Marguerite Blais, la ministre responsable des Aînés, a annoncé un investissement de 10 millions $ par année pour un programme de soins buccodentaires qui sera déployé dans l’ensemble des CHSLD de la province.

10 millions$ par année pour les dents des aînés en CHSLD [VIDÉO]

Québec investira 10 millions $ par année pour un programme de soins buccodentaires qui sera déployé dans l’ensemble des CHSLD de la province. Les hygiénistes dentaires seront mises à contribution dans les limites de la réglementation actuelle, mais une plus grande autonomie pourrait éventuellement leur être reconnue, a-t-on laissé entendre mardi en conférence de presse.

L’investissement annoncé par la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, fait suite à un projet-pilote mis sur pied par le gouvernement précédent dans trois CHSLD, dont le Foyer Charlesbourg, dans la capitale.  

Actuellement, les services de soins dentaires sont inégaux dans les CHSLD, souvent insuffisants, voire inexistants, a-t-on expliqué en conférence de presse. Or une mauvaise santé dentaire peut causer de la douleur, de l’inconfort et d’autres problèmes de santé, a-t-on rappelé. «Pendant le projet-pilote dans un CHSLD, il y avait une personne atteinte d’Alzheimer qui criait, et on croyait que c’était dû à sa maladie, mais c’était finalement dû à une rage de dents», a illustré la ministre Marguerite Blais. 

«On ne s’occupe pas de la bouche dans les CHSLD. On examine les oreilles, les yeux, le corps, mais on ne soucie pas de la bouche», a-t-elle souligné. Mme Blais a rappelé que la prise de médicaments pouvait parfois assécher la bouche, et qu’une mauvaise santé buccodentaire pouvait entraîner des maladies comme une pneumonie par aspiration ou une infection au coeur.

Le programme prévoit une offre de soins dentaires préventifs et curatifs, mais aussi des soins d’hygiène quotidiens aux aînés hébergés en CHSLD publics et privés conventionnés. Chaque résident aura droit à son arrivée à une évaluation de sa bouche, et un plan de soins adapté à ses besoins lui sera fourni, a-t-on précisé. Selon le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, le programme devrait avoir été déployé dans tous les CHSLD d’ici le 31 mars 2020. 

Les infirmières (cliniciennes et auxiliaires), les préposés aux bénéficiaires, les hygiénistes dentaires, les dentistes et les denturologistes seront mis à contribution dans un esprit de collaboration interdisciplinaire.

Questionnée à savoir comment les préposés aux bénéficiaires et les infirmières, déjà surchargés, allaient trouver le temps de prodiguer des soins buccodentaires aux résidents des CHSLD, la ministre Blais a répondu que «l’embauche du personnel, ça s’en vient, il y a un budget qui s’en vient». Selon elle, ce n’est pas «parce qu’il manque de personnel qu’on ne peut pas commencer à s’occuper de la bouche de nos aînés». 

Selon le Dr Arruda, le projet-pilote a permis de tester l’organisation et l’intégration des soins buccodentaires dans un continuum de soins. «Quand on détecte à l’entrée [au CHSLD] un problème dentaire et qu’on réfère rapidement le problème au dentiste, c’est moins de patients qui souffrent ou qui vont crier parce qu’ils ont un abcès dentaire, par exemple», a fait valoir le directeur national de santé publique, ajoutant que 42 hygiénistes dentaires allaient par ailleurs être embauchées pour mener à bien le programme. 

Des hygiénistes plus autonomes?

Sauf que les hygiénistes dentaires n’auront pas toute l’autonomie qu’elles pourraient et souhaiteraient avoir, a convenu en marge de la conférence de presse la présidente de leur ordre professionnel, Diane Duval. 

«Si l’hygiéniste avait une plus grande autonomie, ça permettrait à l’infirmière de faire d’autres tâches. Dans le cadre du programme, c’est l’infirmière qui va être chargée de la référence au dentiste, alors que l’hygiéniste est formée pour faire ces évaluations-là», a souligné Mme Duval, ajoutant que «si on veut agir en amont, il faudrait aussi permettre qu’il y ait des soins avant, à domicile». 

Selon l'Ordre des hygiénistes dentaires du Québec, plus de 40% de la population n’a pas les moyens de défrayer les coûts de consultation annuelle en cabinet dentaire. Des hygiénistes dentaires pourraient offrir des services à moindre coût à domicile. «Mais présentement, la réglementation ne nous permet pas de le faire», déplore Mme Duval.

Tant la ministre Marguerite Blais que le Dr Horacio Arruda ont assuré au Soleil que le dossier de l’autonomie des hygiénistes dentaires faisait l’objet de discussions entre le cabinet de la ministre de la Santé, Danielle McCann, et les ordres professionnels concernés. «On travaille sur l’autonomie des hygiénistes comme on a travaillé sur l’autonomie des infirmières [praticiennes spécialisées] avec le Collège des médecins», a dit la ministre Blais, ajoutant qu’une annonce à ce sujet sera faite prochainement. 

Selon le Dr Arruda, «quand on regarde la philosophie qui a été mise de l’avant, celle d’avoir le bon professionnel au bon endroit, ça m’étonnerait que la position [du gouvernement Legault] dans le cas des hygiénistes soit contraire» à cette philosophie. «Le dossier est en cours depuis quelques années et il évolue», a-t-il assuré.