

À moins d’avoir le loisir de la laisser s’ébrouer sur un circuit fermé, une voiture capable de passer de 0 à 100 km/h en moins de quatre secondes constitue évidemment une proposition fort peu raisonnable, même si elle est opportunément dotée d’un limiteur électronique de vitesse que l’acheteur peut toujours faire hausser moyennant supplément…

Sanglé dans son siège aux renforts latéraux, les pédales bien disposées sous ses pieds, le volant bien en main et le compte-tours dont la forme ressemble à un bâton de hockey — réminiscence du bloc d’instrumentation à affichage numérique de certaines Audi Quattro et Coupé GT des années 1980 — a déjà de quoi convaincre qu’on ne conduit pas une Audi comme les autres. Naturellement, toutes les petites douceurs et avancées associées aux autres produits de la marque répondent présentes, enveloppées dans une finition sérieuse et de bon goût.

À peine effleurée la pédale d’accélérateur, le moteur réagit très fort en émettant un grondement féroce, méchant; mais l’accélération est moins brutale qu’elle n’y paraît. Plutôt linéaire, celle-ci n’en est pas moins impressionnante et vous scotche sans attendre contre le dossier du siège. Associé à une transmission automatique pouvant être commandée à partir de minuscules palettes au volant, mais qui n’a pas la rage (hélas) d’une boîte à double embrayage, le 4,0 litres suralimenté monte prestement dans les tours, mais avec une poigne de fer, sans le moindre à-coup. Immédiates, les réactions de cette mécanique turbocompressée effacent toute impression de lourdeur et le châssis s’accorde sans difficulté avec les performances de la voiture, dont le freinage, assuré par d’impressionnants disques alliant carbone et céramique qui se dévoilent à travers les roues, témoigne d’une grande efficacité. Mais ceux-ci figurent en option. Indispensables alors? En fait inutile pour quiconque astreindra une RS7 Sportback ou une RS6 Avant à demeurer loin des circuits. Gardez vos sous, le système de freinage de série suffit à la tâche.

Malgré une direction qui n’offre pas le ressenti attendu malgré les multiples paramètres offerts (un conseil : privilégiez le mode Indivudual avec direction et suspension en mode Comfort et tout le reste en Dynamic), la voiture se prend en main aisément et la batterie d’assistances électroniques facilite la maîtrise des quelque 600 chevaux qui piaffent sous le capot. Un tel brio impose quelques contreparties, à commencer par la suspension. Celle-ci, durcie afin de prévenir tout mouvement de caisse susceptible de nuire à la précision de conduite, gagne en fermeté sans que son tarage renforcé les fasse verser dans l’inconfort. Un satisfecit que les passagers ne partageront pas forcément si l’option Dynamic Plus et les gigantesques roues de 22 pouces s’invitent. Voilà deux autres options qui ne valent pas le coût.

Conduire une voiture aussi puissante a quelque chose d’un peu décalé. Hormis la brève envolée que l’on peut s’autoriser pour rejoindre les voies rapides, il faut surtout se préoccuper de surveiller son allure, car l’on a tôt fait d’atteindre des vitesses prohibées. Heureusement, les RS6 Avant et RS7 Sportback ne s’étranglent pas d’indignation si l’on adopte une conduite tranquille. La souplesse du moteur et de la boîte permet aussi de les affectionner à des vitesses raisonnables, et le niveau de consommation raisonnable. Sauf, bien sûr, si le pied se fait lourd sur l’accélérateur.

La RS6 Avant, qui en est sa première présence sur le marché canadien, se présente sous les traits d’une familiale haltérophile qui transpire la vélocité à travers tous les pores de sa carrosserie.

Carrure atypique

Extérieurement, la gamme RS conserve, malgré son caractère volcanique, une présentation assez discrète, mais tout de même plus exclusive encore qu’elle ne l’a jamais été. Elle se distingue des autres Audi par ses ailes boursouflées, ses prises d’air béantes, son capot racoleur avec ses nervures et sa fine lame destinée à refroidir ce qui mijote en dessous.

Les amateurs de voitures plus extraverties puiseront dans la longue et très onéreuse liste d’options que nul n’est obligé d’apprécier. Si tel devait être le cas, certaines marques concurrentes proposent des véhicules aussi exclusifs (voir les rivales).

Destinées à une clientèle très aisée, ces RS constituent aussi pour Audi un moyen de s’adresser à un public plus jeune, plus enthousiaste jusqu’alors intéressé par l’offre de ses rivaux. Aussi bien la RS6 Avant que la RS7 Sportback se destinent à une carrière confidentielle sur le plan commercial. En fait, leur véritable mission est d’ordre essentiellement symbolique. Le constructeur aux anneaux compte sur ces voitures pour revigorer son image et surtout flatter son orgueil.

Les frais de transport et d’hébergement liés à ce reportage ont été payés par Audi Canada.

Sanglé dans son siège aux renforts latéraux, les pédales bien disposées sous ses pieds, le volant bien en main et le compte-tours dont la forme ressemble à un bâton de hockey — réminiscence du bloc d’instrumentation à affichage numérique de certaines Audi Quattro et Coupé GT des années 1980 — a déjà de quoi convaincre qu’on ne conduit pas une Audi comme les autres.

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LE POUR ET LE CONTRE

On aime

  • Différenciation esthétique plus prononcée qu’autrefois
  • Parfaitement utilisable au quotidien et en toutes saisons
  • Finition exemplaire

On aime moins

  • Options nombreuses, onéreuses et parfois sans intérêt
  • Comportement solide, mais dénué de fantaisie 
  • Boîte automatique à huit rapports «traditionnel» peu réactive

CE QU’IL FAUT RETENIR

Prix : de 120 000 $ à 150 000 $ (estimation)

Moteur : V8 DACT 4,0 litres suralimenté par deux turbocompresseurs

Puissance : 591 chevaux à 6000 tr/min et 6250 tr/min

Couple : 590 lb-pi entre 2050 tr/min et 4500 tr/min 

Rapport poids/puissance : 3,48 kg/ch (RS7 Sportback); 3,51 kg/ch (RS6 Avant) 

Transmission de série : automatique à huit rapports 

Transmission optionnelle : aucune 

Mode d’entraînement : intégral (quatre roues motrices)

Pneus : 275/35R21 (de série)

Capacité du réservoir : 73 litres

Carburant recommandé : super

Consommation : 11,4 l/100 km 

Visible dans les concessions : à la fin de l’été 2020

Pour en savoir plus : www.audi.ca/fr

NOTRE VERDICT

  • Préférez la RS6 Avant à la RS7 Sportback. La RS6 Avant sera très convoitée auprès des collectionneurs dans un futur pas si lointain.