Justice et faits divers

Un homme gravement brûlé par son foyer

Un citoyen de 45 ans de Beauport a été gravement brûlé sur une grande partie de son corps dimanche après-midi. L’incident a eu lieu au moment où il a ajouté de l’éthanol dans son foyer.

L’individu, résident sur la rue Péloquin, tentait de remplir son foyer avec de l’éthanol, mais il n’avait pas réalisé qu’une flamme était toujours présente, ce qui a conduit à une explosion.

Les brûlures ont surtout touché ses bras, son visage, ainsi que le haut de son corps. 

Le lieutenant Martin Dufour a confirmé que l’homme de 45 ans a été transporté à l’hôpital de l’Enfant-Jésus, mais on ne craint pas pour sa vie.

L’incendie ne s’est pas propagé dans la résidence, et les flammes ont été rapidement maitrisées par les pompiers.

Affaires

Grande manifestation à Montréal contre l'AEUMC

Accompagnés par une demi-dizaine de tracteurs, quelques milliers de manifestants ont dénoncé dimanche les concessions «sans précédent» faites par le gouvernement Trudeau pour conclure l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC), notamment dans le secteur laitier canadien.

La marche, organisée par l’Union des producteurs agricoles (UPA), s’est déroulée en après-midi, entre le parc La Fontaine et la place des Festivals, à Montréal.

Plusieurs personnes brandissaient des pancartes ou frappaient sur des casseroles. D’autres poussaient devant eux un panier d’épicerie.

L’événement appelé «Garde-manger en danger» interpelle plus particulièrement les producteurs québécois sous gestion de l’offre, qui disent «avoir fait les frais des négociations».

Des élus de tous les partis représentés à l’Assemblée nationale, y compris du gouvernement caquiste, devaient y participer.

L’UPA souligne qu’à l’instar des ententes commerciales précédentes, le gouvernement canadien n’a imposé aucune exigence sur les aliments importés, même si les normes sanitaires, sociales et environnementales au Québec et au Canada sont parmi les plus sévères au monde. L’organisation affirme que «cette incohérence désavantage fortement les agriculteurs et l’industrie agroalimentaire canadienne».

Salaires plus élevés

Selon son président Marcel Groleau, les producteurs québécois doivent verser des salaires plus élevés à leurs employés tout en devant respecter des normes environnementales plus rigoureuses qu’aux États-Unis et au Mexique.

Il a exhorté les gouvernements québécois et canadien à appuyer les produits locaux et à s’assurer que les produits importés respectent les mêmes normes auxquelles doivent se plier les fermiers d’ici.

«L’avenir d’une nation dépend d’abord et avant tout de ses capacités à se nourrir elle-même», a-t-il déclaré.

En vertu de l’entente, le gouvernement fédéral a ouvert 3,59 % du marché aux producteurs américains, mais il a promis de dédommager les fermiers pour les pertes qu’ils subiront.

La marche s’étendait sur plusieurs pâtés de maisons au centre-ville de Montréal. Plusieurs manifestants étaient venus à Montréal à bord d’autobus nolisés.

Parmi eux, on retrouvait Monia Grenier, une productrice laitière et membre du conseil d’administration de l’UPA-Estrie. Selon elle, l’incertitude sur l’avenir des marchés demeure la conséquence la plus difficile à supporter. Elle espère que les fermiers recevront l’appui de la population canadienne et que celle-ci s’engagera à n’acheter que des produits locaux.

Selon elle, la manifestation était un appel à la solidarité. Elle dit avoir conscience que le gouvernement Trudeau ne reviendra pas sur les concessions accordées.

«Protester et faire du bruit ne suffisent plus. On doit sensibiliser les gens de la bonne façon, a-t-elle dit. Tout ce qu’on veut, c’est que la population soit derrière nous et achète des produits locaux le plus possible.»

Ce message a reçu un écho favorable chez un autre manifestant, Rob Nadeau. Celui-ci dit ne pas s’opposer au libre-échange, mais il souhaite que les produits soient clairement étiquetés et que les producteurs étrangers se soumettent «aux mêmes normes que nos gars».

M. Nadeau estime qu’il est de l’intérêt de tous de défendre les agriculteurs locaux. «C’est important pour tout le monde au Canada. S’il y avait une manifestation en Ontario, j’irais là-bas aussi.»

Affaires

Les règles sur la vente d'alcool pourraient être assouplies

La vente d’alcool pourrait prendre une nouvelle tournure dans quelques mois. Au début décembre, l’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec (AMDEQ) participera à des consultations de la Régie des alcools, des courses et des jeux pour revoir les règles en matière de vente de boissons alcooliques.

Une vingtaine d’associations, des fabricants de produits alcooliques, la Santé publique et Éduc’alcool prendront part aux discussions qui font suite à l’engagement de l’ex-ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux à la suite de l’adoption du projet de loi modernisant les règles sur les permis d’alcool et la vente de boissons alcooliques.

Le directeur général de l’AMDEQ, Yves Servais, espère que ces consultations déboucheront sur un allègement des règles, de sorte que les dépanneurs puissent vendre plus de produits alcooliques jusqu’à maintenant vendus exclusivement par la Société des alcools du Québec.

«Pour nous, ce serait une bonne chose d’avoir des assouplissements. Déjà, nous avons des dépanneurs qui vendent des bières de microbrasserie avec succès. On pourrait faire la même chose avec des spiritueux, des apéritifs et des digestifs, tout en ayant une plus grande sélection de vins autres que ceux embouteillés au Québec pour mieux desservir notre clientèle tout en ayant un contrôle gouvernemental», soutient-il. Il affirme ne pas vouloir une privatisation totale de la SAQ, mais un mode de fonctionnement qui donnerait plus de latitude au secteur privé.

La démarche qui commence le 7 décembre devrait durer plusieurs mois. L’AMDEQ a bon espoir de voir des modifications à la loi profitant autant aux clients qu’aux commerçants.

Actualités

La dénonciation d'harcèlement ne doit pas reposer que sur les victimes

MONTRÉAL - Des avocats veulent que les victimes ne soient pas seules à porter le fardeau de dénoncer le harcèlement - dont le harcèlement sexuel - et les agressions en milieu de travail: il faut que les témoins puissent aussi pouvoir le faire et que l’employeur soit obligé d’enquêter dans ces cas-là aussi, suggèrent-ils.

Pour y arriver, ils recommandent notamment d’inscrire ces suggestions - noir sur blanc - dans les règlements devant accompagner la nouvelle mouture du Code canadien du travail.

Il devrait être la responsabilité de tout le monde de prévenir et de dénoncer le harcèlement, fait valoir l’avocate Gail Gatchalian, spécialisée en droit du travail et associée au cabinet Pink Larkin, dans son bureau de Halifax.

Il y a déjà tellement de barrières qui empêchent les victimes de dénoncer. Mme Gatchalian cite ici l’inégalité de pouvoir souvent énorme entre la victime et l’agresseur, la tendance des victimes à se blâmer pour ce qui est arrivé et enfin la crainte de représailles. Peu dénoncent, déplore-t-elle.

Mme Gatchalian a participé à la rédaction d’une proposition en ce sens, avec la Section du droit du travail et de l’emploi de l’Association du Barreau canadien (ABC) et le Forum des avocates de l’ABC.

Ensemble, ils ont suggéré des améliorations au cadre réglementaire accompagnant le projet de loi C-65, qui modifie le Code canadien du travail en apportant notamment des changements sur la violence et le harcèlement en milieu de travail. Le Code canadien du travail ne s’applique toutefois qu’aux entreprises sous juridiction fédérale, comme les banques et les entreprises de télécommunications. C-65 a reçu la sanction royale, le 25 octobre dernier, mais n’est pas encore en vigueur, souligne l’avocate.

Selon le groupe d’avocats, la réglementation devrait «envisager explicitement» la possibilité, pour les témoins, de déposer eux aussi une plainte. Ils devraient bénéficier de la même confidentialité que les victimes dans le processus. L’employeur devrait aussi être obligé d’enquêter s’il a connaissance de cas de harcèlement, même en l’absence de plainte formelle, recommandent-ils.

«Cela enverrait un message clair: c’est la responsabilité de tous, dit l’avocate, qui est aussi la présidente sortante de la Section nationale du droit du travail et de l’emploi de l’ABC. Il ne s’agit pas d’un problème qui ne peut être réglé juste par des victimes qui portent plainte.»

Et cela pourrait aider à amener un changement de culture, parce que le harcèlement sexuel se nourrit et profite d’une culture du silence, fait-elle valoir.

Pour le moment, la situation est tout aussi mauvaise qu’il y a 30 ans, juge-t-elle. Et un processus porté par les victimes ne sera pas suffisant pour amener un tel changement de culture.

Mais les témoins n’auront-ils pas, eux aussi, peur des représailles? Dans certaines situations, les mêmes barrières à la dénonciation seront là, certes, mais les témoins dans d’autres cas ne seront pas aussi vulnérables que la victime qui a été ciblée, croit-elle.

Le gouvernement fédéral prévoit publier les règlements accompagnant C-65 au début de 2019, indique Mme Gatchalian.

De leur côté, les provinces ont également des lois pour régir les milieux de travail, et les dispositions au sujet du harcèlement varient d’une province à l’autre, souligne Mme Gatchalian. Les employés syndiqués bénéficient aussi des protections accordées par leurs conventions collectives.

Au Québec, c’est la Loi sur les normes du travail qui interdit le harcèlement psychologique et sexuel. Ce dernier type de harcèlement a été ajouté explicitement récemment, par des modifications entrées en vigueur le 12 juin 2018.

Actualités

Les municipalités laissées à elle-même contre les cyberattaques

MONTRÉAL - Le 10 septembre, des employés municipaux de la MRC de Mékinac, en Mauricie, sont arrivés au travail pour découvrir sur leurs ordinateurs un message menaçant les informant qu’ils avaient perdu l’accès à tous leurs fichiers.

Afin de retrouver l’accès à ses données, la municipalité régionale de Mékinac a été appelée à déposer huit unités de la monnaie numérique Bitcoin dans un compte bancaire - équivalant à environ 65 000 $.

Le service informatique de Mékinac a finalement négocié avec les cyberextorsionnistes et payé 30 000 $ en Bitcoin, mais les serveurs de la région ont tout de même été désactivés pendant environ deux semaines.

L’attaque met en évidence une faiblesse flagrante des serveurs gouvernementaux au Québec, selon Jose Fernandez, professeur et expert en programmes malveillants à l’école d’ingénieurs de Polytechnique Montréal.

«Le Québec est un embarras», a soutenu M. Fernandez en entrevue, ajoutant qu’il avait tenté sans succès de contacter des représentants du gouvernement pour les alerter du problème.

«Il n’y a pas de véritable avancée sur cette question au cours des 15 dernières années, a-t-il affirmé. J’essaie de parler au (gouvernement), mais il n’y a personne. Qui allez-vous appeler? Personne.»

Bernard Thompson, préfet de la municipalité régionale de Mékinac, a fait valoir que la demande de rançon posait un véritable dilemme à sa petite organisation. Mékinac regroupe 10 municipalités d’environ 13 000 habitants.

«Il était clairement difficile, du point de vue moral, de payer une bande de bandits», a dit M. Thompson.

Les pirates ont utilisé un logiciel malveillant pour demander de l’argent en échange de clés permettant de déverrouiller les données.

Des mesures dans d’autres provinces et au fédéral

Selon M. Fernandez, il est ironique que le Québec abrite une industrie florissante de la cybersécurité et constitue un pôle émergent pour la recherche en intelligence artificielle, tout en ayant des «décennies» de retard sur les autres provinces en matière de défense contre les cyberattaques.

Pourtant, le Québec n’est pas la seule province à subir des attaques. Plusieurs administrations municipales et entreprises ontariennes ont récemment été touchées par des attaques de logiciel malveillant, ce qui a incité la Police provinciale de l’Ontario à émettre un avis en septembre.

En réponse à ce problème grandissant, le Centre de la sécurité des télécommunications - l’agence de renseignement électronique du ministère de la Défense - a créé le Centre canadien pour la cybersécurité le mois dernier. Il est chargé de surveiller les «nouvelles formes de logiciels malveillants» et de conseiller les gouvernements fédéral et provinciaux.

Le porte-parole Evan Koronewski a précisé que le centre n’avait pas d’équivalent provincial ou territorial.

M. Fernandez a toutefois souligné que certaines provinces prennent des mesures importantes. La Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick ont créé des bureaux dédiés à la protection des données gouvernementales. Au Québec, a-t-il dit, les petites villes ne sont pas protégées.

«J’espère que le nouveau gouvernement fera quelque chose à ce sujet», a-t-il affirmé.

Responsabilité des municipalités

Patrick Harvey, porte-parole du ministère de la Sécurité publique, a contesté l’affirmation selon laquelle le gouvernement du Québec n’était pas préparé aux cyberattaques.

Il a indiqué que le Conseil du trésor a un directeur de l’information chargé de veiller à la protection des données du gouvernement. Le ministère de la Sécurité publique dispose d’une unité chargée de réagir aux cyberattaques au sein de l’administration et de la police provinciale.

Mais les municipalités ne font pas partie du mandat de l’unité. «Les municipalités sont des entités autonomes chargées d’assurer la sécurité de leur infrastructure numérique», a dit M. Harvey.

Les serveurs de Mékinac ont été compromis après qu’un employé eut ouvert et cliqué sur un lien figurant dans un courriel frauduleux envoyé par les pirates.

L’identité et l’emplacement des pirates n’ont jamais été découverts.

M. Thompson a indiqué que la police s’était emparée de certains des ordinateurs à des fins d’analyse et avait demandé à son bureau de ne pas négocier ou transférer de l’argent à des criminels.

Mais M. Thompson a déclaré que sa région ne pouvait pas tenir compte de cet avis, car cela aurait signifié plusieurs mois de nouvelles entrées de données, nécessitant des coûts de plus de 30 000 $.

Les responsables à Mékinac ont donc payé, récupéré leurs données et tiré une leçon précieuse.

«En fin de compte, en termes de sécurité de notre système, (l’attaque) a été réellement positive», a soutenu M. Thompson.

Une entreprise locale de cybersécurité - pour 10 000 $ par an - aide la municipalité régionale à mettre en place des pare-feu et à crypter ses propres données.

«Nous ne sommes pratiquement plus vulnérables», a-t-il affirmé. «Tout est crypté maintenant. Chaque courriel est analysé avant même que nous le recevions.»

Il prévient que les petites villes de la province sont aussi vulnérables aux attaques que sa MRC.

«Chaque jour, notre système détecte les courriels malveillants qui tentent de pénétrer, mais ils sont stoppés, a-t-il déclaré. Mais les attaques se poursuivent.»

Actualités

La lutte contre les fausses nouvelles passera par les internautes

MONTRÉAL - La lutte contre les fausses nouvelles, un vieux phénomène qui a pris une ampleur nouvelle et inquiétante avec l’Internet, devra mobiliser de nombreux acteurs de la société, à commencer par vous, lecteurs et internautes.

Dans un ouvrage qui vient de paraître aux Presses de l’Université Laval intitulé «Les Fausses Nouvelles Nouveaux visages, nouveaux défis», un collectif de 15 auteurs internationaux issus du domaine académique, journalistique et juridique dresse un état de situation et présente quelques pistes pour contrer ce que plusieurs estiment être une menace à la démocratie.

Sous la direction de trois professeurs de journalisme (Florian Sauvageau), de science politique (Simon Thibault) et de droit (Pierre Trudel), l’ouvrage se heurte dès la première page à la définition de cette vague expression fourre-tout qu’est celle de «fausses nouvelles», le terme retenu «faute de mieux», avouent-ils.

Car si les phénomènes de désinformation, de propagande, de canular ou encore de satire - pour ne nommer que ceux-là - n’ont rien de nouveau, l’utilisation du terme «fake news» duquel découle l’expression française ouvre la porte non seulement sur ces derniers, mais aussi sur un discrédit de l’information factuelle et vérifiée par ceux qui n’aiment pas ou ne sont pas d’accord avec l’information en question.

Le président américain Donald Trump est d’ailleurs l’utilisateur le plus connu de la formule à cette fin: «L’accusation de «fake news» est devenue, dans la bouche de Donald Trump, la formule privilégiée pour combattre la vérité des faits», écrit le sociologue Serge Proulx, de l’Université de Montréal.

Pour les besoins de la cause, les auteurs s’en tiennent donc à une définition où ils abordent les fausses nouvelles sous l’angle de «la duperie (...) où différents acteurs, pour différents motifs (économiques, politiques, géostratégiques) ont cherché à tromper les internautes en diffusant de l’information semblable au contenu de la presse».

«Ça nous paraissait vraiment essentiel dans une perspective francophone d’avoir un ouvrage qui commence à parler de cet enjeu-là, qui commence à soulever le débat pour les lecteurs francophones», a fait valoir Simon Thibault en rencontre avec La Presse canadienne, lors du lancement de l’ouvrage.

«Déluge et pollution»

C’est en ces termes que le professeur d’éthique et de droit des médias de l’Université du Minnesota, Christopher Terry, décrit le phénomène contemporain de prolifération des fausses nouvelles.

«Le problème avec les fausses nouvelles vient de leur viralité, et leur viralité vient de leur capacité à exploiter la communication multilatérale des médias numériques pour se propager et muter», explique Tommaso Venturini, chercheur à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique de Paris.

Grâce à cette facilité nouvelle de se propager via le Web 2.0, les fausses nouvelles bénéficient d’un levier autrefois inexistant: l’appât du gain. Contrairement à l’époque où la propagande et la désinformation circulaient dans les grands médias, les algorithmes des plateformes telles que Facebook et Google attribuent une valeur monétaire à la diffusion, de sorte que le 21e siècle a vu apparaître des personnes qui rédigent des fausses nouvelles dans le seul but de faire de l’argent.

À cela s’ajoutent les robots qui rediffusent massivement de telles informations, et ce, tant à des fins idéologiques que financières, selon leur origine.

Là où le bât blesse, c’est par la rediffusion par les internautes crédules motivés, eux, par la réaction émotive. Des recherches démontrent que le premier vecteur d’engagement sur le web - ce qui motive les gens à intervenir par des «j’aime» ou par un partage - est l’indignation et c’est précisément ce que cherchent à soulever les titres accrocheurs et les articles de désinformation.

Par contre, même lorsque l’argent est le premier motivateur, le résultat demeure le même, comme l’indiquent les chercheurs Samantha Bradshaw et Philip Howard, de l’Oxford Internet Institute au Royaume-Uni: «Les algorithmes et l’analyse des mégadonnées rendent la subversion des processus politiques plus efficace que jamais. La démocratie est menacée», affirment-ils, faisant la démonstration par leurs travaux que les élections ont été perturbées dans les grandes démocraties par les technologies tout au long de 2016 et 2017.

Ce qu’eux appellent les «nouvelles bidon» (junk news) échangées sur les réseaux sociaux ont d’ailleurs surpassé les nouvelles professionnelles dans 12 des 16 états pivots où la lutte était serrée entre Hillary Clinton et Donald Trump et les robots politiques, ces «cybersoldats», ont été largement utilisés pour amplifier certaines nouvelles. Le phénomène ne se limite pas aux États-Unis: les deux chercheurs ont identifié une telle «manipulation organisée des médias sociaux» dans 28 pays en 2017.

L’information professionnelle débordée

L’Internet vient ainsi placer les fausses nouvelles en concurrence directe avec l’information factuelle et vérifiée selon les normes journalistiques professionnelles et les réseaux sociaux, avec leurs algorithmes qui dirigent vers le lecteur des contenus similaires, aggravent le problème en créant ce qu’il est désormais convenu d’appeler des «bulles informationnelles».

Comme le dit Serge Proulx, «quand Facebook devient la première source d’information politique, en particulier chez les jeunes, il existe un réel danger pour que les informations qui atteignent les individus enfermés dans leur bulle ne possèdent pas le degré suffisant de précision et de diversité pour que s’enclenchent des débats fructueux entre porteurs d’arguments contradictoires».

Le sociologue note qu’une autre voix s’ajoute à ce concert déjà discordant, celle du «journalisme soi-disant citoyen» avec lequel on s’éloigne de la rigueur du métier de journaliste qui exige une vérification systématique et un recoupement des sources des faits, une séparation entre faits et commentaires, entre faits et opinion.

L’information professionnelle débordée

L’Internet vient ainsi placer les fausses nouvelles en concurrence directe avec l’information factuelle et vérifiée selon les normes journalistiques professionnelles et les réseaux sociaux, avec leurs algorithmes qui dirigent vers le lecteur des contenus similaires, aggravent le problème en créant ce qu’il est désormais convenu d’appeler des «bulles informationnelles».

Comme le dit Serge Proulx, «quand Facebook devient la première source d’information politique, en particulier chez les jeunes, il existe un réel danger pour que les informations qui atteignent les individus enfermés dans leur bulle ne possèdent pas le degré suffisant de précision et de diversité pour que s’enclenchent des débats fructueux entre porteurs d’arguments contradictoires».

Le sociologue note qu’une autre voix s’ajoute à ce concert déjà discordant, celle du «journalisme soi-disant citoyen» avec lequel on s’éloigne de la rigueur du métier de journaliste qui exige une vérification systématique et un recoupement des sources des faits, une séparation entre faits et commentaires, entre faits et opinion.

Crise de confiance

Toute cette mouvance s’inscrit dans un contexte de crise des médias, souligne Normand Landry, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éducation aux médias de la TÉLUQ (Université du Québec). Cette crise comporte deux aspects, soit l’effondrement des revenus et du modèle d’affaires (qui s’est traduit par la fermeture de nombreux médias et des réductions de personnel importantes dans ceux qui survivent encore) et une précarisation croissante du métier de journaliste.

Cet effondrement, largement documenté, est le résultat du déplacement des dépenses publicitaires qui ont quitté les médias traditionnels pour aller vers le web et particulièrement les plateformes d’échange d’information et les réseaux sociaux qui s’emparent gratuitement des contenus des médias, vampirisant du même coup les revenus dont les médias ont besoin pour produire l’information en question, beaucoup plus coûteuse que la production de fausses nouvelles.

En parallèle, le chercheur décrit une crise de confiance d’une part croissante de la population devenue «méfiante, critique et sceptique» en raison de la croyance que les médias souffrent de biais et sont complices «d’intérêts politiques et économiques», une croyance souvent alimentée par les médias eux-mêmes lorsqu’ils errent sur les sentiers risqués du sensationnalisme ou maintiennent de faibles standards journalistiques.

Selon les données qu’il présente, un Canadien sur deux ne fait pas confiance aux médias et, pire encore, un Québécois sur deux - 59 pour cent chez les 18-34 - présume que les médias diffusent délibérément de fausses informations.

La combinaison de la prolifération des fausses nouvelles et de cette méfiance face à l’information vérifiée mène Normand Landry à reprendre la formulation de l’International Association for Media and Communication Reserach selon qui les fausses nouvelles «postulent que toutes les positions sont égales en raison de l’abondance de l’information en ligne (faits alternatifs, postfactuels) et menacent l’intégrité du savoir et du raisonnement scientifique».

Lutter contre les «fake news»

  • Les médias

Les médias et journalistes, malgré leur situation financière précaire dans l’environnement actuel, représentent l’un de quatre axes de lutte identifiés dans l’ouvrage.

Florian Sauvageau et Simon Thibault constatent qu’en réaction aux fausses nouvelles, les médias ont multiplié les rubriques de vérification des faits. Certaines fausses nouvelles, «aussi loufoques qu’incroyables» deviennent virales et c’est cette popularité qui «permet de penser que les médias n’ont sans doute pas tort de croire que leur réfutation est utile et fait partie de la nécessaire lutte aux fausses nouvelles».

Plus encore, ils notent sans complaisance que le public est préoccupé par «la qualité médiocre du journalisme (erreurs factuelles, simplification à outrance, titres trompeurs)», d’où la nécessité pour eux, comme le souligne Serge Proulx, de revoir les pratiques et standards journalistiques, d’instaurer des mesures serrées de validation et de procéder à une révision des politiques éditoriales pour mieux distinguer les opinions et les faits.

  • L’internaute

Les auteurs qui abordent le problème sont unanimes à réclamer une éducation critique aux médias, mais «cet objectif est plus complexe qu’il n’y paraît», admet d’emblée Serge Proulx.

«D’autres instances que l’individu - tels l’école, la famille, les médias eux-mêmes, les groupes associatifs, les Collectivités et l’État - doivent être mises à contribution dans ce travail d’éducation civique», écrit-il.

Idéalement, selon le sociologue, l’internaute devrait comprendre les technologies, le fonctionnement invisible des médias sociaux, les règles algorithmiques des moteurs de recherche et le système éducatif devrait développer les savoirs et compétences requis pour l’analyse critique de l’actualité, ce qu’il appelle l’»alphabétisation à l’actualité».

Il déplore l’insuffisance de l’éducation aux médias au Québec, notant que le volet éducation aux médias du curriculum est mal intégré, n’est pas une priorité et présente des carences dans la formation des enseignants.

  • Le législateur

La question de légiférer ou de réglementer le web est aussi soulevée à maintes reprises et est considérée, avec raison, comme étant extrêmement délicate en raison de ses implications face à la liberté d’expression.

Bradshaw et Howard écrivent à cet effet que «bien que les gouvernements soient impatients de réglementer sur ces questions qui affectent nos démocraties, il existe des raisons de craindre qu’une réglementation excessive puisse étouffer la liberté d’expression et justifier les actions des États non démocratiques», une réserve qui fait toutefois sourire dans le cas des «États non démocratiques» qui, habituellement, ne se soucient guère de la liberté d’expression et encore moins de se justifier.

L’ouvrage aborde les approches législatives tentées en France, en Allemagne et à l’échelle de l’Union européenne, notamment.

Ainsi, la récente loi allemande NetzDG, décrite par le professeur de droit Bernd Holznagel, de l’Université de Münster, prévoit de lourdes sanctions (jusqu’à 50 millions d’euros), mais les manquements doivent être «d’une gravité exceptionnelle» pour être sanctionnés, comme ce fut le cas avec une image de soldat tenant une mitraillette accompagnée de la légende: «La procédure de demande d’asile la plus rapide rejette 1400 requêtes par minute». Cette image, devenue virale, a valu des sanctions à tous ceux qui l’ont relayée dans les médias sociaux.

Aux États-Unis, Christopher Terry souligne que le premier amendement de la Constitution garantissant la liberté d’expression impose d’importantes contraintes, d’où la suggestion de traiter les fausses nouvelles, sur la base de leur rentabilité, comme un contenu commercial, qui ne bénéficie pas des mêmes protections et sur lequel des contraintes et obligations peuvent être imposées.

Bien que la solution réglementaire soit populaire, il rappelle à son tour le risque de confier le contrôle du processus aux politiciens ou aux fonctionnaires: «Je crains que le désir de contrôler les fausses nouvelles ne donne aux gouvernements le pouvoir de censurer l’information simplement en la déclarant fausse», une tendance à laquelle l’actuelle présidence américaine pourrait facilement succomber si l’on se fie à son comportement jusqu’ici, qui consiste à discréditer l’information en agissant exactement de la sorte.

Au Canada et au Québec, «le cadre réglementaire actuel d’Internet» basé sur les principes du choix des consommateurs «ne comporte pas d’incitations suffisantes à identifier et à supprimer les fausses informations», écrivent Pierre Trudel et Simon Thibault.

Il faut, selon eux, «que la régulation vise les processus algorithmiques et autres qui servent à calculer l’attention des internautes» et que les stratégies de régulation permettent de récupérer une portion des immenses recettes des géants du web pour les remettre aux producteurs d’informations factuelles et vérifiées.

  • Les géants du web

Finalement, certains auteurs, comme Victoria L. Rubin, spécialiste en information et médias de l’Université Western Ontario, se sont penchés sur les moyens technologiques à développer.

Bien que la détection automatisée des fausses nouvelles soit encore embryonnaire, elle prédit que ces technologies, en s’améliorant, «deviendront indispensables dans notre cyberéconomie textuelle, qui attribue une valeur marchande à l’attention et à la participation des utilisateurs et qui donne priorité à la viralité».

Elle insiste toutefois elle aussi la nécessité d’accompagner d’éventuelles solutions technologiques d’efforts d’éducation aux médias et d’une réglementation plus stricte des plateformes en ligne: «Les citoyens informés par voie numérique ne sont pas suffisamment conscients ou expérimentés en ce qui a trait à la diversité des modèles de tromperie numérique», fait-elle valoir.

Le paradoxe du Québec

Le journaliste Jeff Yates, spécialisé en détection de fausses nouvelles, dresse pour sa part un état des lieux dans l’univers cybernétique québécois pour en arriver à un curieux constat: si le Québec est trop petit pour susciter une diffusion massive de fausses nouvelles à des fins lucratives, il n’en héberge pas moins deux des plus importantes sources de «fake news» au monde, mais dont le contenu est destiné à un public hors-Québec.

Ces deux sources, le World News Daily Report (WDNR) et Mondialisation.ca/Globalresearch.ca, sont en effet gérées par des Québécois et représentent les deux plus importantes raisons pour produire de la fausse nouvelle: le profit dans le cas du premier et la propagande idéologique dans le cas du second.

Le WDNR est géré par deux Québécois (qui sont aussi derrière le site parodique «le Journal de Mourréal»), Olivier Legault et Janik Murray-Hall. Leur seul objectif est de faire de l’argent et cela semble malheureusement trop facile si l’on se fie aux propos d’Olivier Legault rapportés par l’auteur: «Tu peux inventer un peu tout et n’importe quoi et les gens vont y croire. Honnêtement c’est un peu inquiétant quand tu te rends compte de ça (...) Tant que tu confirmes ce qu’ils veulent croire, ils vont le partager. Si tu vas à l’encontre de leur opinion, ils vont tout de suite penser que c’est une fausse nouvelle. Mais si tu vas dans le sens de leur opinion, ils vont le partager tout de suite. Il perdent leur esprit critique.»

Globalresearch.ca (Mondialisation.ca), quant à lui, est le fait d’un ex-professeur de l’Université d’Ottawa qui habite aujourd’hui à Montréal, Michel Chossudovsky, qui a déjà été accusé d’avoir publié du matériel antisémite. Cet homme, dont les motivations sont incontestablement idéologiques, se dit attaqué par les «médias corporatifs pro-Israël».

Ses écrits évoquent toutes sortes de sinistres théories du complot et son site a servi à maintes reprises à rediffuser des articles de propagande russe, au point d’attirer l’attention de l’OTAN.

Sports

Une pilote de 17 ans frôle la mort au circuit de Macao [VIDÉO]

HONG KONG - Nouvelle frayeur dimanche au Grand Prix de Macao déjà plusieurs fois endeuillé: une pilote allemande de 17 ans a perdu le contrôle de sa monoplace qui s’est envolée, un accident dans lequel quatre autres personnes ont été blessées.

Lancée à plus de 200 km/h en arrivant dans un virage à angle droit, la Dallara-Mercedes de Sophia Flörsch a percuté un concurrent, décollé au-dessus des grillages de sécurité et fracassé une cabine abritant des photographes, avant de retomber dans une zone où se trouvaient des commissaires de piste.

«Je voulais indiquer à tout le monde que j’allais bien, et que je me faisais opérer demain matin. Merci pour vos messages de soutien», a tweeté quelques heures après le terrible écrasement l’Allemande de l’écurie Van Amersfoort Racing, qui a commencé la Formule 3 cette année.

Monde

Sommet de l’APEC: Trudeau satisfait des progrès malgré l’impasse

PORT MORESBY, Papouasie-Nouvelle — Les désaccords sur l’organe chargé de résoudre les différends commerciaux mondiaux ont divisé les pays de la région Asie-Pacifique lors d’un sommet économique international, faisant de ce rassemblement annuel la victime d’une guerre commerciale opposant les deux plus grandes économies du monde.

Les libéraux du premier ministre Justin Trudeau plaidaient pour des changements au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), suscitant l’ire du président américain Donald Trump, et avaient organisé une réunion le mois dernier à Ottawa pour commencer à élaborer une feuille de route pour les réformes.

Les États-Unis ont ouvertement bloqué la nomination de nouveaux juges pour le mécanisme de règlement des différends de l’OMC, appelé organe d’appel - une tactique qui menace de paralyser l’organisation et de l’empêcher de prendre des décisions.

Justin Trudeau a abordé la question lors d’une réunion avec le premier ministre chinois Li Keqiang mercredi dernier à Singapour. Le bureau de M. Trudeau a déclaré à ce moment que les deux parties avaient convenu d’approfondir leur coopération par le biais d’organisations telles que l’OMC.

Mais dimanche, il est apparu que les hostilités entre la Chine et les États-Unis contribuaient à une impasse au sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) en Papouasie-Nouvelle-Guinée sur la voie à suivre pour l’OMC et le commerce dans la région.

Lors de la conférence de presse de clôture, M. Trudeau a soutenu qu’il y avait un «large accord sur la façon dont nous devons soutenir nos citoyens et aller de l’avant pour améliorer la coopération».

«Mais je ne pense pas que ce soit une énorme surprise qu’il y ait des visions divergentes sur des éléments particuliers en matière de commerce et empêchant de parvenir à un consensus complet sur le communiqué (final)», a-t-il ajouté.

Lorsqu’on lui a demandé précisément quels pays étaient concernés, M. Trudeau a déclaré que les États-Unis et la Chine faisaient partie d’un groupe plus large.

Le président chinois Xi Jinping et le vice-président américain Mike Pence ont alimenté les hostilités samedi dans le combat pour une influence mondiale. Tous deux ont quitté le sommet dimanche en début d’après-midi au cœur de ce qui aurait été des négociations en coulisses tendues sur la formulation du communiqué final du sommet.

Selon l’Associated Press, les Américains auraient voulu que le communiqué final soit très ferme et condamne les pratiques commerciales injustes dont ils accusent la Chine. De leur côté, montrant du doigt les États-Unis, les Chinois auraient souhaité que le communiqué démontre une opposition claire au protectionnisme.

La Chine et les États-Unis au sein du PTPGP?

M. Trudeau a eu des entretiens dimanche avec les dirigeants de deux partenaires commerciaux clés - le premier ministre japonais Shinzo Abe et le premier ministre australien Scott Morrison - au cours desquels il a été question du sommet et de l’avenir d’un accord commercial entre 11 pays du littoral du Pacifique.

L’entente, connue sous le nom de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), a été un sujet maintes fois abordé par le premier ministre lors de son séjour dans la capitale de cette nation insulaire.

Le Canada est devenu l’un des six premiers signataires à ratifier le PTPGP, ouvrant la voie à son entrée en vigueur en décembre.

Des observateurs disent qu’il est question d’admettre les États-Unis et la Chine dans le PTPGP afin de créer un pacte commercial régional plus ambitieux.

S’exprimant par l’intermédiaire d’un traducteur, M. Abe a déclaré qu’il était prêt à travailler avec M. Trudeau «pour élargir ce secteur commercial, qui disposerait de règles libres et équitables» et créerait une relation plus étroite «afin de relever divers défis mondiaux».

M. Morrison a souligné que les pays qui ont ratifié l’accord «laissaient la porte ouverte à d’autres pour s’ajouter, ce que nous accueillerions volontiers».

Lors de sa rencontre avec le premier ministre australien, M. Trudeau a affirmé que le Canada et l’Australie s’étaient «alignés au cours des deux derniers jours sur les grandes questions de commerce et d’un ordre fondé sur des règles», tout en notant que «les discussions se poursuivent jusqu’à la dernière minute».

Lors de sa conférence de presse de clôture, M. Trudeau a déclaré que son gouvernement veillerait à la protection des intérêts canadiens au fil de la conclusion de l’accord. Le premier ministre a également affirmé que les libéraux respecteraient les obligations du gouvernement en vertu de l’accord, en étant interrogé sur une plus grande ouverture du marché canadien dans le secteur des produits laitiers.

«Il y a certes encore du travail à faire, mais il ne fait aucun doute que ce fut un très bon voyage pour célébrer le fait que nous allons de l’avant avec un excellent accord commercial qui complète l’accès du Canada à près des deux tiers de l’économie mondiale dans le cadre d’accords de libre-échange», a-t-il déclaré.

Le premier ministre a par ailleurs organisé une table ronde avec des dirigeants du Forum des Îles du Pacifique, où il a réaffirmé l’engagement du Canada à aider ces pays à lutter contre les changements climatiques. Il a également annoncé un nouveau financement de 20 millions de dollars pour augmenter l’assistance technique et le renforcement des capacités dans les petits États insulaires en développement. Ce montant aidera notamment dans les domaines de la gestion financière publique, de la capacité de supervision du secteur financier et de la promotion de la croissance inclusive.

Le premier ministre a également annoncé une contribution de 10 millions de dollars à l’appui de l’Initiative conjointe du Pacifique sur la biodiversité, les changements climatiques et la résilience.

Affaires

Postes Canada: le syndicat veut un médiateur

Après avoir rejeté la dernière offre contractuelle de Postes Canada, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) demande au gouvernement fédéral de nommer de nouveau un médiateur pour tenter de résoudre le conflit.

Postes Canada avait fait une proposition au syndicat de ses 50 000 employés mercredi dernier, dont l’échéance avait été fixée à samedi soir, minuit.

Une porte-parole de la ministre du Travail Patty Hajdu a refusé de dire si Ottawa acquiescerait à la demande d’un nouveau médiateur, disant simplement que le fait que les deux parties soient toujours déterminées à trouver une solution reste un bon signe.

«Nous sommes encouragés par la poursuite des discussions et continuerons d’examiner toutes les options pour trouver une solution», a affirmé Véronique Simard par courriel.

En soirée, le syndicat a indiqué que la ministre n’avait pas répondu à sa demande.

Le premier ministre Justin Trudeau y est allé samedi soir d’un appel de dernière minute aux deux parties, quelques heures avant l’expiration fixée par la société d’État pour ses plus récentes «offres finales». Sur Twitter, M. Trudeau a évoqué l’arrivée de la saison des achats des Fêtes et a exhorté les deux parties «à résoudre leurs différends rapidement et à conclure une entente».

Réponse du syndicat

Toutefois, à la fin du délai fixé pour les offres, le syndicat a publié un communiqué dans lequel il a répondu en présentant «une offre globale qui répond à nos besoins et à nos revendications».

Le STTP avait déclaré vendredi que les nouvelles propositions de Postes Canada constituaient des avancées positives, mais insuffisantes pour mettre fin aux grèves tournantes qui ont entraîné l’interruption des activités postales dans plus de 200 collectivités, créant ainsi un important arriéré de courrier. Le STTP a indiqué que les offres ne feraient pas l’objet de votes des membres.

Après l’échéance, Postes Canada a déclaré dimanche qu’elle examinait «les prochaines étapes».

Offres de l’employeur

Dans les offres présentées cette semaine par Postes Canada, le contrat de 4 ans, d’une valeur d’environ 650 millions $, comprenait des augmentations salariales de 2 % par année et une prime à la signature allant jusqu’à 1000 $ par employé. Postes Canada faisait valoir également par communiqué de «nouvelles dispositions de sécurité d’emploi» - sans dévoiler les détails -, notamment pour les facteurs ruraux et suburbains, qui ont dénoncé leur précarité, ainsi qu’un fonds de santé et sécurité de 10 millions $.

Le STTP a indiqué dimanche qu’il proposait des augmentations salariales de 2,9 % pour chaque année de la convention collective. Il a aussi fait état d’une disposition selon laquelle, après 1000 heures de travail au cours d’une année financière, les employés temporaires dans les secteurs urbains passeraient à un échelon salarial supérieur.

En début de soirée, le syndicat affirmait n’avoir obtenu aucune réponse de la partie patronale.

La menace d’une loi spéciale plane toujours. Ottawa pourrait intervenir pour forcer un retour au travail.

Les grèves tournantes devraient entre-temps se poursuivre.

Science

Non, on ne vient pas de prouver que le cellulaire cause le cancer

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Une étude parue au début du mois aurait apporté « certaines preuves » d’un lien entre le téléphone cellulaire et l’apparition de tumeurs. C’est ce qu’on a pu lire à gauche et à droite, avant que de nombreux autres médias n’apportent des nuances. Le Détecteur de rumeurs y voit une opportunité pour rappeler combien il est souvent difficile d’extrapoler des impacts sur les humains à partir d’études sur des rongeurs.

Les résultats de cette nouvelle étude, réalisée sous l’égide du Programme national de toxicologie du ministère américain de la santé, font état d’un impact mesurable mais « modeste » chez une partie des animaux de laboratoire, chez qui on observe, lit-on, une légère croissance de deux types de tumeurs, l’une au cœur et l’autre au cerveau. Mais depuis la parution de l’étude, le Détecteur de rumeurs a recensé au moins neuf bémols, certains avancés par les auteurs eux-mêmes, d’autres par des experts qui n’ont pas pris part à l’étude :

  • Les souris qui ont servi de cobayes ont été exposées aux radiations neuf heures par jour pendant toute leur vie (deux ans), soit loin au-delà de l’usage qu’un humain normal est capable de faire d’un téléphone, admettent les auteurs. Les rats qui ont aussi servi de cobayes ont quant à eux été exposés aux radiations avant même leur naissance, puis pendant deux ans.
  • Les animaux, placés dans des pièces spécialement conçues pour bloquer les radiations de l’extérieur, étaient exposés sur l’ensemble de leur corps aux radiations que l’on souhaitait tester, ce qui est différent de la façon dont un humain utilise normalement son téléphone, conviennent là aussi les auteurs.
  • Parce que les paramètres de l’étude ont commencé à être définis en 1999, celle-ci a utilisé des fréquences qui étaient celles des téléphones cellulaires des générations 2G et 3G, et ne sont donc plus employées depuis des années (les premiers 4G sont entrés sur le marché en 2008).
  • Le plus faible taux de radiation testé était égal au plus haut taux autorisé aux États-Unis pour un téléphone. Ce taux « est rarement atteint avec un usage typique d’un téléphone » soulignent les auteurs dans l’étude, dans la fiche descriptive rédigée à l’intention du grand public et dans leur communiqué. Le plus haut taux de radiation testé était quant à lui quatre fois plus élevé que la norme maximale autorisée.
  • Le nombre plus élevé de tumeurs n’a été observé que chez les rats mâles, pas chez les femelles ni chez les souris, alors qu’on aurait pu penser qu’elles seraient réparties également chez tous les animaux.
  • Chez ces mâles, la tumeur en question pour laquelle le lien semble le plus solide est le gliome malin, un cancer du cerveau. Environ 2 à 3 % des rats exposés aux radiations ont développé un gliome malin, contre aucun du groupe contrôle (celui qui n’a reçu aucune radiation). Le problème avec cette observation est que, bien que les causes du gliome malin chez les humains soient encore obscures, leur nombre reste très faible (1,4 % de tous les cancers aux États-Unis), même après 40 ans de téléphones cellulaires.
  • Le New York Times notait dès 2016, lors de la parution de la version préliminaire de l’étude, qu’il était étrange que le taux de gliome malin ait été de zéro dans le groupe contrôle. Dans des études précédentes du Programme national de toxicologie, même dans le groupe contrôle, en moyenne, 2 % des rats développaient des gliomes. Si ça c’était produit ici, «il n’y aurait eu virtuellement aucune différence» avec les rats exposés aux radiations.
  • Par conséquent, certains chercheurs ont été prompts à suggérer que ces 2 à 3 % puissent être le résultat du hasard. Dans une étude de ce genre, commente par exemple dans Popular Science le professeur de l’Université McGill Christopher Labos, si vous cherchez des taux de cancer plus élevés que la moyenne dans tous les organes des animaux, vous augmentez vos chances d’en trouver au moins un.
  • Étrangement, les rats exposés aux radiations sont ceux qui ont, en moyenne, vécu plus longtemps que les rats qui n’étaient pas exposés aux radiations.

Si ces bémols sont tellement gros qu’on voit difficilement comment les résultats pourraient s’appliquer aux humains, pourquoi alors les auteurs utilisent-ils l’expression «certaines preuves» en parlant d’un lien entre les radiations et les tumeurs.

Il se trouve que cette expression est d’usage dans le jargon scientifique lorsque les données semblent tendres vers un lien, même lorsque les chercheurs ne peuvent pas en expliquer les causes (comme c’est le cas ici). L’expression «certaines preuves» est un peu plus forte que «preuves incertaines» qui avait été proposée par un comité de réviseurs en mars dernier, mais moins forte que «cause probable», qui avait été envisagée dans la première version du rapport, en 2016.

Pour se démêler les radiations...

Les radiations «ionisantes» peuvent briser les liens entre les molécules et du coup, endommager notre ADN : on retrouve par exemple dans cette catégorie les rayons cosmiques et les rayons gamma émis par certaines matières radioactives, ainsi que les rayons X et certains types d’imageries utilisés en médecine.

Les «non ionisantes» peuvent, à haute fréquence, réchauffer, mais pas briser de molécules. C’est dans cette seconde catégorie que se situent toutes les technologies domestiques — fours micro-ondes, radios et téléphones, séchoirs à cheveux, rasoirs électriques, dispositifs antivol — et plusieurs moins domestiques, comme les radars.