Vincent Dallaire au palais de justice de Québec le 8 mars dernier

90 jours de prison pour l'agresseur: les chauffeurs d’autobus déçus [VIDÉO]

Vincent Dallaire, 22 ans, devra purger 90 jours pour avoir donné un violent coup de poing au visage d’un chauffeur du Réseau de transport de la Capitale (RTC) qui refusait de le laisser monter à bord sans payer. La peine déçoit grandement le syndicat des chauffeurs, qui craint la banalisation de la violence dans les autobus.

Le 3 mai 2018, Dallaire devait se rendre passer un examen à l’Université Laval, où il étudie en génie. En entrant dans l’autobus, il s’est aperçu que sa carte OPUS ne contenait plus aucun passage. 

Le chauffeur Ronald Pugh, 59 ans, lui a demandé de sortir et de prendre le prochain autobus, après avoir «rechargé» sa carte.

Dallaire a alors donné un violent coup de poing au visage du chauffeur et est sorti de l’autobus, non sans avoir proféré une menace de mort à sa victime. L’agression a été filmée par la caméra de l’autobus. Le chauffeur a eu le nez fracturé et a souffert d’une commotion cérébrale. Il a tenté de revenir au travail, mais a fini par prendre une retraite anticipée.

Encore bouleversé, il était incapable de se rendre au palais de justice de Québec hier pour entendre la peine. Une quinzaine de ses collègues et son épouse étaient présents.

Le juge René de la Sablonnière de la Cour du Québec a imposé à Dallaire une peine de 90 jours, soit la période de détention réclamée par la poursuite. Le procureur de la Couronne Me Matthieu Rochette avait insisté sur le facteur aggravant que constitue le fait de s’en prendre à un travailleur des transports publics, qui est dans une situation de vulnérabilité.

De son côté, l’avocat de défense Me Félix-Antoine Turmel-Doyon réclamait une absolution conditionnelle à 240 heures de travaux communautaires.

La cour a maintenu une condition que Vincent Dallaire devait déjà observer durant les procédures, soit de ne pas prendre l’autobus sauf pour fins de travail ou d’études et sauf en présence d’un adulte. 

Le juge a dit vouloir envoyer «un message clair qu’on ne peut pas s’en prendre impunément aux gens qui oeuvrent dans les services publics».

La présidente du syndicat des chauffeurs, Hélène Fortin, était extrêmement déçue de la peine. 

«Pour nous, c’est un stress continu. On commence à vivre de plus en plus d’agressions verbales qui semblent banalisées par l’employeur», déplore Mme Fortin.

Les incidents de violence physique sont aussi réguliers, affirme la chauffeuse d’autobus. «Encore récemment, il y a chauffeur qui s’est fait cracher dessus, c’est une voie de fait!» rappelle-t-elle. Un autre chauffeur a subi une alerte à la bombe dans son véhicule. Un de ses collègues a vu un passager entrer dans l’autobus avec une arme. 

Des boucliers?

Il est temps de repenser la sécurité des chauffeurs, affirme Mme Fortin. Le syndicat souhaite explorer une solution comme le fameux «bouclier», cette cage vitrée qui protège les chauffeurs dans certaines grandes villes. «Il y a des chauffeurs qui sont contre, qui pensent qu’ils vont se sentir comme des animaux en cage, mais il faut y réfléchir», affirme Hélène Fortin.

La présidente du syndicat des chauffeurs d’autobus rappelle que depuis l’agression contre Ronald Pugh, le directeur général du RTC a obtenu le pouvoir d’interdire l’accès aux autobus à un passager violent. Le règlement 231 du Réseau de transport de la capitale, adopté en septembre 2018, spécifie qu’un passager qui injurie ou s’en prend physiquement à un chauffeur peut voir son titre de transport suspendu. Selon Hélène Fortin du syndicat des chauffeurs, cette disposition n’a toutefois jamais été utilisée.

La direction du RTC n’a pas voulu commenter ce pouvoir d’expulsion. Le directeur général Alain Mercier a réagi à l’imposition de la peine de Vincent Dallaire par voie de communiqué. «Cet événement très malheureux, en plus d’avoir eu des conséquences physiques et psychologiques importantes sur notre collègue, a eu des répercussions sur l’ensemble de la communauté des chauffeurs. Le RTC ne tolère aucunement et condamne vivement toute forme de violence envers les chauffeurs.»

Nouvelles accusations de menaces

Vincent Dallaire était déjà détenu au moment de l’imposition de sa peine. Il a été arrêté au cours des derniers jours pour des menaces de mort; une en juin contre un de ses professeurs à l’Université Laval et des menaces en août contre deux autres individus.

La Couronne s’oppose à la remise en liberté de Dallaire dans cette cause.