Mercredi, la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a soutenu que les deux voisins immédiats des États-Unis pourraient bénéficier d'une «dérogation» pour des raisons de sécurité nationale.

Acier et aluminium: le Canada pourrait échapper aux tarifs américains

Le Canada et le Mexique pourraient être épargnés par les tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium que le président Donald Trump voudrait imposer. La Maison-Blanche n'a pas encore pris de décision finale sur cette question.

Mercredi, la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a soutenu que les deux voisins immédiats des États-Unis pourraient bénéficier d'une «dérogation» pour des raisons de sécurité nationale. D'autres alliés pourraient aussi demander une telle exemption, et leurs demandes seraient alors traitées au cas par cas, a-t-elle précisé.

Selon ce qu'a toutefois laissé entendre le conseiller sur le commerce à la Maison-Blanche Peter Navarro, l'exemption pourrait simplement servir à gagner du temps. M. Navarro a affirmé à Fox Business Channel que jeudi, vers 15h30, entouré de travailleurs de l'acier au bureau ovale, M. Trump signera des décrets imposant des tarifs qui entreraient en vigueur dans 15 à 30 jours pour la plupart des pays.

Le conseiller a laissé entendre que les tarifs pourraient toucher le Canada et le Mexique plus tard : «La proclamation comportera une clause qui n'impose pas ces tarifs immédiatement, sur le Canada et le Mexique. Cela nous donnera... l'occasion de négocier un bon [ALENA] pour le pays. Et si nous obtenons cela, tout est bon avec le Canada et le Mexique.»

D'intenses discussions ont eu lieu au sein même de l'administration Trump sur l'enjeu d'accorder ou non des exemptions : certains ont plaidé que le Canada et le Mexique devraient être exclus au moins jusqu'à la fin des négociations sur l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Ces négociations de l'ALENA, mises sur la table par l'administration Trump, ont été utilisées par le premier ministre Justin Trudeau lundi, au cours d'une conversation téléphonique avec le président.

«Il m'a assuré qu'il voulait qu'on arrive à négocier un nouvel accord de l'ALENA [...] pour [...] ne pas avoir de tarifs supplémentaires [...] sur l'acier et l'aluminium», a relaté M. Trudeau, mercredi, sans dire à haute voix ce qu'il a répondu à ce marchandage du président américain.

Mais on a pu savoir que sa réponse, lundi, a été livrée sur le même ton : «Ce serait un obstacle aux progrès de l'ALENA», aurait-il dit à propos des tarifs.

Pression interne

La pression interne à Washington pour que M. Trump réévalue son approche a été illustrée mercredi par une lettre de 107 républicains au Congrès, qui ont exprimé leurs profondes inquiétudes à l'égard des plans du président.

Plus tôt cette semaine, les Canadiens tentaient de dissocier les deux enjeux, la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland insistant sur le fait que la question des tarifs et le processus de négociations de l'ALENA sont deux dossiers séparés. Il y a manifestement eu changement de stratégie.

De passage à Toronto, mercredi après-midi, le premier ministre Trudeau maintenait que la menace de tarifs sur l'acier et l'aluminium ne ferait pas fléchir les négociateurs canadiens attelés à la réécriture de l'ALENA.

«On est en train de négocier de bonne foi», a-t-il dit. «Mais comme j'ai dit très souvent, nous n'allons pas accepter n'importe quel accord. Nous allons accepter un accord qui sera bon pour le Canada et aussi pour les États-Unis et le Mexique. Et cette approche n'a pas changé», a-t-il maintenu.

Entre-temps, une ultime tentative du Canada se poursuivait pour faire en sorte que le pays soit épargné par les tarifs frontaliers.

De nombreux représentants du gouvernement canadien à New York, à Washington et au Texas ont fait pression auprès de leurs homologues américains.

La ministre Freeland s'est entretenue avec le leader de la Chambre des représentants, Paul Ryan, alors que l'ambassadeur du Canada, David MacNaughton, devait rencontrer mercredi soir le conseiller en matière de sécurité nationale des États-Unis, H.R. McMaster.

Le ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan, a discuté de la question avec son homologue du Pentagone, James Mattis; le représentant du Canada aux Nations Unies, Marc-André Blanchard, a parlé à sa collègue américaine, Nikki Haley; le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, s'est adressé au secrétaire de l'Énergie, Rick Perry, lors d'une conférence au Texas.

Et à Toronto, M. Trudeau prêchait la patience. «Nous savons, d'expérience, que nous devons attendre pour voir ce que ce président fera vraiment», a-t-il offert en réponse aux journalistes qui lui demandaient quel geste il posera si des tarifs sont imposés sur les métaux canadiens.

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TRUDEAU EN TOURNÉE DANS LES RÉGIONS

Justin Trudeau entend consacrer la prochaine semaine à visiter les régions du pays qui misent principalement sur les industries de l'acier et de l'aluminium afin de montrer sa solidarité envers ceux qui pourraient souffrir de l'imposition de tarifs douaniers aux États-Unis.

Selon un porte-parole du premier ministre, ce dernier va écourter la période prévue pour passer du temps en famille lors de la semaine de relâche pour entreprendre sa tournée qui doit débuter lundi à Alma, où se trouve l'une des sept alumineries de Rio Tinto dans la province de Québec.

Mardi, il doit se rendre à Hamilton, où le président de la chambre de commerce de la «ville de l'acier» a prédit que l'imposition de tarifs douaniers mettrait en danger jusqu'à 40 000 emplois. Il fera aussi un passage à Sault-Ste-Marie, où l'entreprise Algoma Steel représente le plus important employeur de la ville.

Le lendemain, mercredi, le premier ministre devrait être à Regina, en Saskatchewan, où se trouve la compagnie Evraz Steel qui se présente comme le plus important joueur de l'industrie de l'acier dans l'ouest du Canada.

Le porte-parole du premier ministre, Cameron Ahmad, précise que Justin Trudeau va rencontrer des travailleurs, des chefs d'entreprises, des représentants de l'industrie et des syndicats dans le but de leur offrir son soutien.

Selon Cameron Ahmad, le premier ministre veut faire la démonstration que les industries canadiennes et américaines sont profondément intégrées et que toute perturbation entraînerait des conséquences pour les entreprises et les consommateurs des deux côtés de la frontière.

Le président américain Donald Trump a annoncé son intention d'imposer des tarifs douaniers de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur les importations d'aluminium. Les détails de ces mesures devraient être dévoilés jeudi.

Le Canada est le plus important fournisseur d'acier d'importation aux États-Unis chaque année. Il est aussi le plus important acheteur d'acier américain.

Selon l'Association canadienne des producteurs d'acier, les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis ont atteint une valeur de 12 milliards $ en 2017. Le marché serait parfaitement équilibré entre les deux États.