Le F-35 Lightning

Le F-35 pour remplacer les CF-18

Le F-35 est le meilleur avion de chasse que peut acquérir le Canada et il satisfera les besoins de défense du pays pour les 50 prochaines années. Le gouvernement canadien n’a d’autre choix, et l’acquisition d’une vingtaine de F-18 usagés de la flotte australienne est une façon pour lui de gagner du temps et d’éviter de perdre la face avant les prochaines élections.

Le général à la retraite Yvan Blondin, ancien commandant de la Base de Bagotville et maintenant consultant en systèmes de défense, était aux premières loges lorsque le Canada a réalisé des études pour déterminer quel serait le meilleur avion de chasse pour remplacer la flotte vieillissante de CF-18.

«Pour éviter le biais des militaires, les travaux avaient été confiés à Travaux publics Canada et les trois études étaient claires: le F-35, s’il remplissait ses promesses de performances et de coût, était le meilleur appareil et le meilleur rapport qualité-prix», explique le général à la retraite.

«Évidemment, l’avion était encore en développement; des problèmes sont survenus et le prix était élevé. C’était tout à fait normal. Mais depuis, le chasseur a prouvé qu’il était en mesure de remplir ses promesses et les coûts sont passés de 120 M$ à 90 M$ pièce (prix estimé à la livraison à compter de 2022).»

Cela dit, Yvan Blondin est convaincu que le F-35 arriverait encore en tête si on refaisait les études et qu’il remportera les appels d’offres que lancera le gouvernement d’ici à 2019. «L’Eurofighter (Typhoon) dont on parle beaucoup coûte 120 M$. Donc, beaucoup plus cher que le F-35 et c’est un avion de quatrième génération et demie et non de cinquième génération. Il est une demi-génération en retard. Le Rafale français oscille aux alentours de 110 M$ et n’arrive pas à la hauteur du F-35, et le Gripen suédois est un avion de quatrième génération.»

Furtif

Le CF-18 est aussi un avion de quatrième génération. Donc, acheter un appareil équivalent comme le Gripen n’est pas un gain stratégique. L’équipement électronique de l’Eurofighter ou du Rafale en fait des avions de quatrième génération et demie, mais ils ne sont pas furtifs comme ceux de cinquième génération tel le F-35 et le F-22 qu’on a pu voir à Bagotville l’été dernier.

Même s’il est moins cher à l’achat, le Gripen serait le pire choix, selon l’ex-général Blondin, car il n’a pas la plateforme technologique nécessaire pour être mis à niveau dans 20 ou 25 ans. «C’est comme votre iPad. S’il est trop vieux, vous ne pouvez plus faire les mises à jour. C’est ce qui arrivera avec le Gripen et il n’aura plus aucune utilité.»

Le Super Hornet (le compétiteur le plus sérieux du F-35 selon M. Blondin, mais qui accuse 20 ans de retard technologique) pourrait supporter cette mise à niveau, mais dans 35 ans, il sera obsolète aussi, alors que le F-35 pourra avoir une carrière de 50 ans.

Problème américain

S’il fallait que le Canada opte quand même pour un avion européen, il rencontrerait un autre obstacle, selon Yvan Blondin.

«Nos avions ont absolument besoin des systèmes de communications compatibles avec les États-Unis. Ces systèmes sont ultra secrets. Et si le Canada devait dire non aux Américains en refusant les Super Hornet de Boeing ou les F-35 de Lockheed Martin, il n’est pas garanti que ceux-ci accepteront de fournir les systèmes pour son nouvel avion. Ils pourraient nous faire la vie dure.»

Or, l’Aviation royale canadienne et la US Air Force doivent travailler main dans la main pour la défense de l’espace aérien de l’Amérique du Nord et pour les missions de l’OTAN. Il faut que leurs systèmes soient compatibles.

Le lieutenant-général à la retraite Yvan Blondin a passé la majeure partie de sa carrière de pilote à Bagotville en plus d’être commandant.

Les libéraux coincés par leur promesse

Yvan Blondin croit que le gouvernement Trudeau est pris avec les déclarations qu’il a faites alors qu’il était dans l’opposition et critiquait le chasseur F-35.

« À l’époque, nous (les généraux) leur avions offert de les rencontrer pour leur expliquer le choix du F-35, mais ils avaient refusé. C’était un dossier politique », dit celui qui a retrouvé son droit de parole, maintenant qu’il est sorti de l’armée. Quand ils ont pris le pouvoir, ils se sont rendu compte que le F-35 est le bon choix mais ils ne peuvent plus reculer sans se mettre la tête sur le billot ; ils doivent donc trouver une porte de sortie. »

Le gouvernement a prétendu qu’en attendant l’arrivée des futurs chasseurs de remplacement, le Canada manquait d’appareils pour remplir ses obligations et l’achat des Super Hornet était la solution. Mais 13 anciens généraux ont signé une lettre, le 23 février 2017, pour faire comprendre au premier ministre que c’était une très mauvaise idée. « Nous lui avons fait part de notre inquiétude, de notre scepticisme face à cette nouvelle perception d’un “écart de capacité” à combler. L’argument selon lequel on les achète pour remplir nos obligations avec l’OTAN et NORAD, c’est un feu de paille. On n’est plus à l’époque de la Guerre froide où il fallait 135 avions en Europe et en Amérique du Nord pour contrer la menace soviétique.

Aujourd’hui, nous sommes toujours en mesure de remplir ces deux obligations, mais une à la fois. Nous n’avons donc pas besoin d’avions de plus pour ça », analyse l’ancien militaire. Nous lui avons dit que ce n’était pas vraiment une bonne idée d’acheter des Super Hornet, et recommandé de faire autre chose s’il tenait vraiment à combler un ‘‘écart de capacité’’. »

Bonne alternative

Au lieu de dépenser de 5 à 7 milliards $ inutilement pour acheter 18 Super Hornet neufs, l’acquisition des appareils australiens coûtera 500 M $ et assurera la survie de la flotte jusqu’en 2025. Mais dans un monde idéal, juge l’ex-général, le gouvernement fédéral irait en appel d’offres rapidement pour commencer à prendre livraison de ses nouveaux chasseurs lorsqu’on commencera à mettre nos CF-18 devenus trop vieux au rancart, à compter de 2021.

Toutefois, il comprend que les libéraux ont les mains attachées par leurs prises de position anti-F-35 quand les conservateurs étaient au pouvoir et qu’ils préfèrent attendre le début de leur prochain mandat pour agir.

En attendant, les F-18 australiens seront utiles pour permettre au gouvernement Trudeau d’étirer sa flotte jusqu’à l’arrivée des nouveaux chasseurs à compter de 2025.

« Nos 77 avions vont commencer à arriver à la fin de leur vie en 2021. Chaque année, il y en a qui seront mis au rencart et cela nous aurait posé des problèmes opérationnels. Les avions australiens vont nous permettre de ‘‘tougher’’. Ottawa achète du temps. C’est ça la réalité. »

Bonifier le contrat du F-35

Dans les circonstances, l’ancien militaire croit que le gouvernement aurait une porte de sortie honorable en refaisant ses devoirs. 

Lorsque le F-35 sortira gagnant des appels d’offres, ce dont il ne doute pas, ce sera à Ottawa d’aller négocier avec les Américains pour chercher le maximum de retombées pour le Québec et le Canada, avec de nouveaux contrats. La fabrication des moteurs, par exemple. Si le gouvernement achète des F-35 avec une entente meilleure que celle qu’avaient négociée les conservateurs, il pourra museler l’opposition et rendre l’achat plus acceptable tout en se donnant raison d’avoir attendu. 

Le Gripen Suédois
L’Eurofighter Typhoon
Le Rafale français

Ce qu'il a dit sur...

• Bagotville

L’acquisition de F-18 usagés au lieu de Super Hornet est une bonne nouvelle pour Bagotville. Car si le Canada était allé de l’avant avec cette option «inutile et coûteuse», les nouveaux appareils se seraient retrouvés à Cold Lake, en Alberta.

«C’est évident qu’on n’aurait pas divisé la flotte de 18 appareils en deux pour équiper les deux bases de chasse, a expliqué au Quotidien Yvan Blondin, car c’est une flotte complètement différente. C’est différent pour les pilotes, et différent pour les pièces et l’entretien.» Les répartir entre les deux bases de chasse aurait été inefficace et dispendieux.

«Les 18 ‘‘nouveaux’’ appareils iront combler les besoins de Cold Lake et Bagotville et c’est donc une bonne nouvelle pour vous», a analysé l’ancien commandant, qui entrevoit un bel avenir encore pour les installations de l’Aviation royale canadienne au Saguenay.

En effet, le ministre de la Défense, Hadjik Singh Sajjan, a annoncé que l’appel d’offres porterait sur l’acquisition de 88 nouveaux chasseurs de remplacement et non pas 67 comme prévu initialement.

«Ce sera plus d’avions et plus de pilotes qui se retrouveront à Bagotville», affirme celui qui garde une place importante dans son coeur pour les Alouettes (Escadron 425) et les Ti-Pics (Escadron 433).

• Les capacités du F-35

On a beaucoup critiqué les performances du F-35 en combat aérien, mais il faut comprendre que la guerre change. Selon Yvan Blondin, il a des capacités comparables au F-18. La différence, c’est qu’aujourd’hui, un avion de chasse détecte et attaque l’ennemi à longue distance (plus de 30 kilomètres) avant même que les pilotes soient à portée visuelle dans 75% des situations. «On n’est plus à l’époque de la Deuxième Guerre mondiale où les avions étaient abattus au canon en dogfight», dit-il. Le combat rapproché, où les pilotes font des acrobaties pour tenter d’abattre l’autre avec un missile, survient dans environ 25% des cas. Or, s’il est vrai que le F-35 est moins agile que certains chasseurs, ses systèmes furtifs qui le rendent pratiquement indétectable aux radars lui permettent d’attaquer l’ennemi avec ses missiles avant qu’il ne le détecte dans 95% des cas. Il ne restera que 5% des situations où le pilote devra utiliser ses habiletés en combat aérien rapproché et selon l’ex-pilote de chasse Blondin, il devrait quand même se tirer assez bien d’affaire.