À défaut de se retrouver à une table de négociations, les parties impliquées dans le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour ont croisé le fer lundi en Cour supérieure où une ordonnance de sauvegarde a été accordée par le juge Carl Thibault pour mieux encadrer la ligne de piquetage.

ABI: un nouvel encadrement à l'entrée de l'usine

Bécancour — À défaut de se retrouver à une table de négociations, les parties impliquées dans le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour ont croisé le fer lundi en Cour supérieure où une ordonnance de sauvegarde a été accordée par le juge Carl Thibault pour mieux encadrer la ligne de piquetage.

En vertu de cette décision qui sera en vigueur jusqu’au 23 mai prochain, les syndiqués ne pourront plus «escorter» les visiteurs jusqu’à la voie ferrée, qui se retrouve sur les terrains de l’entreprise. Pourtant, cette «distorsion» au droit de propriété avait été tolérée lors de la grève de 2004. Une clause qui portait à confusion a d’ailleurs été enlevée et le travail d’un arpenteur-géomètre devrait même se traduire par une identification des limites de la propriété.

«Le droit au piquetage ne permet pas au syndicat de revendiquer le droit d’être sur la propriété de l’employeur», a plaidé la procureure de l’ABI, Me Louise Laplante. «Il semble que l’employeur cherche à changer les règles du jeu qui lui convenaient à l’époque», a déploré l’avocat du syndicat, Me Jean-François Beaudry.

Pour sa part, le syndicat s’est battu pour pouvoir s’approcher à moins de cinq pieds des cadres et fournisseurs qui se rendent à l’usine, sous prétexte de vouloir distribuer des tracts et des dépliants pour «communiquer sa position». Pour appuyer sa requête, Me Beaudry a fait allusion à plusieurs décisions rendues dans différents dossiers, dont celui de Delastek.

Un amendement à l’injonction provisoire du 12 janvier dernier aura été proposé en ce sens sur la base de la liberté d’expression tandis que l’employeur évoquait le droit à la vie privée ainsi que des facteurs d’intimidation et de sécurité pour le statu quo. Le juge Thibault a tranché en ramenant la distance minimale à trois pieds.

Pour le reste, l’ordonnance interdit toute forme d’occupation, de piquetage, de violence, de vandalisme, de manifestation ou d’obstruction tant à l’intérieur de l’usine que sur les terrains de la compagnie en plus de limiter à 15 le nombre de piqueteurs permis aux quatre endroits autorisés.

Et les travailleurs en lock-out ne peuvent empêcher les cadres et fournisseurs d’avoir libre accès à la propriété de façon prudente, d’y entrer et d’en sortir sans entrave, ni retard que ce soit. Or, des délais allant jusqu’à deux heures ont été rapportés par Me Laplante, tout comme la présence d’une centaine de clous sur le terrain de l’usine.

«On ne s’est pas objecté à beaucoup de choses. On va respecter le jugement. Mais si l’employeur déployait autant d’énergie sur les négociations que sur l’injonction, ce serait plus productif», a confié le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse.

Mardi, des représentants de plusieurs sections locales du secteur de l’acier se rendront sur la ligne de piquetage pour annoncer des appuis financiers. 

Parmi eux, on retrouvera des représentants des syndiqués des trois aciéries d’ArcelorMittal en Montérégie et à Montréal, de l’usine de poudres de Rio Tinto Fer et Titane à Sorel ainsi que de l’usine Sivaco à Marieville. Ces derniers seront accompagnés du représentant syndical Guy Gaudette et du coordonnateur des Métallos pour la région de la Montérégie et de l’Estrie, Denis Trottier.