Le directeur de la recherche au CIUSSS régional et titulaire de la Chaire sur les maladies chroniques en soins de première ligne, le Dr Martin Fortin, rayonne à l’international. Il a récemment présenté le fruit de son travail à Singapour et vient d’être intronisé à l’Académie canadienne des sciences de la santé. Il s’agit d’un poste prestigieux auquel une poignée de francophones ont eu jusqu’ici accès.

Le Dr Martin Fortin rayonne à l'international

Le médecin de famille et directeur de la recherche au Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Martin Fortin, est peu connu du public. Les travaux du professeur et chercheur spécialisé dans les maladies chroniques en soins de première ligne, réalisés ici même en région, sont cependant cités aux quatre coins du globe.

L’automne s’est avéré riche en événements heureux pour cet omnipraticien originaire de Matane, qui s’est établi dans la région par amour il y a une trentaine d’années. Celui qui a fait partie du petit groupe de médecins à l’origine du premier GMF à Chicoutimi, dont il a assumé la gouverne pendant quelque temps, s’est rendu à Singapour en octobre pour prononcer sept conférences. À l’invitation de la communauté scientifique du pays, il a parlé de ses travaux sur la valeur de l’interdisciplinarité en première ligne pour le traitement des maladies chroniques multiples. Si les premiers écrits scientifiques sur la multimorbidité remontent au début des années 90, Martin Fortin a été l’un des premiers cliniciens à se pencher réellement sur ce sujet en recherche au début des années 2000. 

«Comme médecin, je voyais mes patients aux prises avec des maladies chroniques multiples comme le diabète, l’asthme, l’hypertension et l’obésité et je trouvais ça frustrant de ne pas pouvoir mieux les aider. Je me disais : ‘‘est-ce qu’on en fait autant qu’on pourrait pour eux?’’», met en contexte celui qui est devenu directeur de la recherche au Centre de santé et des services sociaux (CSSS) de Chicoutimi, devenu le CIUSSS, en 2012. 

La première étude du Dr Martin Fortin, financée par le Fonds de recherche du Québec en santé, a donné lieu à la publication d’un article dans la revue Annals of Family Medicine. Après avoir recueilli des données auprès de la clientèle adulte de 21 cliniques de médecine de la région, le chercheur en est arrivé à la conclusion que le phénomène des maladies chroniques multiples chez les patients est la règle plutôt que l’exception. L’article du Dr Fortin a suscité l’intérêt de ses pairs et s’est retrouvé parmi les plus consultés et les plus cités par la gent médicale oeuvrant en première ligne. 

«Cette étude a littéralement mis le feu», raconte-t-il, en entrevue.

Depuis ce temps, le titulaire de la Chaire de recherche sur les maladies chroniques en soins de première ligne à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke (programme de formation médicale à Saguenay) creuse son sujet de prédilection. Il se questionne notamment sur les solutions permettant de mieux intervenir pour réduire le fardeau de la multimorbidité sur le système de santé et pour faciliter la vie des patients. Dans un contexte de vieillissement de la population, alors que le phénomène est appelé à croître, la mise en commun des forces en santé devient impérative.

«En travaillant avec plusieurs professionnels qui se mettent ensemble en réponse aux objectifs du patient, on est capables de changer la donne pour eux, d’améliorer l’autogestion et la qualité de vie», résume-t-il. 


« Cette étude a littéralement mis le feu. »
Dr Martin Fortin

Des conditions gagnantes pour le patient

Au fil de ses travaux, le Dr Martin Fortin a scientifiquement démontré, par l’entremise de données probantes, que l’approche intégrée favorise la mise en place de «conditions gagnantes» pour les patients aux prises avec plusieurs maladies chroniques. 

Selon lui, le fait de former des nutritionnistes, des kinésiologues et des infirmières et de les projeter en première ligne est profitable à tous les chapitres. 

«On sait maintenant que ça marche. Mon rôle, comme chercheur, est de continuer de documenter le sujet», poursuit celui qui fait partie d’une poignée de chercheurs à l’international mobilisés par cette même question. Martin Fortin est aussi membre administrateur du North American Primary Care Research Group (NAPCRG). Ses travaux et le modèle d’interdisciplinarité qui en a découlé ici en région ont bien sûr attiré l’attention du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Les données provenant de notre milieu donneront prochainement lieu à l’intégration de façons de faire similaires dans des GMF du Bas-Saint-Laurent.

Créer du savoir 

Prononcer des conférences dans d’autres pays et faire voyager le fruit de ses recherches au-delà des frontières du Canada s’avèrent payant pour la chaire de recherche du Dr Fortin. Pas en termes pécuniaires, mais en matière de rayonnement et de partage de connaissances. 

«Ça vient mousser la renommée de nos travaux. Tout chercheur a besoin d’étudiants, de financement et de publications. On a une chercheuse de Singapour qui est intéressée à venir faire des stages postdoctoraux ici. Quand on a des gens d’ailleurs qui viennent ici et qui retournent dans leur pays après, on contribue à l’exportation des modèles de soins et on crée du savoir ailleurs», fait valoir le Dr Fortin. 

Cochercheurs

Qui de mieux que des patients aux prises avec des maladies chroniques pour fournir un portrait réaliste du système de santé à ceux et celles qui ont le pouvoir de l’améliorer? Martin Fortin s’est inspiré du modèle employé par un collègue de la clinique MAYO, aux États-Unis, pour développer ce qu’il a baptisé des groupes de «cochercheurs». Formés d’une quinzaine de patients du GMF et d’agents de recherche, ils se réunissent une fois par mois pour discuter.

«C’est extrêmement riche. Ces gens-là ont tellement à nous donner. Ils nous sensibilisent réellement aux besoins des patients. Ça nous fait maturer et grandir», exprime-t-il.

Membre de l’Académie canadienne des sciences de la santé

Martin Fortin a récemment été reçu membre de la prestigieuse Académie canadienne des sciences de la santé (ACSS). Ce n’est nul autre que l’ancien ministre péquiste Réjean Hébert qui a soumis sa candidature.

Il s’agit d’une nomination de prestige pour le médecin et chercheur, fils d’agriculteur et dernier d’une famille de 21 enfants pour qui la pratique de la médecine représentait jadis un rêve inaccessible. 

L’Académie compte environ 700 membres et seulement une poignée de francophones. C’est la première fois qu’un médecin de la région y est intronisé. En cette nomination, Martin Fortin voit la chance d’influencer les politiques de façon à faire avancer le système de santé.

Pour couronner le tout, le chercheur a aussi été nommé président de la section chercheurs du Collège des médecins de famille du Canada, lequel regroupe 32 000 omnipraticiens de partout au pays. Il estime que cette fonction lui permettra de «travailler à un autre niveau, d’unir les forces et de stimuler la recherche». 

Ces fonctions de prestige n’empêcheront pas le Dr Fortin de continuer de suivre ses patients en clinique à raison de deux à trois demi-journées par semaine.