D’un ton ferme et solennel, le procureur de la couronne Me Thomas Jacques a plaidé que des crimes aussi graves que ceux commis par Alexandre Bissonnette méritent un châtiment «à la hauteur de la réprobation sociale face à de tels comportements ignobles».

150 ans pour Alexandre Bissonnette: «le juste dû», selon la Couronne

La vengeance? Non. Simplement «le juste dû». C’est ce que le ministère public dit chercher avec sa demande de 150 ans d’incarcération pour le meurtrier de la Grande Mosquée, Alexandre Bissonnette.

Le chiffre n’était qu’une possibilité légale. Il est devenu la demande officielle du ministère public. Si le juge François Huot le fait sien, il deviendra la peine la plus sévère imposée à un Canadien depuis l’abolition de la peine de mort en 1976.

En fin de journée, après avoir entendu la Couronne, le juge a demandé à l’accusé de se lever. Il lui a signifié qu’un cumul des peines faisait toujours partie des possibilités. Le débat constitutionnel sur cette disposition légale commencera mercredi.

Alexandre Bissonnette, 27 ans, a plaidé coupable à la fin mars aux meurtres prémédités de Ibrahima Barry, Mamadou Tannou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzedine Soufiane et Aboubaker Thabti, six hommes musulmans en prière. Il est aussi coupable de tentatives de meurtre sur 40 personnes.

Bissonnette sera automatiquement condamné à l’emprisonnement à perpétuité. La défense demande une seule période de 25 ans alors que la Couronne veut que les six périodes d’inadmissibilité à la libération conditionnelle soient purgées de façon consécutive, comme le permet depuis 2011 l’article 745.51 du Code criminel.

LIRE AUSSI : Procès Bissonnette: 25 ans pour un meurtrier «réhabilitable»

Des crimes aussi graves méritent un châtiment «à la hauteur de la réprobation sociale face à de tels comportements ignobles», plaide le procureur de la Couronne Me Thomas Jacques, d’un ton ferme, solennel. 

La tuerie du 29 janvier 2017 est «un œil au beurre noir, une cicatrice sur les valeurs protégées par notre société», ajoute le procureur. Dans la grande salle d’audience, les mots barbarie, carnage, acharnement résonnent.

Aux yeux de la poursuite, le crime de Bissonnette restera un des plus haineux de l’histoire canadienne. Quarante-six personnes ont été ciblées en raison de leur confession religieuse. «Elles ne faisaient qu’exercer leur liberté de religion, un droit garanti par notre Charte», souligne Me Jacques.

La Couronne n’a jamais porté d’accusation de terrorisme contre Alexandre Bissonnette parce que la preuve ne le supportait pas. «Mais les répercussions des crimes s’assimilent à celles du crime de terrorisme», estime Me Jacques.

Rien laissé au hasard

Minutieusement, le procureur de la Couronne va refaire le récit, sans épargner aucun détail. Les veuves présentent dans la salle d’audience sanglotent doucement. Le meurtrier pleure aussi.

Pour mener à bien son plan et poser un geste d’éclat, Alexandre Bissonnette n’a rien laissé au hasard, dit le procureur. Parmi ses sept armes, il a choisi les plus meurtrières, une carabine semi-automatique de calibre .223 et une arme de poing Glock de calibre 9 mm. Le tireur expérimenté avait au total 108 balles sur lui.

Il a dissimulé sa carabine dans un étui à guitare. C’est avec cette arme qu’il menace ses deux premières victimes, Ibrahima et Mamadou Barry, à l’extérieur de la mosquée du chemin Sainte-Foy. 

Lorsque la carabine fait défaut, Bissonnette sourit, pour rassurer ses deux cibles. Une «cruauté sans borne», jette Me Jacques, dégoûté.

À ce moment précis, Bissonnette aurait pu fuir et abandonner son plan, fait remarquer le procureur de la Couronne.

Il va plutôt exécuter les deux hommes d’une balle à la tête et violer la quiétude du lieu de culte pour tuer quatre autres fidèles et en blesser cinq autres.

La Couronne pointe tous les éléments qui, pour elle, illustrent la grande préméditation et le sang-froid du tireur. Bissonnette tire aux endroits où les fidèles se sont réfugiés et cherche à faire le plus de victimes possible. Calme et méthodique, le tireur se déplace pour avoir un meilleur angle. Il se replie dans le portique d’entrée pour recharger son arme. La présence de trois garçons et d’une fillette, âgés entre 8 et 11 ans, ne ralentira pas le massacre.

Après s’être assuré de garder une balle pour se suicider, Bissonnette quitte la mosquée. La tuerie a duré deux minutes. Six femmes sont maintenant veuves. Dix-sept enfants sont orphelins.

«Ce déferlement de haine a causé des dommages dont nous ne sommes pas en mesure d’évaluer la pleine portée à l’heure actuelle», considère le procureur de la Couronne.

À quelques mètres derrière lui, Aymen Derbali, devenu paraplégique après avoir reçu sept balles, écoute attentivement, confiné à son fauteuil roulant.