Aliments contaminés: citoyens préoccupés, mais aux autres de s’en occuper

MONTRÉAL - Les consommateurs canadiens se disent préoccupés par la contamination d’aliments par des bactéries ou des virus et préoccupés par les aliments qui ne sont pas frais ou sont mal conservés... mais ne voient pas beaucoup leur responsabilité à ce chapitre.

C’est ce qui ressort d’une étude sur la sensibilité des Canadiens face aux rappels alimentaires, réalisée par l’Université Dalhousie en Nouvelle-Écosse.

Dans les faits, il y a eu 155 rappels d’aliments au pays en 2017.

La majorité des personnes interrogées, soit 61,4 pour cent, croyaient qu’il y en avait eu moins de 50, a souligné au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politique agroalimentaire à l’Université Dalhousie.

Ainsi, une forte proportion de Canadiens, soit 90,2 pour cent, se disent préoccupés par la contamination des aliments par des virus ou des bactéries - lorsqu’on additionne les réponses «légèrement», «quelque peu», «modérément» et «extrêmement» préoccupés.

Ce sont aussi 93,5 pour cent des Canadiens interrogés qui se sont dits préoccupés par les aliments qui ne sont pas frais ou qui ont été mal conservés, lorsqu’on additionne les quatre degrés de préoccupation.

Pas moi, l’autre

Pourtant, les consommateurs se considèrent bien moins responsables que d’autres en matière de salubrité des aliments.

Ainsi, lorsqu’on leur a demandé d’identifier les trois personnes ou organisations qui avaient la plus grande responsabilité pour garantir la salubrité des aliments, seulement 17,9 pour cent ont identifié les consommateurs. Ils arrivent au 8e rang sur les huit proposés.

Les plus grands responsables sont identifiés comme étant l’Agence canadienne d’inspection des aliments, à 89 pour cent, puis les producteurs d’aliments (50,5 pour cent), Santé Canada (45,9 pour cent). Suivent les détaillants de l’alimentation, Agriculture Canada, les gouvernements provinciaux et les producteurs agricoles.

«Le sens de la responsabilité n’est pas clair par rapport au consommateur. On voit vraiment que (pour lui) c’est le gouvernement et l’industrie qui sont responsables de la salubrité et de l’innocuité des aliments au Canada. Donc, lorsqu’il y a un rappel, on semble automatiquement pointer du doigt l’industrie ou les gouvernements», résume le professeur Charlebois, auteur principal de la recherche.

Or, les consommateurs devraient se sentir personnellement préoccupés. «On sait très bien que les statistiques démontrent que plusieurs des problèmes de salubrité alimentaire, en fait, sont générés à la maison», rappelle-t-il.

Confiance

En fait, les Canadiens ont assez confiance dans les autorités de la Santé pour veiller à la salubrité des aliments. Plus de 71 pour cent se sont dits d’accord avec l’énoncé voulant que «quand j’entends parler de rappels d’aliments, j’ai confiance, car cela signifie que le système de réglementation fonctionne» - réponses «fortement» et «plutôt» additionnées.

Environ 68 pour cent se sont dits d’accord avec l’énoncé voulant que «les organismes de réglementation en matière de salubrité des aliments mettent tout en oeuvre pour protéger les Canadiens contre tout problème de salubrité alimentaire».

«J’ai l’impression qu’il y a un genre de biais optimiste dans notre échantillonnage. Autrement dit, les gens vont penser qu’on les protège adéquatement, mais en même temps, peut-être qu’il y a certains produits qui passent au travers du système et qui pourraient mettre en danger certaines personnes», a commenté le professeur Charlebois.

Sources d’information

Pour ce qui est des rappels d’aliments pour raisons de sécurité, les consommateurs canadiens se sont plus informés par le bouche-à-oreille que par les publications gouvernementales.

Interrogées sur leurs sources d’information quant aux rappels d’aliments au cours des deux dernières années, les personnes interrogées ont répondu s’être surtout informées auprès des médias traditionnels - journaux, radio, télévision - dans une proportion de 72 pour cent.

Suivent les médias sociaux avec 42 pour cent et le bouche-à-oreille avec 28 pour cent. Seuls 8,3 pour cent des gens ont eu comme source d’information les publications du gouvernement.

«Le lien de communication entre le gouvernement et les consommateurs n’est carrément pas là; il est inexistant. On voit qu’il y a une dépendance énorme envers les médias. Et c’est préoccupant, parce que si les médias ne jouaient pas le rôle qu’ils jouent - communiquer le risque au consommateur de façon quotidienne - comment fait-on pour rejoindre les consommateurs qui ont besoin d’être protégés lors d’un rappel?» demande le professeur Charlebois.

L’enquête a été réalisée auprès de 1049 Canadiens adultes, en mars dernier. Sa marge d’erreur est de 3,1 pour cent, 19 fois sur 20.