Sonia Rhéaume et son fils Mickaël ont participé au défi Chaîne de vie pour le don d'organes dimanche dernier.

Le don d'organes de Félix: une chaîne de vie qui apaise

La mort de Félix Belley, victime d’un accident de voiture en avril dernier à l’âge de 18 ans, n’aura pas été vaine. Cette phrase peut paraître clichée, mais pour sa mère, Sonia Rhéaume, le multiple don d’organes du jeune homme a contribué à adoucir les étapes du deuil.

Dimanche dernier, Sonia Rhéaume et son fils aîné Mickaël ont pris part au défi Chaîne de vie sur les monts Valin en tant que famille de donneurs. L’événement, qui se déroule à l’échelle provinciale, a pour but de permettre à des équipes de gravir une montagne pour la cause. Celle-ci en bénéficie puisque le public est invité à faire des dons aux participants, notamment des médecins, des infirmières, des personnes ayant subi une greffe et des proches de donneurs. Le mouvement a aussi pour but de réunir des personnes qui sont touchées de près ou de loin par le don d’organes.

Sonia Rhéaume ne veut pas revenir sur les événements entourant la mort de Félix. Pour elle, ce qui est important aujourd’hui, c’est de parler le plus possible de cette cause qu’elle a épousée et qui est devenue, en quelque sorte, son salut. 

« Le geste qu’a posé Félix m’a permis de ressentir une grande sérénité très rapidement. Oui, j’ai vécu de la tristesse et j’en vis encore. Mais j’ai décidé de vivre. Grâce au don d’organes de mon fils et à mon implication pour la cause, ça m’a aidée à passer au travers. En t’impliquant comme ça, tu mets ton énergie ailleurs au lieu de t’apitoyer et de te concentrer sur la perte de quelqu’un », croit-elle.

La mère de famille explique que son fils avait consenti au don d’organes il y a quelques années. Dans les heures qui ont suivi sa mort à la suite d’un accident survenu sur le boulevard Saguenay, à Chicoutimi, les membres de la famille ont choisi d’honorer les volontés du jeune homme. Ils ont appris que six de ses organes pouvaient être prélevés, pour être ensuite transplantés chez des personnes dans le besoin. C’est la tête de Félix qui a encaissé le choc lors de la collision. Son coeur, ses poumons et ses reins étaient intacts.

Lorsqu’elle a annoncé sur Facebook le « cadeau » de Félix peu après son départ, Sonia Rhéaume a recueilli une pluie de commentaires positifs. Son statut a été partagé des centaines de fois et elle a reçu de nombreux messages d’encouragement de la part d’internautes. 

La mère de Félix a reçu le tout comme une grande dose d’amour, de l’énergie dont elle compare l’effet à l’endorphine chez les sportifs.

« Le geste qu’a posé Félix m’a permis de ressentir une grande sérénité très rapidement. »

Sonia Rhéaume

« La cause m’a tellement aidée. J’étais fière que les organes de Félix puissent servir à d’autres. C’est important de sensibiliser les jeunes à propos du don d’organes et les inviter à en parler avec leurs familles pour qu’ils comprennent à quel point ce geste a une valeur inestimable pour quelqu’un qui est en attente », poursuit Sonia Rhéaume.

Son grand, Mickaël, a reçu l’annonce de la mort de son petit frère comme une gifle. Celui qui habite Québec confie qu’il s’est effondré lorsque son père lui a appris la nouvelle par téléphone. Félix et Mickaël étaient très proches et l’aîné se souvient d’avoir toujours emmené son petit frère partout avec lui. 

« Je suis aussi son parrain. Il n’y a rien qu’on n’a pas fait ensemble. Je l’ai gardé, j’ai changé ses couches, je l’emmenais faire du vélo. Il était mon plus grand fan », raconte Mickaël, 25 ans.


Le geste qu’a posé Félix m’a permis de ressentir une grande sérénité très rapidement. Oui, j’ai vécu de la tristesse et j’en vis encore. Mais j’ai décidé de vivre. Grâce au don d’organes de mon fils et à mon implication pour la cause, ça m’a aidée à passer au travers.
Sonia Rhéaume

Mickaël invite les jeunes à parler du don d’organes

Prêter sa voix à la cause du don d’organes a procuré un bien fou à Mickaël Belley. Le jeune homme, qui est retourné à l’école à l’âge adulte pour devenir camionneur, ne se serait jamais imaginé prendre la parole en public et accorder des entrevues dans le but de faire de la sensibilisation. 

À l’instar de sa mère, Mickaël Belley veut s’investir pour la cause. Il croit qu’il est envisageable, pour lui, de livrer un jour des conférences dans les écoles pour parler de Félix, de la grandeur du geste qu’il a posé et de l’importance de parler ouvertement du don d’organes.

« Il faut en parler. Il faut aussi prendre le temps de se dire qu’on s’aime pour vrai, en personne, pas juste en se parlant sur les réseaux sociaux [...]. Le jour du décès de mon frère, je l’ai pris dans les bras et je lui ai dit que je l’aimais. On le faisait souvent et on se disait d’être prudents sur la route », poursuit Mickaël, qui devient très ému en racontant ce moment d’intimité fraternelle. 

Le décès de Félix est survenu pendant la semaine de sensibilisation au don d’organes. Sa mère dit que sans le savoir, il a été un médecin sans frontières. Sonia Rhéaume a vécu des hauts et des bas au cours des dernières années au plan personnel et s’est réorientée en termes professionnels. Aujourd’hui, les possessions matérielles sont devenues secondaires pour elle. Ironiquement, peut-être, la mort de Félix a permis à cette femme qui puise du réconfort dans les relations humaines de trouver sa « mission de vie ». 

« Tu te découvres à travers les épreuves et j’ai l’impression que c’est ce qui m’est arrivé. Le don de Félix a été un élan. Cette cause m’a aidée et je voudrais l’aider en retour », exprime-t-elle.

Heureuse, la maman précise qu’elle place Félix au présent et qu’il demeure bien vivant dans son coeur. C’est d’ailleurs avec celui-ci gonflé d’amour et de fierté que Sonia Rhéaume a pu échanger avec la famille de la personne qui a reçu un des reins de Félix, une jeune enseignante et mère de famille de 27 ans. Elle précise que grâce au don d’organes et de tissu, des donneurs comme Félix peuvent aider jusqu’à 40 personnes.

Rapprochement

Pointant un doigt vers le réfrigérateur, où une photographie d’elle entourée de ses deux fils occupe une place de choix, Sonia Rhéaume fait part de sa volonté d’« axer sur les beaux moments ». Comme celui-là, immortalisé sur le cliché, alors que le trio souriant profitait de vacances dans les montagnes de Banff.

« Les moments de qualité que je n’ai pas eus ou que je n’aurai jamais avec Félix, je les passe avec Mickaël », confie-t-elle. 

Elle insiste sur le fait que l’un ne peut remplacer l’autre. C’était le cas avant ce soir fatidique d’avril et la situation n’a pas changé aujourd’hui. Mais pour Sonia Rhéaume, le rapprochement avec son grand est salvateur. C’est pourquoi elle n’hésite pas à lui dire, quand bon lui semble, « je t’aime ».