Après Trois-Rivières, la marche de l’énergie organisée par le Syndicat des Métallos va se transporter mercredi à Québec.

ABI: Legault rencontrera les parties

Trois-Rivières — Après plus de 14 mois de conflit et un silence radio du côté de l’employeur depuis le dépôt de la contre-proposition syndicale, quelque 200 lockoutés de l’ABI ont marché mardi jusqu’au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap pour peut-être espérer un miracle. Mais en attendant de répéter mercredi cette marche de l’énergie à Québec, de Place Laurier jusqu’à l’Assemblée nationale, leur prière de rencontrer le premier ministre aura été exaucée.

En effet, au bureau de François Legault, on a confirmé au Nouvelliste que le chef du gouvernement caquiste allait rencontrer les deux parties «prochainement».

«On a eu la confirmation qu’on le rencontrerait lundi. Je trouve ça tard. Le but, ce n’est pas juste qu’on le rencontre, mais qu’il bouge. Mais dans le premier temps, il faut le rencontrer, c’est sûr. Je trouve ça loin, mais ce n’est pas grave, on est bien content de le rencontrer. Mais le but de la marche, ce n’est pas juste de le rencontrer, c’est qu’il agisse, qu’il bouge, qu’il s’implique. On va pouvoir lui dire en personne lundi», a commenté le président de la section locale 9700, Clément Masse.

Interrogé à savoir si la marche prévue mercredi à Québec tenait toujours, il a répondu par l’affirmative. «Ce n’était pas rien qu’une marche pour qu’on le rencontre, c’est une marche pour qu’il agisse et qu’il s’en mêle», a-t-il répété. 

En l’absence du ministre Jean Boulet, le dirigeant syndical avait rencontré en matinée son personnel politique pour dénoncer à nouveau cette clause de force majeure ou Act of God dans le contrat d’approvisionnement en électricité qui permet à Alcoa de ne pas payer pour tout le bloc d’électricité qui lui est réservé. 

«Le conflit se prolonge à cause de ça. Le rapport de force est brisé. Ça ne tient pas debout, c’est 165 M $ que l’employeur a économisé en ne respectant pas son contrat à cause de cette clause-là et c’est ça qu’on veut dénoncer», a-t-il expliqué. 

«Nous, on interpelle le premier ministre qui avait dit, pendant la campagne électorale, qu’il s’impliquerait. Pour l’instant, on n’a pas vu d’implication du premier ministre. Il est temps que M. Legault agisse dans ça. Il a parlé pendant la campagne qu’il ferait quelque chose, là, on veut qu’il agisse. Ça va faire bientôt 15 mois qu’on est en conflit, il est temps que M. Legault fasse des actes. Il a pris la parole pendant la campagne, mais là, qu’il agisse maintenant», martèle M. Masse. 

Du même souffle, il rappelle que cette fameuse clause de force majeure a été négociée par le gouvernement «et c’est au gouvernement à nous aider à nous sortir de cette impasse, de ce conflit».

Par ailleurs, le Syndicat attend toujours la réponse de l’employeur à sa contre-proposition. «Mais il n’a pas de pression présentement parce qu’il économise de l’argent. C’est ça qui fait que le rapport de force est déséquilibré. M. Legault peut en mettre de la pression, c’est le premier ministre d’une province qui est le quatrième producteur mondial de l’aluminium, ce n’est pas vrai qui ne peut pas rien faire dans notre conflit», a fait valoir M. Masse.

Pour ajouter l’injure à l’insulte, dit-il, «on apprenait récemment que le salaire du pdg d’Alcoa, Roy Harvey, a triplé de 2016 à 2018, passant de 4 à 13 millions US». 

C’est la deuxième fois en moins de 10 ans que des métallos lockoutés d’une aluminerie au Québec se voient obligés de marcher pour dénoncer de tels contrats d’électricité qui génèrent des inégalités dans les rapports de force en négociation. En mai 2012, les travailleurs de l’usine Alma de Rio Tinto avaient fait une marche de l’énergie entre Alma et Québec.

«Il y a quelque chose d’irrationnel dans votre conflit qui a été prémédité pour casser le syndicat», a conclu l’adjoint au directeur québécois des Métallos, Dominic Lemieux.