La ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, l'avocate Amal Clooney (et épouse de George Clooney) et le ministre des Affaires étrangères britannique Jeremy Hunt participent à un forum de discussion lors de la Conférence mondiale sur la liberté de presse, à Londres, mercredi.

Amal Clooney déplore les frondes antimédias

OTTAWA — Les attaques du président américain Donald Trump contre les médias rendent les journalistes plus vulnérables aux mauvais traitements à travers le monde, a déclaré mercredi une avocate réputée pour les droits des journalistes.

Amal Clooney n’a pas nommé directement Donald Trump, mais a évoqué le phénomène dans le pays de James Madison, un des pères fondateurs qui est devenu le quatrième président des États-Unis.

«Aujourd’hui, le pays de James Madison a un dirigeant qui dénigre les médias, rendant les journalistes honnêtes du monde entier plus vulnérables aux abus», a affirmé Mme Clooney lors d’une conférence internationale sur la liberté de presse à Londres.

L’événement conjoint canado-britannique réunit des participants d’environ 100 pays, dont des politiciens, des journalistes et des militants.

Il a été présenté comme une réponse aux dangers sans précédent et croissants pour les journalistes du monde entier. Tandis que les Nations unies ont cité le fait que 99 travailleurs des médias ont été tués à travers le monde l’année dernière, le commentaire de Mme Clooney a attiré l’attention sur le sentiment antimédias croissant dans de nombreux pays démocratiques.

Il a également mis en lumière l’impact des tirades antimédias de Donald Trump sur la répression des médias par des dirigeants autoritaires en Russie, en Turquie et aux Philippines, entre autres.

«Ces problèmes sont à l’échelle mondiale et existent même dans des pays qui ont une forte tradition de liberté d’expression», a souligné Mme Clooney, qui a représenté des journalistes emprisonnés au Myanmar et aux Philippines. Des journalistes ont également été victimes d’actes policiers récents en Grande-Bretagne et en Australie, a-t-elle ajouté.

«Fausses nouvelles» 

Donald Trump a qualifié à plusieurs reprises les médias d’«ennemis du peuple» et les a accusés de vendre de «fausses nouvelles» à leurs lecteurs.

Des gouvernements, de l’Arabie saoudite à la Chine, en passant par l’Iran, ont depuis longtemps restreint la liberté de presse, mais la tendance se propage, a soutenu depuis Londres Martin O’Hanlon, président du Syndicat des communications d’Amérique (SCA Canada).

«Nous assistons à la montée des démagogues et des partis ultraconservateurs dans des pays anciennement progressistes comme la Pologne, la République tchèque, la Hongrie, la Turquie et les Philippines, qui sont ouvertement hostiles aux médias», a déclaré M. O’Hanlon, ancien journaliste au bureau de la colline du Parlement de La Presse canadienne.

«Soyons clairs : le journalisme est un pilier de la démocratie et les attaques contre les médias sont des attaques contre nos systèmes démocratiques.»

Des politiciens tels que la ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, et son homologue britannique Jeremy Hunt doivent faire plus que de simples discours sur la liberté de presse, a soutenu Mme Clooney.

Tout en reconnaissant que les deux ministres mettent en lumière les dangers sans précédent auxquels sont exposés les journalistes du monde entier, elle a déclaré qu’ils devaient faire davantage que des discours de soutien.

Mme Freeland et M. Hunt ont signé un plan en cinq points visant à renforcer la protection des journalistes, un plan qu’ils espèrent voir adopter par d’autres pays.

«Passeport de la presse» 

Parmi ses points, il y a un appel à la création d’un «passeport de la presse» similaire à un passeport diplomatique, des sanctions contre les individus et les dirigeants gouvernementaux qui nuisent aux journalistes, et un soutien à la Convention des Nations unies sur la sécurité des journalistes et des professionnels des médias.

«Tous les gouvernements disent qu’ils soutiennent la liberté de la presse. Ce droit est même inscrit dans la Constitution de la Corée du Nord. Ce qui compte, c’est de le faire respecter. Et l’application dépend des États», a souligné Mme Clooney.

«Mon message à tous les ministres ici présents est qu’il ne suffit pas de signer des engagements et de faire des discours. Ils doivent veiller à ce que leurs lois respectent la liberté de presse et que leurs polices, procureurs, juges et citoyens font de même», a-t-elle ajouté.

Mme Clooney envisage de créer un groupe d’experts chargé de conseiller les gouvernements sur le renforcement de la protection juridique des journalistes.

Deux organes de presse russes bannis

Mme Freeland et M. Hunt coprésident la conférence de deux jours à Londres, avec des politiciens, des responsables, des activistes et des journalistes de plus de 100 pays, bien que deux organes de presse russes aient été bannis.

Le gouvernement britannique a ainsi précisé que Spoutnik et RT n’étaient pas les bienvenus en raison de «leur rôle actif dans la diffusion de la désinformation».

L’année dernière, RT, une chaîne financée par l’État, a été blâmée par le régulateur britannique de la radiodiffusion pour avoir enfreint les règles d’impartialité britanniques dans la couverture de l’empoisonnement d’un ex-espion russe en Angleterre.

RT, anciennement connue sous le nom de Russia Today, a déclaré «qu’il faut une certaine hypocrisie pour défendre la liberté de la presse tout en bannissant les voix qui dérangent et en diffamant les médias alternatifs».

Les organisateurs n’ont pas publié la liste des participants, mais affirment que des délégations sont attendues de pays qui ont des antécédents alarmants en matière de liberté de la presse, tels que l’Arabie saoudite et la Turquie.