Les bénévoles ont sorti de l'eau les sections du quai flottant du Camping Lac-aux-Sables.

Après la tornade, Lac-aux-Sables se retrousse les manches

LAC-AUX-SABLES — C’est parfois en temps de crise que le meilleur côté de l’humanité fait surface. C’était le cas jeudi à Lac-aux-Sables, alors qu’une cinquantaine de bénévoles ont répondu à l’appel de la Municipalité et des responsables du camping, touchés mardi par une tornade de force EF1. En quelques heures à peine, ces femmes et ces hommes ont réussi à nettoyer les débris laissés par le phénomène météorologique, une tâche à laquelle certains croyaient devoir consacrer plusieurs jours.

Le copropriétaire du Camping Lac-aux-Sables, Sylvain Robert, était à l’oeuvre avec ces bénévoles, jeudi matin, dans l’eau jusqu’à la taille pour sortir les sections du quai de son établissement, renversé par la tornade. S’il avait la mine basse au lendemain de la catastrophe, il a manifestement retrouvé sa bonne humeur en voyant la force de la mobilisation des bénévoles.

Une pelle mécanique était à l'oeuvre pour enlever les arbres tombés sur les roulottes, jeudi.

«C’est impressionnant, reconnaît-il. Ce que je voyais comme une tâche d’une semaine à faire avec les employés du camping, avec ces 50 bénévoles, ça s’est fait en trois ou quatre heures. Mon quai qui était tout à l’envers et qui devait être un gros casse-tête pour moi, il me reste juste à le ramasser.»

«C’est fou. C’est émouvant», ajoute-t-il.

Les bénévoles ont ratissé le fond du lac et la plage pour ramasser les débris entraînés par la tornade.

Cet appel à la solidarité a été lancé par la Municipalité, mercredi soir, autant aux résidents qu’aux campeurs. Le lendemain matin, force est de constater qu’il a bien été entendu.

«Dès les premières heures, on a commencé le nettoyage du secteur de la plage, résume Valérie Cloutier, coordonnatrice des mesures d’urgence et directrice générale de la Municipalité de Lac-aux-Sables. On a demandé la collaboration des gens des campings Lac-aux-Sables et Groleau, de la municipalité et de l’Association des résidents pour la protection du lac aux Sables (ARPLAS). Le travail d’équipe a permis qu’une cinquantaine de bénévoles participent aux travaux de nettoyage et de ratissage de la plage et de l’eau, ce qui a permis d’ouvrir à nouveau la plage. Un premier secteur a été ouvert à 10 h.»

Sylvain Robert, copropriétaire du Camping Lac-aux-Sables, entouré de Valérie Cloutier, coordonnatrice des mesures d’urgence et directrice générale de Lac-aux-Sables, et de Hugues Carpentier, coordonnateur des communications de la municipalité.

Nicole Martel et Pierre Bourget font partie de ceux qui tenaient à participer aux efforts pour refaire une beauté au village qu’ils ont adopté à leur retraite. «On a voulu donner un coup de main aux gens de la place... parce que c’est notre place aussi! On a fait une battue dans l’eau jusqu'à l’autre côté du quai fédéral. On a surtout ramassé des branches, quoiqu’il y avait aussi du verre», explique Mme Martel.

Outre les branches, ce ratissage a permis de sortir de l’eau des débris de roulottes emportés par le vent et toutes sortes d’accessoires de cuisine: assiettes, tasses, théières, etc. La tour où s’installe le sauveteur de la plage a été remise debout et un bénévole s’attelait à en solidifier le siège. En fin d’avant-midi, alors que les derniers bénévoles quittaient les lieux, quelques personnes s’étaient déjà installées sur la section de la plage rouverte aux baigneurs, profitant des résultats de l’effort collectif.

Mme Martel souligne que même si les traces de passage de la tornade étaient déjà moins visibles jeudi, certaines risquent de mettre plus de temps à s’effacer. Des traces physiques, comme les arbres emportés par le vent, mais aussi celles psychologiques, en particulier chez les trois campeurs blessés et ceux qui ont craint de l’être.

Nicole Martel et Pierre Bourget, résidents de Lac-aux-Sables, étaient du nombre des bénévoles, jeudi.

Scies mécaniques et machinerie

Des travaux de nettoyage étaient également en cours jeudi dans le Camping Lac-aux-Sables. Des employés maniaient la tronçonneuse pour dégager les troncs d’arbre tombés sur les roulottes, aidés d’une pelle mécanique pour les déplacer.

Des employés du camping s'affairaient à débiter les troncs d'arbres tombés dans le camping.

«Après dîner, avec de la machinerie lourde, on va commencer à enlever les roulottes qui sont les pires, indique Sylvain Robert. Rendu à ce soir (jeudi), il n’y aura plus de traces de grand-chose. On est en train d’enlever les arbres tombés sur les roulottes. On a été capables de relocaliser des gens grâce à ceux qui ont quitté le temps de nettoyer les terrains. Mais demain (vendredi), on va fonctionner à plein rendement.»

Le copropriétaire du camping s’attend donc à passer normalement la dernière fin de semaine des vacances de la construction. L’électricité dont étaient toujours privés le tiers des terrains a été rétablie en soirée, mercredi. Le restaurant du camping est pour sa part demeuré fermé jeudi. Il reste maintenant à voir si la tornade aura eu autant d’impacts négatifs qu’anticipé sur l’achalandage du camping.

«Le lendemain (de la tornade), c’était très émotif. Énormément de gens ont quitté, en raison du choc qu’ils ont vécu, ils avaient une boule dans la gorge, atteste-t-il. Je n’ai pas évalué, mais peut-être une dizaine de personnes ont quitté. On a reçu beaucoup de téléphones pour savoir si on était en fonction cette fin de semaine, malgré que les médias nous ont aidés à passer le message qu’on était prêts.»

M. Robert dit d’ailleurs compatir avec la quinzaine de campeurs qui ont vu leur roulotte démolie au-delà de tout espoir de réparation. «C’est sûr que j’ai une pensée pour les gens qui ont perdu leur roulotte. Ils perdent leurs vacances d’été, c’est sûr que ce n’est pas drôle pour eux. Mais tout le monde est en santé quand même», souligne-t-il.

La situation devait être revenue à la normale vendredi, espèrent les propriétaires du Camping Lac-aux-Sables.

Cette dernière pensée a probablement aidé Benoit Gosselin et sa conjointe à faire le deuil de leur roulotte. «J’étais en route vers ma roulotte pour tout fermer quand le vent s’est levé, relate M. Gosselin. J’ai vu le tourbillon se former et j’ai tout de suite reculé. J’ai vu la roulotte en face de la mienne voler 25 ou 25 pieds dans les airs avant de retomber sur la mienne. J’ai couru chercher mon gars, qui était avec son cousin. Heureusement, il s’était réfugié dans le bloc sanitaire du camping avec d’autres enfants.» Sa conjointe, elle, était partie chez ses parents avec leur fille.

Benoit Gosselin, dont la roulotte et le véhicule ont été déclarés perte totale.

Jeudi matin, le couple venu de la MRC de Bellechasse était en pleine discussion avec un expert en sinistres de leur assurance, venu constater l’ampleur des dégâts sur sa roulotte et son véhicule, tous deux déclarés perte totale. Les parois de la roulotte sont défoncées et la toilette s’est détachée de son socle sous la violence de l’impact. Quant au véhicule, son côté gauche a été enfoncé par la roulotte volante.

Bien qu’il puisse recevoir un montant équivalent à la valeur à neuf de sa roulotte, M. Gosselin doute qu’il s’en achète une nouvelle. «Ce n’est pas qu’on soit traumatisés, mais on n’est juste pas tant tripeux de camping que ça. Surtout avec des enfants, c’est de l’ouvrage», confie-t-il, à la blague. Il devrait également être indemnisé pour son véhicule, sans toutefois savoir encore à quelle hauteur.

Plusieurs jours sans Internet

Du côté de la Municipalité, la gestion de crise est terminée. «On va garder l’écocentre ouvert pour que les gens terminent le ramassage de leur propriété, explique Valérie Cloutier. Mais dès que les travaux de nettoyage de la plage seront terminés, notre travail à nous va être terminé sur les lieux.»

Des équipes de l'entreprise Telus travaillaient jeudi à réinstaller les fils de télécommunications emportés par la tornade.

En ce qui concerne l’électricité, moins de dix résidences en étaient toujours privées mercredi soir, après qu’Hydro-Québec eut terminé d’installer de nouveaux poteaux et fils. Les propriétaires de ces résidences devaient d’abord faire réparer le mât qui leur permet de se brancher au réseau électrique, une tâche qui doit être réalisée par un électricien. «Dès que ce sera réparé, l’électricien va communiquer avec Hydro-Québec pour rebrancher leur maison», explique Mme Cloutier.

La rue Sainte-Marie, en bordure du lac, restera toutefois fermée partiellement à la circulation, même piétonne, pour des raisons de sécurité. L’entreprise de télécommunications Télus doit en effet refaire le câblage de fils et de fibre optique pour redonner aux résidents accès au téléphone et à Internet, ce qui implique la circulation de camions à nacelle. Ces travaux devraient prendre encore quelques jours, d’après la directrice générale de la Municipalité.

Sitôt la plage rouverte, certains se sont fait un devoir d'y aller pour profiter du soleil.

Le centre qui avait été ouvert mardi soir pour recevoir les quelque 900 personnes évacuées par les autorités est toujours ouvert, principalement pour servir des collations aux sinistrés qui en ont besoin, de même qu’aux bénévoles mobilisés jeudi.

La Municipalité fera également un bilan de sa gestion de la crise, en présence des responsables des campings qui ont été impliqués. «On veut voir comment on peut faire mieux la prochaine fois. Mais vu l’envergure des travaux qu’il y avait à faire, ça a vraiment bien été», estime déjà Valérie Cloutier.