2000 morts, 250 000 Québécois atteints et bientôt 100 000 tests par semaine [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Plus de 250 000 Québécois seraient infectés par la COVID-19, 10 fois plus que le nombre de cas confirmés. C’est ce qu’a reconnu le Dr Horacio Arruda, vendredi, en dévoilant un nouveau plan de dépistage «très agressif» qui permettra de réaliser près de 100 000 tests par semaine. On a aussi franchi le cap des 2000 morts.

«C’est sûr qu’on en a plus que 20 000 [cas]. Mais on pense que la prévalence, au Québec, elle est à peu près autour de 3 %. On parlait, à un moment donné, de 10 %, mais quand on regarde les autres pays, les études sérobiologiques qui ont été faites ailleurs, plus avancées, on pense plus qu’on est autour de 3 %. Maximum 5 %, peut-être, dans certains sous-secteurs où ç’a circulé plus. Si on dit 3 % de la population, il faudrait calculer 3 % de 8 millions, il faudrait que je fasse le calcul. Mais ça doit être 250 000. C’est à peu près ça», évalue le directeur national de santé publique du Québec.

En l’absence du premier ministre François Legault, qui suivra dorénavant un rythme de trois points de presse par semaine, le Dr Arruda s’est présenté devant 10 journalistes de la Tribune de la presse du parlement de Québec en compagnie de son adjoint, le Dr Yves Jalbert. Le duo médical venait présenter leur nouveau «plan de diagnostic populationnel», c’est-à-dire la stratégie de tests et donc de chasse au nouveau coronavirus.

3 % de la population

Le dépistage passe en vitesse supérieure, de 6000 à 14 000 tests par jour. Question de suivre le mouvement du déconfinement graduel qui s’amorce lundi, avec la réouverture des commerces non essentiels avec entrée extérieure hors de la Communauté métropolitaine de Montréal. Entreprises, chantiers, écoles et garderies suivront, si tout se passe bien.

La population du Québec avoisine 8,5 millions. Avec 3 % des personnes infectées, 255 000 individus auraient la COVID-19 en ce moment. Les experts estiment autour de 80 % la proportion de personnes qui portent le virus, et donc peuvent le transmettre, mais ne ressentent aucun symptôme. On parlerait ici de 204 000 Québécois. La maladie voyage beaucoup grâce à ces fameux asymptomatiques, comme on l’a vu avec les travailleurs de la santé dans les CHSLD de la région de Montréal.

Le bilan officiel de vendredi faisait état de 28 648 cas confirmés, 1110 de plus que la veille. Journée record à ce chapitre depuis le début de l’épidémie au Québec. Dans le lot, 6166 travailleurs de la santé et 6700 patients rétablis.

Record aussi du côté des nouveaux décès, avec 163, pour porter le total à 2022. Sauf que ce chiffre s’avère une mise à jour pour tout le mois d’avril. Des 163, plusieurs remontent à des jours antérieurs, même un jusqu’au 3 avril. En fait, 22 ont vraiment trépassé dans les 24 heures précédentes, mais d’autres décès survenus au cours de cet intervalle seront signalés au fil des prochaines journées.

La situation dans l’ensemble des hôpitaux demeure sous contrôle avec 1716 patients alités, dont 218 aux soins intensifs.

Masques pour les élèves

À une semaine de la réouverture des écoles à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal, le Dr Arruda s’est prononcé sur le port du masque fait maison par les élèves qui retourneront en classe.

«Vous n’aurez pas les mêmes classes qu’avant. Je sais que les gens ont de la difficulté à comprendre ça, parce qu’ils voient l’école, ils voient les enfants arriver tous en même temps dans le corridor, tous entassés. Puis ce n’est pas parce qu’on est à moins de deux mètres pendant quelques minutes, en bas de 15 minutes, qu’automatiquement il y a eu une contamination, a-t-il d’abord expliqué.

«Mais si les enfants veulent en porter un et le tolérer, puis qu’ils vont moins porter leurs mains à la bouche, qu’ils vont se laver les mains adéquatement, on ne peut pas dire qu’on est contre. Mais les enfants, ça tolère mal un peu le masque. Dans les garderies, par contre, les éducatrices, parce qu’elles ont des contacts beaucoup plus fréquents, vont l’avoir. Les profs, c’est aussi la question de la distanciation.

«Quelqu’un qui porte un masque le fait pour protéger les autres, pas pour se protéger lui-même. Mais je veux juste encore répéter, je sais que j’ai l’air d’un psychotique schizophrénique au lavage de main, mais c’est la chose la plus importante. [...] S’ils veulent porter le masque, surtout que maintenant ils en sortent des tellement jolis, il y a un marché qui s’installe là-dessus. Moi, à un moment, je vais voir à coordonner les cravates avec mon masque», a blagué le sympathique scientifique, ajoutant que le masque allait «devenir un élément de l’étiquette respiratoire». Peut-être même de l’étiquette vestimentaire, qui sait.

Moitié pour les déconfinés

D’ici une semaine, la Santé publique du Québec devrait tester 14 000 personnes par jour. C’est 98 000 par semaine.

De ces 14 000 tests, 6000 seront dédiés aux segments de la population en déconfinement et 1000 gardés en réserve pour permettre une intervention rapide en cas d’éclosion dans un milieu de travail ou dans une école, par exemple

Cette opération nécessitera la moitié plus de personnel, calcule le Dr Arruda. Mais de nouveaux outils technologiques, comme la possibilité d’un nouveau test par expectoration, lire crachat, diminuera le besoin de matériel et de personnel, accélérant d’autant le processus.

Les tests rapides avec résultat en 15 ou 30 minutes ne sont pas pour demain. Leur sensibilité au virus s’avère 100 fois plus faible que le test PCR (réaction en chaîne par polymérase) utilisé depuis le début au Québec.

La distribution des tests se fera selon les régions et leurs besoins. Juste pour Montréal-Nord, récent foyer d’éclosion, on procédera à 3000 tests dans les prochains jours.