Plusieurs dizaines de lockoutés ont manifesté symboliquement devant la succursale de la Banque de Montréal à Trois-Rivières pour dénoncer l’invitation faite par la banque canadienne au pdg d’Alcoa, responsable du lockout qui affecte un millier de familles au Québec.

ABI: le conflit se déplace en Floride

Trois-Rivières — Près de sept semaines après son déclenchement, le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour s’est transporté mardi en Floride alors que des représentants syndicaux ont voulu livrer un message au président et chef de la direction d’Alcoa, Roy Harvey. Celui-ci prenait la parole devant plus d’un millier d’investisseurs dans le cadre de la 27e Conférence mondiale de la Banque de Montréal sur les métaux et l’industrie minière organisée à Hollywood.

Au même moment, plusieurs dizaines de lockoutés manifestaient symboliquement devant la succursale de la BMO à Trois-Rivières pour dénoncer l’invitation faite par la banque canadienne au grand patron d’Alcoa.

«On trouvait pertinent de venir leur dire qu’on n’était pas d’accord avec le fait qu’une banque canadienne invite un président qui a mis 1000 personnes en lock-out au Canada», a expliqué au Nouvelliste le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, alors qu’il s’apprêtait à rentrer au pays.

Se voyant refuser l’accès à la conférence, la délégation syndicale a vainement demandé une rencontre avec l’invité du jour en plaidant leur cause auprès de la directrice d’ABI, Nicole Coutu.

«C’est un peu spécial. Il y a plus de deux semaines, la ministre Vien disait qu’ABI était disponible. On demande à rencontrer M. Harvey alors qu’on n’est pas loin de lui et il n’est pas disponible. Ça nous met un doute quand même sur la réelle volonté de l’employeur à revenir à la table de négociations. Je pense qu’ils ont joué un jeu avec la ministre. Il n’y a aucune date de rencontre», a déploré le président syndical.

Ne cachant pas sa déception, celui-ci se dit tout de même satisfait d’avoir pu distribuer des tracts et «passer nos messages». «On voulait que les investisseurs sachent que ça va coûter beaucoup d’argent la décision qu’ils ont prise de fermer les cuves et que ça coûte de l’argent à tous les jours de laisser ça fermé», poursuit M. Masse.

À partir du bilan d’Alcoa, il rapporte d’ailleurs le cas d’un redémarrage de cuves à Warrick qui a coûté 46 millions de dollars alors qu’il s’agit «d’une vieille aluminerie et moins grosse» que celle de Bécancour. Et en 2017, trois millions de dollars ont été imputés aux négociations dans les livres de la compagnie.

«Le meilleur message que le pdg d’Alcoa pourrait lancer aux investisseurs, c’est celui d’une reprise des négociations pour régler le conflit à Bécancour. Chaque jour de lock-out, c’est un jour où Alcoa assombrit encore plus son bilan financier. Déjà, en prenant la décision de décréter un lock-out et d’arrêter deux séries de cuves le 11 janvier plutôt que de chercher un règlement, c’est plus d’une centaine de millions de dollars qui sont jetés par la fenêtre. Le compteur des pertes tourne encore, alors que le prix de l’aluminium est bon. Les investisseurs ne peuvent tolérer que de telles mauvaises décisions financières entachent davantage le bilan de la compagnie», a-t-il voulu faire valoir.

Celui-ci a rappelé que Rio Tinto et Alcoa avaient décrété un lock-out avant même que le syndicat ait pu expliquer les motifs du rejet d’une offre globale et finale. Pourtant, dit-il, le syndicat avait indiqué qu’il n’avait pas l’intention de déclencher une grève dans l’immédiat et insisté pour que les négociations se poursuivent au sujet du respect des mouvements de main-d’œuvre et des modalités d’un nouveau régime de retraite. 

«Nous avions fait des compromis majeurs en acceptant de discuter d’un régime de retraite à financement salarial (Members Funded Pension Plan) où le risque est assumé par les travailleurs et nous commencions à entrevoir des solutions sur les mouvements de main-d’œuvre. La réponse de l’employeur a été de couper court à la négociation avec une offre globale et ensuite de nous assommer avec un lock-out», ajoute Clément Masse.

Pendant ce temps, à Trois-Rivières, un membre de l’exécutif syndical, Éric Drolet, menait cette manifestation devant la BMO, sur le boulevard Jean-XXIII. «L’employeur est allé chercher des investissements pendant qu’il se perd des millions de dollars. On a hâte de se rasseoir à la table», a-t-il commenté.

Dans son message aux investisseurs, le syndicat des Métallos affirme que la direction d’Alcoa «et au premier rang son pdg Roy Harvey» doivent donner les mandats nécessaires pour que le conflit se règle à une table des négociations.

Mercredi, une délégation de l’Association des retraités(es) syndiqués(es) de Rio Tinto Alcan, ARSRTA, se rendra à Bécancour afin d’appuyer les lockoutés. Cette association regroupe l’ensemble des retraités(es) syndiqués(es) de Rio Tinto/Alcan du Québec de toutes les allégeances syndicales.

«Nous sommes très fiers d’appuyer les travailleurs et les travailleuses en lock-out d’ABI qui se tiennent debout pour défendre entre autres nos régimes de retraite», a exprimé le président de l’Association, Alain Proulx.

Des représentants de la section locale 9414, qui regroupe 2500 membres dans une cinquantaine de milieux de travail en Montérégie, se rendront aussi sur la ligne.