Une norme de sécurité sur la conception et la fabrication de ces abris existe depuis 2015 au Québec et un programme de certification, depuis janvier 2016. Or, aucun fabricant n’a encore été certifié 33 mois plus tard, a appris Le Soleil.

Abris d'auto: norme de sécurité, mais encore aucune certification

Les abris d’auto surgissent un peu partout, mais sauront-ils résister à de forts vents ou à un hiver plus neigeux? Une norme de sécurité sur la conception et la fabrication de ces abris existe depuis 2015 au Québec et un programme de certification, depuis janvier 2016. Or, aucun fabricant n’a encore été certifié 33 mois plus tard, a appris Le Soleil.

Tout remonte aux hivers très neigeux de 2008 et 2009, alors que l’effondrement d’abris temporaires avait causé la mort de deux personnes et de nombreux accidents partout dans la province. 

Ces événements ont incité le ministère de la Santé et des Services sociaux à demander au Bureau de normalisation du Québec (BNQ) d’agir.

Née d’un consensus incluant les gens de l’industrie et les consommateurs, la norme BNQ 3910-700 se penche sur la capacité structurale de l’abri, sur la méthode d’ancrage, sur la performance de la toile (résistance à l’usure, aux déchirures, aux rayons UV et à l’eau) et sur les renseignements fournis aux consommateurs.

Les toiles sont souvent caractérisées par leur poids sur le marché, déplore Benoît Houde, responsable de programmes au BNQ. «Ce n’est pas tout dire qu’une toile plus lourde et plus épaisse va durer et ce n’est pas un gage de sécurité.»

Un cas en processus

À ce jour, un seul fabricant est en processus de certification, indique M. Houde. Alors que le BNQ pensait voir apparaître les premiers abris certifiés dès l’automne 2016, «ça n’a pas été le cas». 

L’adhésion à une norme est toujours sur une base volontaire, rappelle M. Houde.

Pour venir compliquer toute l’affaire, les fabricants peuvent «autodéclarer» que leurs produits satisfont aux exigences de la norme, s’ils disposent de toutes les preuves. Et ce, sans avoir de certification.

Résultat, sur le site de Rona, un abri d’auto de marque Tempo peut être accompagné de la mention «Répond à la norme de sécurité et de qualité BNQ 3910-700».

L’entreprise Abris Québec affiche même à côté de certains modèles du fabricant Harnois un sceau avec un ruban bleu indiquant «Abri respectant BNQ 3910-700».

«Ce n’est pas notre symbole de conformité», prévient Benoît Houde, du BNQ. La marque de certification, noire et très sobre, est complètement différente. Et elle serait accompagnée d’un numéro de certificat de quatre chiffres, qui n’apparaît pas ici, dit-il.

Une norme est un document public, on ne peut pas empêcher une entreprise d’en faire mention, poursuit M. Houde. «C’est une zone grise pour nous. On n’est pas à l’aise, mais on n’a pas d’emprise», dit-il, conscient que le public peut être induit en erreur.

Éric Michaud, propriétaire de l’entreprise Abris Québec, est distributeur et non fabricant. A-t-il vérifié si les abris qu’il vend répondent effectivement aux critères de la norme? «Non, je n’ai pas vérifié. C’est Harnois qui dit les respecter. Moi, je prends ce qu’on me dit quand on me donne les spécifications des abris.»

L’AQMAT secouée

Richard Darveau représentait fabricants et détaillants au sein du comité multipartite pour élaborer la norme. Président et chef de la direction de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT), il s’est dit «secoué» d’apprendre qu’aucune entreprise n’avait été certifiée depuis janvier 2016.

Certes, il se doutait que ce ne serait pas facile. «Ça nous semblait une approche assez drastique», dit-il en pesant ses mots, puisqu’il y a eu des décès. «Je me souviens d’avoir émis des réserves, mais j’avais l’air un peu tout seul à penser ça. Les gens avaient une bonne réflexion sur le sujet. Mais avec ce que vous m’apprenez, force est de constater que la norme n’est pas appréciée par les manufacturiers.»

Il assure que l’AQMAT ne restera pas passive devant ce constat. «Je ne serais pas nécessairement en faveur d’un assouplissement de la norme, mais je pense qu’on a un travail de communication à faire. On va rebrasser notre monde, les réinformer sur l’importance de faire partie de la solution, de la prévention.»

Certification égale coûts

En coulisses, tout est question de coûts et de prix. Les manufacturiers autodéclarent répondre aux exigences de la norme, «mais comme la certification coûte cher, ils passent à côté», analyse Richard Darveau, sans pouvoir chiffrer les montants impliqués.

Après vérification, télécharger le PDF de la norme coûte 60 $. S’ajoutent des frais fixes de 2250 $ pour l’ouverture du dossier de certification et l’évaluation. D’autres frais dépendent du nombre de modèles d’abris étudiés et de la distance à parcourir pour la visite en entreprise par le BNQ.

Le fabricant doit aussi préparer son dossier, comme faire signer ses dessins de conception par un ingénieur attestant la conformité à la norme. Ce qui implique des frais indirects.

Puis il faudra débourser 825 $ au BNQ pour la délivrance du certificat et l’autorisation d’apposer le logo. Enfin, il en coûtera 1500 $ par année pour maintenir cette certification.

Comment ces frais pourraient-ils se répercuter sur le consommateur? Sans vouloir trop se commettre sur les coûts, Benoît Houde du BNQ estime qu’un produit normé et certifié pourrait approcher les 1000 $ pour une entrée simple, comparativement à un abri bas de gamme vendu 300 $. Mais la durabilité de l’un et de l’autre n’ont pas de commune mesure, plaide-t-il.

Même son de cloche du côté de l’AQMAT et de son président Richard Darveau, qui déplore que le consommateur soit porté à regarder le prix indiqué, au-delà de la durabilité. Il évoque certains abris importés, vendus à des prix dérisoires. «Est-ce qu’on va être gagnant quand le produit ne durera pas, quand il faudra le remplacer? 

Quand on se retrouvera responsable d’un bris de matériel chez un voisin, voire d’une perte de vie humaine? Ma grand-mère disait: “On est trop pauvres pour acheter de la mauvaise qualité”. Mais la majorité des consommateurs pensent autrement», conclut M. Darveau.