Deux immenses banderoles attendaient les automobilistes qui circulaient sur l’autoroute 55, à la hauteur du viaduc Jean-XXIII.

«Alcoa appauvrit le Québec»

TROIS-RIVIÈRES — Une surprise attendait vendredi les automobilistes qui circulaient sur l’autoroute 55, à la hauteur du viaduc du boulevard Jean-XXIII à Trois-Rivières, alors que deux immenses banderoles, portées par une vingtaine de manifestants, en appui aux lockoutés d’ABI, avaient pour message: Alcoa appauvrit le Québec - Écoeurés de payer pour Alcoa.

«On envoie un message à la population, qui parle du vrai visage d’Alcoa et, surtout, des impacts du conflit qui se passe à l’ABI, les impacts étant qu’Alcoa appauvrit le Québec», a expliqué le président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma et porte-parole de l’ensemble des syndiqués de Rio Tinto aluminium du Québec, soit 2500 travailleurs, Alexandre Fréchette.

Selon lui, Alcoa a une carte truquée. «Leur lock-out ne leur coûte pas le même prix qu’un lockouté. C’est comme si dans le fond, le gouvernement subventionnait les lockoutés en donnant de l’argent, mais là, on en donne juste à une partie. Ça déséquilibre le rapport de force. Le message le plus important, c’est que ça a pour effet d’allonger ce conflit-là», affirme le représentant syndical.

«On a beau faire toute sorte de sparages du côté du ministre, on voit bien qu’Alcoa a passé au travers de Lucien Bouchard, de Jean Nolin, d’un conseil de médiation, des rencontres à Pittsburgh. Alcoa ne négocie pas. C’est important que la population voie le vrai visage d’Alcoa», martèle M. Fréchette.

À son avis, «ça prend de la pression sur Alcoa». «C’est ce qu’on vient faire, on interpelle la population, surtout M. Legault. Ce n’est pas Jean Boulet qui va régler. Parce qu’Alcoa, quand ils ont besoin d’un avantage, ils ne cogneront pas à la porte de Jean Boulet, ils vont aller direct dans le bureau du PM. Donc, c’est au PM de remettre Alcoa au pas, de s’assurer qu’ils comprennent qu’ils ont intérêt à se comporter en citoyen honorable. Présentement, ce n’est absolument pas le cas. C’est tout le Québec qui paie le prix, en premier lieu, bien sûr, les 1000 familles, mais ça, Alcoa s’en fout complètement», poursuit M. Fréchette.

Force est de constater qu’actuellement, dit-il, «peu importe les effets spéciaux du ministre Jean Boulet, ça ne marche pas». «Je pense que Jean Boulet devrait prendre acte de ça. C’est Legault qui a le levier. Est-ce que Jean Boulet a comme projet de nous faire un deuxième Delastek? Je vous laisse tirer vos conclusions», lance-t-il. 

Celui-ci rappelle qu’en 2012, les travailleurs de l’usine d’Alma ont vécu six mois de lock-out «exactement sur une clause d’Act of God». «Ça a coûté à l’État québécois 148 millions, si on additionne les 165, on est rendu à 300millions pour des clauses qui servent avant tout à appauvrir les travailleurs. Un dollar sauvé sur le dos des travailleurs, c’est un dollar qui s’en va en dehors du pays. Il n’y a pas de gagnant là-dedans, les commerçants, les chambres de commerce, tout le monde alentour ont tous intérêt que les jobs restent bonnes, que les retombées économiques de ces emplois-là demeurent dans la région et dans le Québec. C’est tout le Québec, ça affecte le PIB, c’est des impôts pas payés, des mises à pied, il y a toutes sortes d’impacts qu’on va mesurer plus tard. On l’a vécu, ils l’ont vécu, c’est pour ça qu’on y tient de passer ce message-là. Une vingtaine, équipe spéciale, et ça nous fait chaud au cœur de venir démontrer concrètement notre support, au-delà des aspects monétaires et de principes», a-t-il conclu.