La comédienne Andrée Lachapelle est décédée à l’âge de 88 ans.

Andrée Lachapelle s'éteint à l'âge de 88 ans

On aurait difficilement pu imaginer une plus belle sortie de scène pour la grande comédienne qu’aura été Andrée Lachapelle, décédée jeudi à l’âge de 88 ans.

À peine deux mois après la sortie du film Il pleuvait des oiseaux, dans lequel elle lègue un dernier grand rôle au cinéma québécois, l’actrice serait décédée des suite d’un cancer. Elle aurait demandé à recevoir l’aide médicale à mourir, selon ce que sa famille a révélé à Radio-Canada.

Gilbert Sicotte et Rémy Girard auront été ses derniers partenaires de jeu au grand écran dans le long métrage de la réalisatrice Louise Archambault.

Pour M. Girard, Andrée Lachapelle quitte «avec grande élégance, comme toujours».

«Madame Lachapelle, c’est l’élégance incarnée, la gentillesse, une personne de très haute qualité», a décrit celui qui se souvient d’avoir fait sa connaissance en 1980 à son arrivée à Montréal.

Très impressionné devant cette grande comédienne, le jeune artiste débarqué de Québec a rapidement réalisé qu’elle n’avait rien d’intimidant. L’image de la femme hautaine ou difficile d’approche que certains pouvaient avoir n’était absolument pas justifiée.

«Elle était une très belle femme, une beauté classique. C’est peut-être à cause de ça, mais elle n’était pas comme ça du tout, assure-t-il. C’était quelqu’un de tellement vraie, de tellement simple, tellement chaleureuse qu’on ne pouvait pas ne pas l’aimer.»

Gilbert Sicotte offre le même témoignage de sa récente partenaire de jeu au grand écran. Malgré son âge avancé et les longues journées de tournage sur le plateau d’»Il pleuvait des oiseaux», il n’a jamais entendu de plainte de Mme Lachapelle.

«Elle se sentait privilégiée et avait une façon de voir la vie qui ne retenait toujours que le côté positif des choses», garde-t-il en souvenir.

Les premiers contacts de Gilbert Sicotte avec Andrée Lachapelle remontent au début des années 1990. Il se souvient notamment du tournage du film Cap Tourmente, en 1993, alors qu’ils avaient partagé une maison durant un mois en compagnie d’une autre collègue, Élise Guilbault.

«On partageait le tournage et la vie de tous les jours. C’était très joyeux parce qu’Andrée aimait le plaisir, le party, la convivialité avec les gens. C’est pour ça, selon moi, qu’elle aimait autant le théâtre et le jeu», croit-il.

Pour lui, Andrée Lachapelle représente une génération qui a traversé plusieurs époques de jeu et de styles différents. Elle était des débuts du théâtre québécois et de la télévision.

«Elle a touché à tous les médiums et chaque fois, elle avait une énergie, une intensité qui a nourri tous ses personnages», conclut-il.

Le premier ministre du Québec François Legault a offert ses sympathies à la famille dans un message publié sur Twitter. «Elle a fait rêver les Québécois pendant toutes ces années avec ses personnages à la télé, au cinéma et au théâtre», a-t-il ajouté.

Justin Trudeau a lui aussi souligné le triste événement sur Twitter en parlant d’«une grande dame qui a énormément contribué à la culture québécoise».

Généreuse jusqu’à la toute fin

Andrée Lachapelle n’aura pas laissé que de grands rôles derrière elle, mais aussi une lignée de comédiennes de mère en fille. Sa fille Nathalie Gadouas et sa petite-fille Ève Gadouas continuent de suivre ses traces.

Cette dernière a confié à La Presse canadienne avoir été touchée de voir comment sa grand-mère aura été généreuse jusqu’à la toute fin de sa vie. Au cours des dernières semaines, beaucoup de gens lui ont rendu visite ou lui ont téléphoné et la réaction de sa grand-mère l’a beaucoup touchée.

«Elle accordait une importance à chacun d’entre eux et leur disait à quel point ils avaient été importants pour elle. Je trouve que c’est une très belle qualité humaine d’avoir cette reconnaissance», témoigne-t-elle.

Les trois générations de comédiennes ont eu le rare privilège de partager la scène, le temps de trois représentations de la pièce «Tout comme elle», en 2006. Un moment spécial pour les trois femmes.

Ève Gadouas dit retenir de sa grand-mère: «Sa joie de vivre, sa résilience, son amour». «C’était une amoureuse de la vie, des gens. Elle avait une véritable appréciation de la vie», décrit-elle.

Un parcours remarquable

Benjamine d’une famille de sept enfants, Andrée Lachapelle est arrivée comme une surprise dans la vie de ses parents, alors âgés de 45 ans. Dès sa plus tendre enfance, elle a voulu jouer la comédie. Lorsque ses frères et soeurs jouaient dans des pièces, elle récitait des poèmes pendant les entractes, et elle participait à tous les spectacles à son école. Elle a d’ailleurs suivi des cours de diction dès l’âge de six ans, puis s’est inscrite comme élève, à 14 ans, au Studio 15 animé par Gérard Vleminckx.

Malgré sa soif de théâtre, elle obtient tout de même un diplôme d’institutrice et enseigne quelques années avant de se consacrer entièrement au jeu.

C’est au Festival de Montréal, à l’été 1952, qu’elle fait la rencontre du comédien Robert Gadouas, qui deviendra son amoureux. Leur relation durera 10 ans et ils seront parents de trois enfants. Leur séparation survient en 1963, et Robert Gadouas s’enlèvera la vie quelques années plus tard, en 1969.

«Je n’ai pas eu une vie facile. J’ai vécu beaucoup d’épreuves. J’ai vu mes frères mourir de maladie très jeunes, l’un à 18 ans, l’autre à 25 ans. J’ai perdu l’homme de ma vie et le père de mes trois enfants alors que je n’avais que 30 ans. Mon métier a très certainement été mon amant le plus fidèle. Pour le reste, ça n’a pas toujours été très drôle, mais je ne me suis jamais laissée abattre», avait-elle confié lors d’une entrevue à La Presse en 2012.

En 1971, elle épouse le comédien Dominique Briand, grâce à l’insistance de qui elle a obtenu le rôle de Blanche Dubois dans «Un Tramway nommé Désir» de Tennessee Williams, qui connaîtra un grand succès lorsqu’elle sera montée à Paris.

Pendant de nombreuses années enfin, elle a été la conjointe du réalisateur André Melançon, mort en 2016 à l’âge de 74 ans.

«Dans la vie, deux choses sont importantes: notre naissance et notre mort. Entre les deux, on vit autant qu’on peut. C’est la même chose au théâtre: entre l’entrée et la sortie, on joue toujours de notre mieux», avait-elle déclaré lors d’une entrevue donnée au quotidien Le Droit, en 2010.

Son amour du théâtre l’amènera à monter sur scène fréquemment, participant souvent à plusieurs productions chaque année. On l’a vue dans «Incendies» de Wajdi Mouawad, dans «Albertine en cinq temps» de Michel Tremblay, dans «Oh les beaux jours» de Samuel Beckett, dans «Soudain l’été dernier» de Tennessee Williams, pour n’en nommer que quelques-unes.

En plus du théâtre, Andrée Lachapelle a participé à plusieurs projets au petit comme au grand écran. Elle a ainsi participé au «Temps d’une paix», «Monsieur le ministre», «La maison Deschênes», Scoop, «Le volcan tranquille» et, plus récemment, L’auberge du chien noir, La galère et Yamaska. Elle a même tenu son propre rôle dans la comédie télévisée «Tout sur moi».

Au cinéma, on l’a vue dans «YUL 871» de Jacques Godbout, «Dans le ventre du dragon» d’Yves Simoneau, Jésus de Montréal»de Denys Arcand, La dernière fugue de Léa Pool et Route 132 de Louis Bélanger, entre autres.