Le président de l’ARSRTA, Alain Proulx, prenant la parole, en appui aux lockoutés d’ABI, en présence du président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse.

ABI: rencontre prévue le 8 mars

Bécancour — Près de trois semaines après la rencontre au sommet à Québec, le conciliateur convoque les parties à une rencontre, le 8 mars prochain, à Trois-Rivières, en lien avec le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour. Toutefois, il ne s’agit pas d’une séance de négociation, la direction s’y présentant sans son équipe de négociateurs.

«L’employeur fera une mise au point sur le conflit après huit semaines», a appris le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse.

Celui-ci sera alors accompagné du coordonnateur régional pour les Métallos, Réal Valiquette, tandis que l’ABI sera représentée par la directrice de l’aluminerie, Nicole Coutu, et son directeur des ressources humaines, Mathieu Riopel.

Le dirigeant syndical a des sentiments partagés face à cette rencontre. «Je suis content qu’il y ait une rencontre. Il faut se parler. Mais je sais que ce n’est pas une rencontre de négociation. Je ne veux pas créer des espoirs inutiles à mes membres», a-t-il confié au Nouvelliste.

Par ailleurs, M. Masse dit craindre que l’employeur ne cherche seulement qu’à respecter l’engagement pris auprès de la ministre responsable du Travail, Dominique Vien. «J’espère que ce n’est pas juste pour contenter la ministre, mais qu’il y a la volonté de faire avancer les choses», a-t-il souhaité.

«La direction d’ABI a confirmé sa disponibilité pour une rencontre convoquée par le conciliateur le 8 mars prochain. Par respect pour le processus, nous réservons nos commentaires pour la rencontre», a pour sa part confirmé Sara Dubé, conseillère en communication pour l’ABI.

Le député de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard, qui avait assisté aux rencontres du 9 février dernier au bureau ministériel, s’est réjoui de cette nouvelle.

«C’est ce que je voulais. Ce qui est important, c’est que les deux parties puissent revenir s’asseoir ensemble à la table des négociations pour en venir à une entente à long terme. Dans cinq, dix, quinze ans, on veut être encore fier de cette usine», a-t-il commenté.

L’annonce d’une rencontre devant le conciliateur est survenue au moment même où une délégation de l’Association des retraités(es) syndiqués(es) de Rio Tinto Alcan (ARSRTA) était venue prêter main-forte mercredi aux lockoutés de l’Aluminerie de Bécancour qui se battent, entre autres, pour leur régime de retraite.

«Les retraités de Rio Tinto Alcan sont très sensibles et préoccupés par ce conflit, considérant que Rio Tinto possède 25 % d’ABI et qu’un des deux points en litige est le régime de retraite à prestations déterminées», a expliqué le président de l’ARSRTA, Alain Proulx.

Celui-ci fait remarquer que «pendant que Rio Tinto fait des spectacles au Saguenay-Lac-Saint-Jean sur l’importance du dialogue avec les communautés, cette même compagnie et ses partenaires refusent toute discussion en mettant les 1000 travailleurs en lock-out et en prenant toute une région en otage».

Selon lui, les régimes à prestations déterminées négociés en contrepartie des avantages consentis aux multinationales ont permis aux retraités de demeurer au sein de la classe moyenne, «cette classe si chère à nos politiciens», et de continuer à contribuer à l’économie des régions et au maintien des services offerts à toute la communauté. «Bref, ces régimes permettent aux retraités d’être des acteurs économiques importants», souligne M. Proulx.

Du même souffle, il indique que les régimes de retraite à prestations déterminées et l’indexation de ces rentes permettant aux retraités de demeurer dans cette classe moyenne sont de plus en plus menacés par les entreprises «qui oublient ceux et celles qui ont contribué à leur enrichissement».

De plus, dit-il, les gouvernements cherchent par tous les moyens à restreindre les droits des retraités. «La menace est réelle. Par exemple, le projet de loi C-27 initié par les conservateurs et cautionné par le Parti libéral au pouvoir va jusqu’à menacer de réduire les revenus des retraités des sociétés d’État en vantant les mérites des prestations de retraite CIBLES. S’ils y parviennent, on peut penser que les entreprises vont emboîter le pas», poursuit M. Proulx.

En entrevue, ce dernier a rappelé que les retraités connaissent bien la stratégie patronale. «Il faut être alerte. Tout le monde est affecté par ce type de stratégie de multinationale. Comme retraité, travailleur et aussi comme citoyen, ils ont besoin de l’appui de tout le monde pour qu’on passe à travers de ça. C’est pour ça qu’on est avec eux», a-t-il fait savoir.

Un peu plus tôt dans la journée, des représentants de la section locale 9414, qui regroupe environ 2500 membres dans une cinquantaine de milieux de travail en Montérégie, se sont aussi rendus sur la ligne de piquetage pour faire un don de 1000 dollars.