Vincent-Guillaume Otis et Gabrielle Marion, comédienne du film Gabrielle de Louise Archambault, sont les porte-parole de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle.
Vincent-Guillaume Otis et Gabrielle Marion, comédienne du film Gabrielle de Louise Archambault, sont les porte-parole de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle.

Le double rôle de Vincent-Guillaume Otis

Anne-Marie Gravel
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien
En choisissant de devenir comédien, Vincent-Guillaume Otis souhaitait camper des personnages, évidemment, mais il comptait aussi jouer un rôle social en s’impliquant pour la cause de la déficience intellectuelle. Interprète de Babine, le « fou du village » issu de l’univers de Fred Pellerin, mais surtout grand frère de Jean-Sébastien, atteint d’une déficience intellectuelle, la Société québécoise de la déficience intellectuelle n’aurait pu trouver meilleur porte-parole.

Vincent-Guillaume Otis est porte-parole de la Société québécoise de la déficience intellectuelle depuis 12 ans. À l’aube de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle (SQDI), qui se tiendra du 15 au 21 mars, il réussit à trouver du temps dans un horaire bien chargé pour la cause qui lui tient à coeur, convaincu qu’en parler permet de faire tomber les tabous.

« Quand je suis devenu artiste, je me suis dit que dès que j’aurais la ‘‘notoriété’’ nécessaire, je m’impliquerais pour la cause. Pour moi, ce métier vient avec un devoir, une responsabilité. On se doit de se servir de notre visibilité, explique le comédien au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. C’est grâce aux gens que je suis rendu où j’en suis. Je me dois de leur remettre ça. Je voulais redonner ce que mon frère m’a donné, partager les effets positifs de côtoyer une personne ayant une déficience intellectuelle ».

Vincent-Guillaume et Jean-Sébastien n’ont que 13 mois de différence. L’aîné assure qu’il a passé les premières années de sa vie à jouer avec son frère, sans savoir que celui-ci était différent.

« Il avait des forces et des faiblesses, comme moi. Il n’avait pas d’étiquette dans ma tête, jusqu’à ce qu’on soit confrontés au monde. C’est mon frère. Pour moi, il n’y a pas de différence. »

Lorsqu’il a auditionné pour le rôle de Babine, un personnage simple d’esprit, Vincent-Guillaume Otis n’a pas révélé qu’il connaissait bien la déficience intellectuelle.

Il a agi de la même façon lorsqu’un rôle lui a été confié dans Gabrielle de Louise Archambault, un film qui traite d’une histoire d’amour entre deux jeunes adultes handicapés.

« Je n’avais pas envie de profiter d’un capital de sympathie », explique-t-il.

C’est après l’arrivée de Babine sur grand écran que la Société québécoise de la déficience intellectuelle l’a abordé. « Ils cherchaient un nouveau porte-parole. On m’a approché. C’était comme si j’avais attendu ce moment-là. J’attendais d’avoir assez de ‘‘notoriété’’ pour en faire profiter cette cause. »

Vincent-Guillaume Otis et Gabrielle Marion, comédienne du film Gabrielle de Louise Archambault, sont les porte-paroles de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle.

Les films qui traitent de déficience intellectuelle n’étant pas nombreux, le parcours de Vincent-Guillaume Otis donne l’impression d’avoir été tracé à l’avance.

« Je crois au destin, mais je crois aussi qu’on fait notre chemin. C’est un heureux mélange des deux. C’est aussi un hasard si Luc Picard (Babine) et Louise Archambault (Gabrielle) ont décidé de me voir en audition. »

L’effet positif de jouer dans District 31

Vincent-Guillaume Otis affirme qu’il a vu son impact à titre de porte-parole évoluer au cours des 12 dernières années. Inévitablement, l’effet District 31 se fait sentir.

« Au départ, quand on faisait un lancement, il n’y avait presque personne. Les demandes d’entrevue étaient rares. Avec le temps, il y en a eu de plus en plus. Ce n’est pas juste à cause de moi, mais je fais partie de l’équation. Beaucoup de gens écoutent District 31. Ça a eu un impact, c’est sûr. »

Cette visibilité, Vincent-Guillaume Otis est heureux de l’utiliser à bon escient.

« Avoir mon frère dans ma vie, c’est une chance. Il m’apprend la résilience, la compassion, à vivre dans le moment présent. C’est grâce à lui que j’ai développé des valeurs d’ouverture et de tolérance que j’ai ensuite transmises à mes enfants. »

Le comédien convient tout de même que les choses n’ont pas toujours été faciles.

« Je suis aussi porte-parole pour tous les frères et soeurs qui se retrouvent avec une responsabilité lourde. Quand ton frère a une déficience, tu ne deviens pas un parent, mais tu développes très jeune un sens des responsabilités très fort. Parfois ce n’est pas drôle. Quand les autres rient de lui, que ça te fait de la peine, mais que toi aussi tu as envie d’être cool, c’est difficile. Des fois, quand tu es jeune, tu as honte. Et ce n’est pas grave de le dire. On n’est pas obligé d’être un superman. Plus tard, on comprend que c’est une chance. »

Vincent-Guillaume Otis assure que les perceptions évoluent.

« En 12 ans, j’ai vu beaucoup d’améliorations. Je vois une ouverture. On en parle beaucoup plus et c’est en en parlant qu’on fait tomber les préjugés. Démystifier, ça fait tomber les barrières. »

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PATRICK BISSONNETTE, UN RÔLE QUI CHANGE UNE VIE

Patrick Bissonnette reviendra sur nos écrans l’automne prochain. Vincent-Guillaume Otis poursuivra ainsi l’aventure District 31, savourant ce qu’il qualifie de « chance unique » dans la vie d’un comédien.

District 31, ça change la vie d’un acteur, Vincent-Guillaume Otis est bien placé pour le savoir. Depuis quatre ans, tout son temps, ou presque, est consacré à la série télévisée.

« C’est très intense. Je ne suis pas un acteur qui s’éparpille. Actuellement, j’ai un rôle et une cause. C’est là-dessus que je me concentre. Il n’y a de place pour rien d’autre », assure celui qui est aussi papa de trois enfants.

Depuis quatre ans, le comédien prend part à 110 jours de tournage annuellement. Il a aussi entre 50 et 70 pages de textes à apprendre chaque semaine.

« La première année, je réservais un bloc de quatre heures pour apprendre mes textes le samedi et quatre autres heures le dimanche, en plus des trous dans l’horaire la semaine. Avec le temps, plus je sais comment est le personnage. Maintenant, je sais où il va plus facilement. Les trous dans l’horaire permettent d’apprendre mes textes. La fin de semaine, je révise seulement. »

Vincent-Guillaume Otis et ses collègues reçoivent les textes « au compte-gouttes ».

« J’apprends la semaine d’avant les quatre épisodes de la semaine suivante », explique celui qui est convaincu que la finale, qui sera tournée la semaine du 27 mars prochain, tiendra les téléspectateurs en haleine. « La finale va être envoûtante et incroyable, j’en suis certain. L’écriture de Luc Dionne est très ‘‘punchée’’. »

Les tournages reprendront à la fin juillet pour la saison d’automne. « On apprend à gérer son énergie pour ne pas en manquer à la fin. C’est exigeant, mais c’est aussi une chance exceptionnelle. C’est un médium formidable pour un acteur, une chance unique de travailler un personnage sur une aussi longue période. Le personnage évolue comme évolue un être humain normal en quatre ans. C’est vraiment une chance rare, un privilège. »