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Asthme chez les tout-petits: une guérison optimale possible

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne
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Une prise en charge agressive de l’asthme dès son apparition chez les enfants maximise les chances de voir la maladie éventuellement disparaître, montrent des travaux scientifiques menés au CHU Sainte-Justine et à l’Université de Montréal.

Les symptômes de l’asthme chez le jeune enfant disparaissent dans près de la moitié des cas vers l’âge scolaire. La stratégie consistait donc souvent à patienter jusqu’à ce moment avant de décider s’il était pertinent ou non d’intervenir.

La tactique était toutefois risquée, puisque plusieurs enfants présentaient une diminution irréversible de la fonction des poumons vers l’âge de 6 ans. Cela pouvait nuire à la croissance normale des poumons et augmenter le risque de développer une maladie pulmonaire obstructive chronique à l’âge adulte.

«On savait que les enfants qui étaient nés de parents asthmatiques ou qui avaient d’autres maladies de type allergique (...) avaient moins de chances de s’en débarrasser, et aussi s’ils avaient des crises à répétition», a expliqué la docteure Francine Ducharme.

Si on ne peut rien au fait que l’enfant ait des parents asthmatiques ou qu’il souffre d’eczéma, la docteure Ducharme et ses collègues ont en revanche décidé d’étudier ce qui arriverait si on s’affairait dès le départ à réduire le plus possible le nombre de crises d’asthme dont sera victime l’enfant.

Ils ont donc réuni une cohorte de 48 687 enfants canadiens nés entre 1990 et 2013 et ayant reçu un diagnostic d’asthme avant l’âge de 5 ans. Les chercheurs se sont intéressés au contrôle de la maladie pendant les deux années suivant le diagnostic, puis à son évolution.

Conclusion: moins l’asthme avait été bien contrôlé, moins grandes étaient les chances de rémission.

Un enfant était considéré comme en rémission après deux ans sans aucune prise de médicament, sans visite médicale ou à l’urgence, et sans hospitalisation liée à l’asthme.

«Pour les enfants dont l’asthme n’a jamais été bien contrôlé, qui ont été hospitalisés au moins une fois dans toutes les périodes de six mois, leurs chances de rémission étaient de moins de 50 %», a dit la docteure Ducharme.

«On a vraiment un effet dose-réponse, mais aussi dynamique dans le temps, ce qui veut dire qu’on a probablement une fenêtre d’opportunité très tôt après le diagnostic d’asthme pour changer le cours de la maladie en essayant de prévenir les exacerbations et surtout s’assurer d’un meilleur contrôle.»

Le contrôle de l’asthme pesait plus lourd dans la balance que tous les autres facteurs, comme le fait que l’enfant souffre d’allergies ou qu’il ait des antécédents familiaux d’asthme.

Pas un hasard

Les chiffres sont tellement forts et la taille de l’échantillon tellement grande qu’il n’est pas possible que l’amélioration observée soit attribuable à autre chose, a-t-elle dit: la prise en charge hâtive et agressive de la maladie est bel et bien bénéfique.

Il y a donc une occasion qui se présente, a ajouté la docteure Ducharme, de possiblement changer le cours de la maladie à long terme en prenant les enfants en charge adéquatement dès le premier jour.

«On a des données très probantes qui nous montrent que ça vaut la peine d’intervenir très tôt: pour le cours de la maladie, ce qui est nouveau, mais aussi bien sûr parce que les enfants vont mieux, a dit la docteure Ducharme. Si les enfants vont mieux et qu’ils ont moins de crises d’asthme, il y a une amélioration de la qualité de vie de l’enfant, des parents, etc.»

Elle avait d’ailleurs collaboré, dès 2015, à l’élaboration de lignes directrices canadiennes qui préconisaient une prise en charge agressive et rapide de l’asthme des enfants, alors que toutes les autres lignes directrices préconisaient d’attendre de voir ce qui arriverait à l’âge de six ans.

L’asthme est une maladie chronique dont les manifestations épisodiques peuvent toutefois être trompeuses, rappelle la docteure Ducharme. Le parent peut avoir l’impression que son enfant ne fait de l’asthme qu’à l’automne, par exemple, alors que des tests démontreront que la maladie est omniprésente.

«On n’a pas besoin de doses (de médicaments) énormes, mais agir de manière précoce fait toute une différence et les parents sont très sensibles à ça, a dit la docteure Ducharme. Augmenter les chances de rémission est un facteur très important pour les parents et ils adhèrent beaucoup plus aux traitements en sachant qu’on a des chances d’augmenter la rémission.»

Les résultats de cette étude sont publiés par le European Respiratory Journal.