Cécile et Annette Dionne fêtent leur 85e anniversaire mardi.

À la veille de leurs 85 ans, les jumelles Dionne réfléchissent à leur jeunesse

Annette et Cécile Dionne admettent qu'elles ne connaissent pas grand-chose sur les jeunes influenceurs du web. Mais les sœurs qui fêteront leur 85e anniversaire mardi ont des réflexions à offrir sur les dangers de vivre la célébrité en étant jeune.

Quelques heures après leur naissance improbable le 28 mai 1934, les quintuplées Dionne ont été placées sous le feu des projecteurs. À l'époque, des journalistes entouraient la ferme familiale du nord de l'Ontario pour voir si les bébés prématurés survivraient à leurs premiers jours.

Mais dans ce qui serait une première dans l'histoire, les cinq fillettes identiques ont survécu à l'enfance. Annette, Cécile, Émilie, Marie et Yvonne Dionne sont alors devenues des vedettes internationales.

Au sommet de leur célébrité en période de dépression économique, les fillettes étaient perçues comme une solution à la tristesse de l'austérité financière et sont devenues un symbole d'espoir en Ontario, où elles ont rempli les coffres de l'État.

Cette célébrité est toutefois venue avec un coût sur le plan personnel, ont confié Annette et Cécile, les deux seules survivantes des quintuplées.

Les sœurs ont d'ailleurs un conseil à offrir aux parents d'enfants célèbres à l'ère des réseaux sociaux : l'enfance est un moment sacré, qui ne devrait pas être utilisé pour faire des profits.

«Ça peut causer beaucoup de dommages, a soutenu Annette Dionne lors d'une rare entrevue avec La Presse canadienne, plus tôt ce mois-ci. Les enfants ont besoin d'aide et d'amour, et de tout ce qu'on peut leur donner.»

Des vedettes dès la naissance

En vieillissant, les sœurs sont restées discrètes et se sont efforcées de mettre leur enfance compliquée derrière elles. Elles sont apparues dans les médias pour s'assurer que leur passé soit reconnu et que le malheur qu'elles ont enduré ne se répète plus pour les enfants d'aujourd'hui.

«Je me rends compte que souvent, de mauvaises choses se sont produites parce que l'argent était le grand enjeu, a ajouté Annette. C'est vraiment difficile de se battre contre cela.»

Les jumelles Dionne en 1952

Lorsque les quintuplées n'avaient que quelques mois, le gouvernement de l'Ontario les a enlevées à leurs parents en difficulté financière, qui avaient déjà cinq enfants, en évoquant la protection des fillettes.

Elles ont été hébergées en face de la maison familiale, près de Corbeil, en Ontario, dans une pouponnière ouverte au public, où des millions de touristes se sont alignés pour observer les fillettes à travers une vitre à sens unique. L'attraction a permis à la province d'engranger quelque 500 millions $.

Les quintuplées ont également été présentées dans des publicités, dont celles du dentifrice Colgate, du savon Palmolive et des barres de chocolat Baby Ruth. Elles sont aussi apparues au grand écran, dans trois films de Hollywood.

Apprendre du passé

De nos jours, les enfants deviennent populaires par l'entremise des médias sociaux, et certains d'entre eux sont rémunérés pour faire des publicités de produits sur YouTube ou Instagram.

Les sœurs Annette et Cécile ont exprimé leur inquiétude face à cette jeunesse exploitée pour des gains commerciaux.

En entrevue téléphonique depuis sa résidence de Montréal, Cécile Dionne a suggéré aux experts d'étudier la question.

Sa sœur Annette a aussi recommandé aux parents de mettre les souhaits de leurs enfants en premier, et de s'assurer qu'ils soient bien éduqués.

«Les enfants devraient être certains de leur choix de devenir une vedette. Ils ont besoin de beaucoup de compréhension et de conseils», a-t-elle souligné.

Dans les années 90, les trois survivantes à l'époque ont conclu une entente de 4 millions $ avec le gouvernement de l'Ontario, après avoir contesté la saine gestion d'un fonds en fiducie qui avait été créé pour assurer leurs vieux jours.

Mais Annette et Cécile se demandent si les gouvernements ont vraiment tiré des leçons de leur expérience, quant à la responsabilité de protéger les enfants des abus. Elles ont mentionné le cas de la fillette de 7 ans morte récemment à Granby.

«J'espère que cela ne se reproduira plus, mais je sais que ce genre de problèmes n'a pas été entièrement résolu, donc cela se reproduira, a prédit Cécile. Mais j'espère qu'il y aura de meilleurs soins pour ceux qui ont été maltraités.»

Malgré ces moments difficiles, les deux sœurs sont reconnaissantes de leur présence mutuelle. Bien qu'elles ne se voient pas souvent en personne, elles se parlent au téléphone régulièrement et se sont récemment réunies pour célébrer leur anniversaire.