Bernard Guay se rappellera de Normand Groleau comme étant quelqu’un qui riait tout le temps. « Normand faisait partie du paysage de Sherbrooke. Tout le monde le connaissait. Il faisait le père Noël au marché de la Gare et plein de petites choses comme ça. Personne n’est irremplaçable, mais Normand était différent. »

Accident de moto qui a coûté la vie à Normand Groleau : « On était heureux comme trois adolescents »

C’était une randonnée comme les autres qui avait été organisée le 6 juin dernier. Profitant d’une belle journée, Normand Groleau, Yvon Couture et Bernard Guay ont enfourché leur moto, cette fois, en direction de North Conway dans le New Hampshire. En partant de Sherbrooke le matin, jamais ils n’auraient pu imaginer que seulement deux d’entre eux reviendraient en vie.

Dans un triste accident de la route, le fondateur d’Estrie Aide a rendu l’âme aux États-Unis. Celui-ci a perdu la maîtrise de son véhicule alors que les conditions étaient parfaites. « La journée était ensoleillée et nous n’étions pas éblouis, témoigne Bernard Guay, le seul qui a vu l’accident qui a coûté la vie de son ami. Est-ce qu’il y a eu un bris mécanique? Est-ce qu’il a subi un malaise? Est-ce qu’il a été distrait? Est-ce qu’une guêpe est entrée dans son casque? Tout est possible. »

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Heureux « comme trois adolescents qui faisaient un premier voyage », les trois hommes partent de l’Estrie au matin. Le plan : fumer un cigare et prendre un porto en arrivant à North Conway et visiter le surplus d’armée. M. Groleau avait un « side-car » afin de l’aider à garder son équilibre. « Normand roulait entre 70 et 80 km/h. Tout semblait bien correct. Un moment donné, il est arrivé dans une courbe qui tournait vers la droite. C’est un peu escarpé et c’est un paysage bucolique. C’est quatre voies et il y a une descente. Je suis environ à 75 pieds de Normand. Un moment donné, j’ai vu la moto empiéter sur la ligne double et se replacer. Il a empiété une deuxième fois sur la ligne et la moto est partie à 45 degrés vers la rampe située vers les voies contraires. La moto s’est redressée, mais j’ai vu la roue du side-car se rabattre au sol. À ce moment, la moto a bifurqué directement vers la rampe », se rappelle l’ancien conseiller municipal de Bromptonville. 

Normand Groleau

« Il a été projeté à 10 ou 15 pieds de haut, enchaîne-t-il. Il est tombé à 15 pieds de la rampe. Malheureusement à cet endroit, il y a un ravin d’environ 100 pieds de profondeur. Ça descend à 45 degrés. Il y a des roches et des arbres. Yvon et moi sommes allés voir et on ne l’apercevait plus. Yvon est descendu et moi j’ai appelé les secours. Il a entendu Normand crier “help”. Quand il a vu Normand, il était assis à côté d’un arbre. Il avait enlevé son casque de moto et son manteau. Il a demandé à Yvon de prendre son porte-feuilles et son cellulaire pour les donner au secours. Il a dit qu’il avait un peu mal à la jambe gauche (qui était cassée). »

Les services sont arrivés environ 15 minutes plus tard. « Ils ont lancé des câbles. Normand commençait à parler un peu moins. En haut, on a retrouvé son passeport, ses papiers d’assurances et une bottine. Les autorités ont décidé de l’apporter à Lewiston au Maine dans un centre de traumatologie. Le médecin a dit qu’il avait de multiples fractures et hémorragies internes. Ils lui ont donné des transfusions de sang, mais sa pression baissait. Le matin, vers 6 h 30, Yvon a reçu un courriel du fils de Normand annonçant son décès à 1 h 15 », s’attriste celui qui connaissait Normand Groleau depuis une quinzaine d’années.

« Yvon a été traumatisé, mais lui l’a vu dans le trou. Moi, les semaines d’après, je voyais souvent Normand tomber de la moto. Là, ça s’est estompé. Je n’y ai pas rêvé la nuit, mais je tombais dans la lune dans le jour. J’y pense encore, le souvenir reste là. Quelque part, il faut que la vie continue », pense-t-il, ajoutant que les deux amis parlent souvent de Normand Groleau.

M. Guay se rappellera de Normand Groleau comme étant quelqu’un qui riait tout le temps. « Normand faisait partie du paysage de Sherbrooke. Tout le monde le connaissait. Il faisait le père Noël au marché de la Gare et plein de petites choses comme ça. Personne n’est irremplaçable, mais Normand était différent », résume M. Guay, qui repartira avec Yvon Couture en moto au mois de juillet.