Billie Flynn a cumulé une expérience que peu de pilotes de chasse atteignent au cours de leur carrière. Le Canadien d’origine est pilote d’essais du F-35.

Le F-35 recommandé par le pilote d’essai Billie Flynn

« Si on veut envoyer nos jeunes pilotes à la guerre, il faut s’assurer qu’ils vont revenir. Et avec le développement des missiles sol-air d’aujourd’hui, le seul moyen d’y parvenir, c’est avec le F-35. »

Billie Flynn ne cache pas ses couleurs. Le F-35 est le seul choix qui s’impose au Canada. Et celui qui travaille à ce projet pour Lockheed Martin depuis 10 ans et est LE pilote d’essai pour les trois versions de l’appareil le plus moderne au monde ne se laisse pas prier pour vendre son produit.

Sa feuille de route est impressionnante. Et grâce à lui, on peut même dire qu’il y a un peu de « Bleuets » dans le F-35.

En effet, basé à Patuxent River au Maryland, Billie Flynn a retrouvé un paysage familier lors de son week-end à Bagotville pendant le SAIB. Son père a été pilote de Voodoo pour l’Escadron 425. « Quand j’avais six ou sept ans, après la messe le dimanche, je montais dans le cockpit du Voodoo. C’est là que j’ai eu la piqûre », affirme celui qui est né en Allemagne, lorsque son père était affecté à la base canadienne de Baden-Baden. De plus, Billie a lui-même passé par Bagotville. Il était un tout jeune pilote quand l’aviation canadienne a reçu ses CF-18 flambant neufs.

Mieux encore, le 1er janvier 1985 à Bagotville, il est passé à l’histoire en étant le premier pilote de chasse à intercepter un Bear soviétique avec le nouveau chasseur canadien.

Billie Flynn a cumulé une expérience que peu de pilotes de chasse atteignent au cours de leur carrière. Le Canadien d’origine est pilote d’essais du F-35.

Basé plus tard en Allemagne, il a dirigé la force aérienne canadienne pendant la guerre du Kosovo. D’ailleurs, lors d’une petite soirée de retrouvailles tenue vendredi à Bagotville, on a souligné le 20e anniversaire (et un jour) de la fin de la mission canadienne à cette guerre. Non seulement Billie Flynn a cumulé 2000 heures sur le CF-18, un seuil que peu de pilotes atteignent, mais il en a fait presque autant aux commandes d’un F-16 de l’armée américaine, à la faveur d’un échange, et il a également piloté le Typhoon d’Eurofighter, il y a 20 ans. Il avait pris les commandes du concurrent du F-35 en tant que pilote d’essai allemand. Sa carrière exceptionnellement longue l’a amené dans le cockpit de 80 types d’appareils. Il s’est joint à Lockheed Martin comme pilote d’essai il y a 10 ans et depuis, il a poussé à leurs limites les trois modèles de F-35. Outre celui qu’on a pu voir à Bagotville, il a piloté la version STOVL (décollage court et atterrissage vertical) et celle pour les porte-avions.

Une catégorie à part

Billie Flynn avoue bien humblement que c’est son rôle de convaincre le Canada d’acheter le F-35, pas à l’armée canadienne. Mais pour lui, c’est un avion à part des autres. Rien ne peut l’égaler.

« Lockheed Martin a créé le Stealth (le bombardier furtif F-117 Nighthawk qui a permis de gagner la première Guerre du Golfe). Nous avons développé le F-22 et maintenant, le F-35. Il n’y a pas d’équivalent ailleurs dans le monde. C’est difficile à expliquer aux gens l’importance de la furtivité. Mais elle va permettre aux pilotes canadiens de faire leur mission et de revenir sans que personne ne les voie. Si on achète des Super Hornet ou des Typhoon, on va devoir utiliser les mêmes tactiques qu’avec le CF-18. Rien de plus, car nos ennemis sont capables de nous voir de loin. Or, avec les nouveaux missiles que nos adversaires (potentiels) ont développés, nos pilotes ne seront pas en sécurité avec des avions conventionnels (de 4e génération ou 4e génération et demie). Ils sont détectables et vulnérables pour ces missiles qui sont fatals. Le F-18, le F-15 ou tout autre avion qui n’est pas de cinquième génération n’a aucune chance face aux nouveaux moyens de défense.«

« Dans un contexte canadien, dit-il, c’est une question de survie pour nos pilotes. »

Capacité

Il y a deux ans, les amateurs d’aviation ont vu quelque chose d’inhabituel dans le ciel de Bagotville, lors du spectacle aérien de 2017 : un avion de chasse s’était pratiquement immobilisé dans les airs pour faire une rotation de 180 degrés, de quoi déconcerter n’importe quel ennemi. Le F-22, avec ses deux réacteurs orientables, avait ainsi démontré ses étonnantes capacités. Cette année, avec son seul réacteur fixe, le F-35 a fait la même chose avec la manoeuvre appelée « pedal turn ».

L’appareil a fait un tour sur lui même, comme suspendu dans le ciel, avec les pédales contrôlant son gouvernail de direction.

Outre ses capacités de vol et son système d’invisibilité devant les radars ennemis, le F-35 est un avion qui a des systèmes interconnectés avec les autres dans le ciel. « L’Awareness System » » fait en sorte que chaque appareil fournit aux autres les positions de l’ennemi. Tout en étant lui-même invisible dans le ciel, chaque F-35 permet à son pilote de voir jusqu’à100 kilomètres autour de lui.

+ LE COÛT A BAISSÉ À 80M$

Décrié après ses premiers essais, le F-35 « works », affirme Billie Flynn, pour répondre à un député de la Chambre des communes qui avait affirmé que l’avion ne « marchait pas ».

« Tous les avions ont connu des problèmes lors de leur mise en service et il n’a pas fait exception. On l’a mis au point et plus de 400 exemplaires ont été livrés à 13 aviations militaires sur 17 bases à travers le monde. Plus de 800 pilotes sont formés sur le F-35. »

Actuellement, le chasseur se détaille 80 millions de dollars, comparativement à 135 millions lorsqu’il est sorti des tables à dessin.

« C’est normal que les premiers prototypes coûtent cher. Mais les coûts baissent à mesure que la production avance. On avait promis d’atteindre 80 M $ et on a réussi un an plus tôt que prévu. »

À ce prix, ajoute Billie Flynn dans un français fort respectable, qu’on a un avion furtif de cinquième génération pour le prix d’un avion de quatrième génération !

Le Canada sous les libéraux de Jean Chrétien avait adhéré au consortium du Joint Strike Fighter pour développer l’avion de chasse du futur. Le fédéral y a investi 500 M $ dans la recherche. En retour, affirme Billie Flynn, il a reçu pour 1,25 milliard $ de retombées économiques.

« Cet avion, on va le construire pendant 40 ans. Le Canada aura des retombées pendant toutes ces années », ajoute le pilote d’essai, en énumérant quelques-unes des entreprises canadiennes fournisseuses de pièces.

Ainsi, Vancouver développe des logiciels, Honeywell à Toronto la climatisation, Héroux-Devtech à Montréal le train d’atterrissage, Électro-Optique de Montréal le nez de l’avion.

Lockheed Martin produira 131 F-35 cette année et 150 l’an prochain. Billie Flynn affirme que produire pour le Canada ne présente aucun problème. La compagnie sera prête à livrer les premiers appareils pour 2025 comme le souhaite Ottawa, si elle obtient le contrat, en respectant le calendrier de livraison échelonné sur sept ans que s’est donné le gouvernement. Normand Boivin

+ SEUL LE F-35 A RÉPONDU À L'INVITATION DU SAIB

Des quatre appareils en lice pour remplacer les CF-18, seul le F-35 a traversé le ciel de Bagotville en fin de semaine dernière.

À la 3e Escadre, on précise que les quatre constructeurs ont été invités. Boeing, fabricant du F-18 Super Hornet, a décliné l’offre. Quant à Eurofighter, fabricant du Typhoon, et SAAB, constructeur du Gripen, ils ne font pas de prestations en Amérique du Nord.

Officier des affaires publiques de la base, le lieutenant Gabriel Ferris précise que le F-35 qui a démontré ses capacités en fin de semaine ne représentait pas le manufacturier Lockheed Martin. Le Spectacle aérien international de Bagotville avait invité l’équipe de démonstration de l’US Air Force. Et cette année, l’Armée de l’air américaine a décidé d’utiliser le F-35 comme appareil de démonstration. Normand Boivin