On estime que trois enfants sur quatre, entre les âges de 2 et 10 ans, traverseront ce que les experts appellent une période de «néophobie alimentaire», à savoir une phase pendant laquelle ils rejetteront les nouveaux aliments.

Alimentation: la zone grise de ce qu’on raconte aux enfants

On pourrait inciter les enfants à mieux manger en leur expliquant les bienfaits d’une alimentation saine en des termes qu’ils sont capables de comprendre, selon une nouvelle étude américaine.

Des énoncés comme «mange tes fèves si tu veux courir plus vite» seraient ainsi plus efficaces que la simple présentation répétée de l’aliment, sans aucune conversation, affirment des chercheurs des universités Washington State et Florida State dans les pages du Journal of Nutrition Education and Behavior.

Une experte québécoise doute toutefois de l’efficacité de cette stratégie et croit que le plaisir et la découverte des aliments par les sens sont beaucoup plus importants.

«Ce n’est pas vraiment ce qu’on veut transmettre à des enfants aussi jeunes, a dit Emmanuelle Dubuc-Fortin, une nutritionniste d’Extenso, le centre de référence sur la nutrition de l’Université de Montréal. À cet âge-là, on ne veut pas que l’enfant se préoccupe des nutriments et de ce que l’aliment va faire pour moi.»

Les chercheurs américains affirment que les enfants mangeaient deux fois plus d’aliments sains quand on leur expliquait les bienfaits qu’ils en retireront, comparativement aux mêmes aliments sans aucun contexte. Ils admettent toutefois, souligne Mme Dubuc-Fortin, que «la méthode n’a pas permis d’améliorer l’appréciation des aliments en question, ni leur volonté d’essayer de nouveaux aliments. Donc on ne règle pas tous les problèmes avec cette approche-là».

«Néophobie alimentaire»

On estime que trois enfants sur quatre, entre les âges de deux et dix ans, traverseront ce que les experts appellent une période de «néophobie alimentaire», à savoir une phase pendant laquelle ils rejetteront les nouveaux aliments.

«Donc c’est très fréquent et c’est normal, c’est souvent une quête d’autonomie, la phase du «non» vers l’âge de deux ans et tout ça, a dit Mme Dubuc-Fortin. Ça peut aussi être une quête de stabilité. L’enfant veut manger seulement ce qu’il connaît, c’est plus rassurant, surtout s’il y a beaucoup de changements dans sa vie.»

Pour s’en tirer le mieux possible, poursuit-elle, il est crucial que l’alimentation soit associée à des expériences positives pour l’enfant. On pourra éveiller son intérêt et piquer sa curiosité, par exemple, en l’encourageant à goûter sans forcer, en donnant l’exemple autour de la table et en parlant des aliments en termes de texture et de couleur.

Des visites au marché et l’entretien d’un petit potager sont d’autres stratégies intéressantes.

«Si l’enfant sent qu’il y a une tension, s’il ressent une pression à goûter, ce ne sera pas du plaisir pour lui, ce ne sera pas associé à quelque chose de positif, a-t-elle dit. Si l’enfant goûte et qu’il n’aime pas ça, même s’il crache, au moins il a goûté et c’est un pas de plus, c’est une bonne chose. Mais si c’est détendu, que c’est bon et qu’on s’amuse, on aura plus envie d’essayer.»