Le projet Accès UniQc permettra aux utilisateurs de saisir leur mot de passe bancaire pour accéder aux services du gouvernement provincial.

Accès uniQc: le même mot de passe... à la banque et au gouvernement

EXCLUSIF / Dès l’an prochain, les citoyens pourront utiliser le code d’accès et le mot de passe de leur compte de banque pour accéder à tous les services en ligne du gouvernement du Québec, a appris Le Soleil.

Les informaticiens du gouvernement planchent depuis plusieurs mois sur le projet Accès UniQc, qui devrait faciliter la vie des citoyens et augmenter le nombre d’usagers des services en ligne. Le gouvernement s’est rendu compte que ses services virtuels sont souvent boudés par la population parce que le processus pour y avoir accès est très lourd et gruge du temps.

«On a beau avoir les plus beaux services en ligne, les plus performants, les mieux construits, mais si la clé pour entrer, c’est compliqué, ça sert pas», soutient Benoit Boivin, dirigeant principal de l’information au gouvernement. Son constat : la plateforme clicSÉQUR est vieillissante et demande d’être remplacée. «C’est très fiable, très sécuritaire, très fonctionnel, mais pour les jeunes, c’est moins wow.»

Accès UniQc veut répondre à un grand problème des internautes : avoir trop de codes d’accès et de mots de passe à se rappeler. Parce qu’ils ne l’utilisent pas souvent, les citoyens oublient leur mot de passe ou ils le griffonnent sur un papier qui peut facilement se perdre.

Accès UniQc permettra donc d’utiliser un code d’accès que les gens connaissent par cœur et utilisent presque toutes les semaines pour payer les factures, soit celui de leur caisse ou de leur banque. Pour valider l’identité de la personne lors de la création du compte, le gouvernement demandera ensuite d’inscrire un «secret partagé», soit une information que seuls le citoyen et le gouvernement connaissent. Aujourd’hui, seul le numéro d’avis de cotisation est accepté et, pour les citoyens, il faut souvent fouiller de longues minutes dans le classeur pour l’obtenir. D’autres secrets partagés, comme le numéro de la carte d’assurance maladie ou du permis de conduire, devraient être bientôt acceptés, ce qui permettra à certaines tranches de la population, comme les étudiants et les travailleurs étrangers, d’avoir aussi accès aux services en ligne.

«Il faut que ce soit simple et rapide. La vie va vite et il faut s’y adapter. Les institutions bancaires et les grandes entreprises ont compris cette réalité en bonifiant leur offre de service en ligne et en développant des applications mobiles. Le gouvernement du Québec doit emboîter le pas et répondre à ses citoyens qui souhaitent réaliser leurs transactions en quelques clics», soutient le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, dans un échange de courriels. 

C’est au Conseil du trésor que cette transformation informatique s’opère, car elle est liée avec la révision permanente des programmes du gouvernement. 

Objectif: réaliser des économies

Impossible de savoir encore combien coûtera le projet Accès UniQc, mais son élaboration est avancée. Le Conseil des ministres a autorisé la dernière phase de travail du projet, qui devrait être complètement détaillée d’ici la fin de l’année 2018.

Pour le gouvernement, l’objectif est de s’ajuster aux besoins des citoyens, mais aussi d’économiser de l’argent. «Comme pour toutes les administrations et les entreprises, c’est moins coûteux rendre un service en ligne», explique M. Boivin. Même si le gouvernement souhaite ainsi rendre moins de services en personne et au téléphone, il assure qu’il n’est pas question de fermer des comptoirs de Services Québec.

Accès UniQc sera une sorte de porte d’entrée universelle, qui permettra aux citoyens d’accéder aux services en ligne de tous les ministères. Par exemple, le Carnet santé Québec, qui est à l’étape du projet-pilote, et le dossier unique de l’élève, qui est en élaboration au ministère de l’Éducation. 

Tous les ministères auront l’obligation d’utiliser Accès UniQc, qui se déploiera à partir de 2019, mais devrait prendre quelques années à s’implanter. «Ça va être un service gouvernemental. Un service obligatoire pour tout le monde, alors il faut pas se tromper», souligne M. Boivin.

Éviter les dépassements de coûts

Le gouvernement souhaite éviter les dépassements de coûts et le spectre des projets informatiques hors contrôle, qui ont souvent fait les manchettes ces dernières années. M. Boivin explique que le projet a été créé en grande majorité par des architectes et des designers Web de l’État. «Les leaders, ce sont des internes», assure-t-il. Le gouvernement a décidé de «mitiger le risque» de ce projet en le divisant en deux et en le confiant à deux ministères dont les équipes informatiques seraient parmi les plus performantes, soit Revenu Québec et la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). 

Le grand patron de l’informatique explique qu’il n’aura pas le choix d’octroyer des contrats à des firmes privées lorsque viendra le temps d’implanter Accès UniQc, mais il fait le parallèle avec un grand chantier de construction. «Les firmes privées s’en iront après le chantier», illustre M. Boivin. Selon lui, la solution est bien mûrie. «On ne se lance pas à l’aventure à l’aveugle.»

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EN BREF

La petite histoire de clicSÉQUR

Lors de son lancement en 2005, l’authentifiant clicSÉQUR était présenté comme «un tremplin pour le déploiement du gouvernement en ligne». Sauf qu’il n’a jamais atteint ses objectifs ou connu la popularité espérée. À l’heure actuelle, 1,78 million de Québécois ont un compte clicSÉQUR, qui leur sert en majorité à communiquer avec Revenu Québec, Retraite Québec ou le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP). Depuis 12 ans, la croissance d’utilisateurs a été très mince et ces dernières années, elle est presque nulle. Si les citoyens ne se branchent pas à leur compte clicSÉQUR pendant deux ans, celui-ci est automatiquement détruit. Et tout le processus doit être repris du début. Environ 2,44 millions de comptes clicSÉQUR ont ainsi été détruits au fil des ans. Benoit Boivin, grand patron de l’informatique au gouvernement, soutient que cette «volatilité des utilisateurs» est un symptôme que la solution devait être révisée. Surtout que certains ministères commençaient à se fabriquer eux-mêmes d’autres plateformes, évitant ainsi de passer par clicSÉQUR. Ceux qui ont un compte clicSÉQUR en ce moment pourront toutefois continuer à l’utiliser après le lancement d’Accès UniQc.

Comment ça marche?

Pour avoir une idée de ce à quoi ressemblera Accès UniQc, il est possible de participer au projet-pilote qui est mené en ce moment par Revenu Québec. Alors que la saison des impôts bat son plein, les Québécois peuvent se rendre à plusfacilequejamais.ca, et cliquer sur Accéder à Mon Dossier. L’internaute entre alors dans le site de SecureKey et clique sur l’image de son institution financière. Il est ensuite redirigé vers un site Web qui ressemble beaucoup à celui de sa caisse ou de sa banque, mais qui reste contrôlé par SecureKey. «On est dans une coquille par-dessus le site Web. Ça ne donne pas accès au compte bancaire», assure Benoit Boivin, chef de l’informatique au gouvernement du Québec. SecureKey utilise une configuration anonyme de type «triple aveugle», c’est-à-dire qu’il n’y a aucun échange de renseignements personnels qui peut se faire entre le gouvernement et les institutions bancaires. Après avoir entré son code d’accès et son mot de passe bancaire, l’internaute est redirigé automatiquement dans le site Web de Revenu Québec et a accès à son dossier. Lors de la première utilisation toutefois, il faudra fournir son numéro d’avis de cotisation, car le programme n’est pas encore complètement déployé.

Inspiration fédérale

Le gouvernement fédéral utilise depuis 2013 les services de l’entreprise torontoise SecureKey. Les citoyens ont ainsi accès à 80 services gouvernementaux canadiens, dont l’Agence du revenu (impôts), le Programme de la sécurité de la vieillesse ou le Régime de pensions du Canada. C’est parce que la solution fonctionne bien au gouvernement fédéral — et qu’elle coûte moins cher que de la créer soi-même — que le gouvernement du Québec a décidé d’opter lui aussi pour la compagnie SecureKey. Mais contrairement au fédéral, où le citoyen doit attendre une lettre par la poste pour créer son dossier la première fois, ce ne sera pas le cas au Québec. Le compte pourra être créé en quelques minutes. Dans une deuxième phase de développement, Accès UniQc pourrait aussi offrir aux citoyens de se connecter à l’aide d’autres identifiants et mots de passe qu’ils connaissent par cœur, ceux de Facebook et de Twitter par exemple. Mais pour l’instant, le gouvernement a jugé que les citoyens n’étaient pas prêts à franchir ce pas. «Les institutions bancaires ont une bonne notoriété. Je vous dis pas que Facebook a cette notoriété-là, mais techniquement, ce serait possible», indique Benoit Boivin, grand patron de l’informatique au gouvernement.