Le quartier « historique » de Arvida, à Saguenay, pourrait être protégé par l’UNESCO.

Arvida: «La population ici a compris»

Pendant qu’à Gatineau, les citoyens demeurent déchirés sur la pertinence de protéger le quartier du Musée et l’ensemble patrimonial qu’il représente, à Arvida, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, c’est toute une population qui se mobilise pour convaincre, d’abord Québec, et ensuite l’UNESCO, de la valeur patrimoniale de leur village.

Arvida n’a rien du Vieux-Québec, du Vieux-Montréal, de l’Île d’Orléans ou de Percé en Gaspésie, mais cela n’empêchera pas la municipalité fondée en 1926 par l’Aluminium Company of America d’être bientôt le 13e site patrimonial reconnu officiellement par le gouvernement du Québec. 

Ses 270 petites maisons de banlieue construite en seulement 135 jours pour accueillir les premiers ouvriers de l’aluminerie constituent un « repère de l’identité québécoise qu’il importe de protéger et de préserver » affirmait en juillet dernier le ministre québécois de la Culture, Luc Fortin.

« C’est l’ensemble que représente Arvida qui a une valeur patrimoniale importante et pas chaque maison prise séparément », explique le conseiller municipal de l’arrondissement Jonquière, Carl Dufour. Ce dernier mène une bataille politique pour faire reconnaître la valeur patrimoniale d’Arvida depuis son entrée en politique en 2009. 

« J’ai eu des promoteurs qui avaient des projets de développement dans le quartier, qui mettaient de la pression pour faire changer le zonage, mais je me suis toujours tenu debout et je me suis toujours opposé, raconte M. Dufour. Leurs projets étaient intéressants, mais c’était au mauvais endroit. Je leur répétais qu’il y avait d’autres endroits en ville pour leur projet. L’économie n’a pas souffert de mon opposition. Il faut savoir s’organiser pour être en mesure de léguer notre histoire aux générations futures. La population ici a compris ça et s’est rangée derrière moi. »

La première action pour protéger Arvida a été la mise sur pied d’un Plan d’intégration et d’implantation architectural (PIIA) en 2010. 

M. Dufour explique que les résidents du coin ont appris à vivre avec les contraintes que cela imposait quand venait le temps de procéder à des rénovations à leur maison. 

« Tout est une question de communication et de sensibilisation, dit-il. Il y a toujours une éducation à faire. Tu peux avoir le meilleur projet au monde, tu n’auras jamais l’unanimité. Nos services ont pris le temps de bien expliquer et les gens ont compris l’importance de préserver Arvida et son patrimoine. De plus en plus de jeunes familles viennent s’y établir. Elles savent exactement à quoi elles s’exposent en venant ici, mais c’est ce que ces gens recherchent. Ils ont un fort sentiment d’appartenance et de fierté envers ce quartier. »

Attrait touristique

Carl Dufour estime qu’une citation patrimoniale du gouvernement du Québec et ultimement une désignation de l’UNESCO pourrait attirer son lot de touristes à Arvida. 

« C’est la grande tendance actuellement dans le tourisme, dit-il. Les voyageurs veulent visiter des sites et des quartiers industriels. Ils veulent ce genre d’expérience. Il y a très peu de ce genre de site protégé au Québec et en Amérique du Nord. Il y a encore beaucoup de travail à faire pour positionner Arvida, mais la protection est un premier pas important. »