Les députés de Pontiac, Will Amos, et de Gatineau, Steven MacKinnon, dévoile les croquis du futur édifice.

25 millions d’artefacts transférés à Gatineau

Une pointe de flèche datant de 11 000 ans est au nombre des plus vieux artefacts qui seront entreposés dans les toutes nouvelles installations de Parcs Canada qui seront érigées en bordure de l’autoroute 50 à Gatineau et dont le concept architectural a été dévoilé mardi.

Certifié carbone zéro, le nouveau centre national de conservation de 8200 mètres carrés abritera la collection de quelque 25 millions d’objets archéologiques et historiques qui sont actuellement dispersés dans cinq bâtiments qui ne répondent plus aux normes de conservation, à Ottawa, Québec, Cornwall et Winnipeg. 

L’entreposage de ces artefacts sous un seul et même toit était devenu nécessaire, dit-on, car environ 60 % de la collection de Parcs Canada est en danger en raison de conditions d’entreposage et de mesures de sécurité environnementale jugées inappropriées. 

« Nous suivons les conseils des experts, donnés au gouvernement depuis belle lurette, qui disent que nos collections d’artefacts de Parcs Canada sont en danger parce qu’ils sont logés dans des endroits qui ne sont pas conformes aux normes modernes pour la sauvegarde et la préservation », a expliqué le député de Gatineau, Steve MacKinnon, parlant d’une des plus importantes collections du genre en Amérique du Nord. 

Plusieurs dizaines d’emplois « bien rémunérés » seront créés avec l’ouverture de ce centre national, a précisé l’élu, ajoutant que Gatineau « a développé un créneau très intéressant dans la conservation et la préservation des trésors nationaux ». 

« L’un des objectifs est de rendre cette collection-là disponible, que ce soit aux groupes communautaires, aux spécialistes, aux Autochtones ou à d’autres qui voudront venir l’examiner ou même souvent en emprunter des bouts pour des musées locaux, des installations culturelles à travers le pays », soutient M. MacKinnon. 

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L’immeuble à la fine pointe de la technologie sera érigé au coût de plusieurs dizaines de millions de dollars – le gouvernement fédéral n’a pas voulu être plus précis pour ne pas influencer le processus d’appel d’offres à venir – au 555, avenue des Entreprises, à même le vaste stationnement que l’on retrouve devant un édifice détenu par Bibliothèque et Archives Canada, à proximité du boulevard Labrosse. L’an dernier, on avait estimé la facture à 45 millions $.

La construction des nouvelles installations doit s’amorcer au printemps 2020 pour s’achever en 2022, selon l’échéancier actuel. La collection déménagera une fois que l’installation sera en service.

Parcs Canada s’occupant de 31 millions d’objets archéologiques et historiques, ceux qui ne se retrouveront pas en sol gatinois continueront d’être exposés dans les parcs nationaux ou des lieux historiques d’un océan à l’autre. 

D’autres sont prêtés à des organismes partenaires. 

Le reste de la collection sera entreposé aux installations de Darmouth, en Nouvelle-Écosse, les seules qui à terme demeureront ouvertes.

La conception du futur bâtiment, dont le quart de la superficie sera consacré à un espace de travail pour les chercheurs ainsi qu’à des lieux de réception, de réunion et de cérémonie, a été réalisée conjointement par les firmes Moriyama et Teshima Architects ainsi que NFOE Architects.

Le député MacKinnon a qualifié d’exploit le fait que l’immeuble sera le deuxième à Gatineau, et de surcroît au pays, à n’émettre aucun gaz à effet de serre. 

Le conseiller municipal du district de Bellevue et maire suppléant de Gatineau, Pierre Lanthier, se réjouit qu’un tel centre national voie le jour. 

« C’est une excellente nouvelle pour Gatineau et pour mon propre district. C’est un édifice carbone zéro et ça va créer de l’emploi autant pour la construction qu’avec les gens qui vont y travailler. Je vois ça d’un très bon œil », a-t-il dit. 

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait annoncé en 2012 qu’il prévoyait déménager les collections d’artefacts de Parcs Canada dans un même lieu, ciblant d’abord la ville d’Ottawa. Le fédéral a par la suite jeté son dévolu sur Gatineau.

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DES CONDITIONS OPTIMALES

La conservation de millions d’artefacts dans des conditions d’entreposage optimales et dignes du XXIe siècle à Gatineau ne peut qu’être bénéfique, affirme Parcs Canada. 

« Le but, c’est de réduire au minimum les changements en température et en humidité afin de ne pas stresser les objets », affirme d’emblée la directrice du patrimoine culturel, Patricia Kell, précisant que les installations actuelles ne répondent plus à ces critères de base. 

La régulation du climat de classe A dont sera dotée le nouveau centre national à Gatineau permettra par exemple de maintenir à longueur d’année une température ambiante variant entre 20 et 22 degrés Celsius et un taux d’humidité de 35 à 55 %. 

La construction sera à double paroi autour de l’aire d’entreposage de la collection afin de renforcer l’isolation et de protéger les artefacts de toute menace extérieure telle que la vermine. 

De plus, les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation seront branchés sur des génératrices de secours pour assurer le maintien de la régulation du climat en cas de panne électrique.  

Le système d’entreposage permettra quant à lui de maximiser l’espace disponible.

« Le plus grand espace sera l’aire des collections, qui occupera 4300 mètres carrés. Notre entreposage va aller jusqu’à 20 pieds de haut, ce sont des étagères comprimées », note le gestionnaire de projet de la consolidation de la collection de Parcs Canada, François Brosseau. 

Parmi les objets historiques de la collection de Parcs Canada, il y a notamment des costumes, des meubles et des tissus, alors que la majorité des objets archéologiques sont fragmentaires, par exemple des fragments de céramique, des éclats de verre de fenêtre et des clous.

Sur place, mardi, les médias ont entre autres pu voir de près un soulier retrouvé dans une épave et qui date de plusieurs centaines d’années, en plus de morceaux de pierre façonnés par des Autochtones il y a quelques milliers d’années.