Le procès pour vol et fraude de Guylaine Mongrain s’est terminé vendredi, au palais de justice de Trois-Rivières.

Accusée d’avoir volé et fraudé sa mère de 81 ans atteinte d’Alzheimer, sa crédibilité remise en cause

TROIS-RIVIÈRES — Les propos qui auraient été tenus par la mère de Guylaine Mongrain, à l’effet qu’elle acceptait de lui verser d’importantes sommes d’argent alors que son état médical la rendait inapte à s’occuper de ses finances doivent-ils être admis en preuve? C’est là l’une des principales questions qu’aura à se poser le juge Pierre Lortie, qui a pris en délibéré cette cause dont le procès s’est achevé vendredi, au palais de justice de Trois-Rivières.

Guylaine Mongrain est cette Trifluvienne de 53 ans accusée d’avoir volé et fraudé sa mère de 81 ans atteinte d’Alzheimer pour un peu plus de 173 000 $. L’accusée allègue pour sa part qu’en plus de plusieurs dépenses effectuées pour les bons soins de sa mère, quatre importants montants ont été transférés vers son compte selon les volontés de sa mère. Parmi ces transferts, un montant de 41 200$ qui aurait été un cadeau pour une mise de fonds sur une maison que l’accusée souhaitait s’acheter, de même qu’un montant de 85 000$ qui aurait été un héritage d’une tante que sa mère souhaitait lui verser même si la succession n’avait pas encore été réglée.

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Au dernier jour de ce procès, les avocats ont présenté leurs plaidoiries au juge Lortie. Pour le procureur de la Couronne, Me Julien Beauchamp-Laliberté, le juge ne peut pas admettre en preuve les propos qui auraient été tenus par la mère de Guylaine Mongrain, et rapportés à la cour par l’accusée, ce qui constituerait du voir-dire et donc une preuve qui ne peut être corroborée étant donné l’incapacité cognitive de l’octogénaire pour venir témoigner aujourd’hui. D’ailleurs, il a invité le juge à se questionner sur la crédibilité de l’accusée, étant donné que cette dernière aurait volontairement caché la condition médicale de sa mère au personnel de la banque lorsque les deux femmes s’y sont rendues afin de faire ces importants transferts de fonds.

D’ailleurs, Me Beauchamp-Laliberté a rappelé que l’une des employées de la banque, appelée à la barre des témoins, a reconnu que si elle avait été au fait de l’état de santé de la dame au moment du transfert, elle n’aurait probablement pas procédé à la transaction.

Par ailleurs, la poursuite est d’avis qu’en supposant que le montant de 85 000 $ allait être remboursé à sa mère dès que la succession de sa tante serait réglée, elle a ignoré volontairement le cadre légal des procédures de succession. Citant de la jurisprudence en la matière, Me Beauchamp-Laliberté a rappelé au tribunal que la croyance subjective de l’accusée que quelque chose va se produire n’est pas une défense en matière de fraude. Il note en outre que les différents témoignages entendus lors du procès ont pu démontrer que les explications fournies par l’accusée pour justifier ses actions ont changé d’une personne à l’autre durant la période des infractions.

De son côté, l’avocat de l’accusée, Me Maurice Biron, est plutôt d’avis que les propos de la mère de sa cliente doivent être admis en preuve, d’autant plus que des employés de la banque pouvaient aussi témoigner de la volonté de la mère lors des rendez-vous pour les transferts. Il soutient par ailleurs qu’à aucun moment au cours du procès, on ait pu faire la preuve hors de tout doute raisonnable de la malhonnêteté de sa cliente, qui aurait plutôt agi de bonne foi selon la défense.

Selon Me Biron, les témoignages recueillis des employés de la banque relatent que les transactions pouvaient être complétées, qu’aucune anomalie n’a été remarquée par les employés de la banque et que de ce fait, on ne pouvait exiger de sa cliente qu’elle soit plus vigilante que ces employés. Guylaine Mongrain a d’ailleurs soutenu, dans son témoignage, que les difficultés de sa mère étaient davantage langagières que cognitives à cette époque selon les conclusions du médecin. Un fait nuancé par la poursuite, qui rappelle que le corps médical avait donné un avis sur l’inaptitude de la mère à gérer ses finances.

Me Biron rappelle par ailleurs que les premières discussions entre Guylaine Mongrain et sa mère au sujet de l’héritage de sa tante remontaient à 2012, moment où aucun diagnostic n’était alors prononcé et où la dame avait toutes ses capacités cognitives. Me Beauchamp-Laliberté estime plutôt que ce que le tribunal devra retenir, c’est la déclaration d’inaptitude de la dame au moment où les transactions ont été réalisées à la banque.

La Couronne a d’ailleurs rappelé au tribunal qu’au moment de la dernière transaction, soit un virement de 85 000 $ avec retrait le jour même de 9500 $ en argent, l’accusée se trouvait dans une situation financière difficile, alors qu’elle vivait de l’assurance-salaire puisqu’elle était en arrêt de travail depuis trois mois. La maison qu’elle a achetée avec la mise de fonds financée par sa mère a d’ailleurs fait l’objet d’une reprise de finances depuis.

Le juge Pierre Lortie a pris la cause en délibéré et rendra sa décision le 19 juin prochain.