Des tests génétiques ont confirmé la présence de la carpe asiastique du roseau sur 16 sites différents au Québec, dont les rivières Richelieu et Saint-François, en plus de certaines zones du fleuve.

Le cycle d'invasion confirmé

La carpe asiatique de roseau, dont la présence a été détectée dans 16 endroits le long du fleuve Saint-Laurent, pourrait très bien franchir les 150 kilomètres d'eau salée, entre l'île d'Orléans et Tadoussac, pour remonter le fjord du Saguenay et ainsi coloniser certains habitats comme les battures de Saint-Fulgence où il y a la présence d'herbiers.
Mardi matin, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a confirmé que le Québec entrait officiellement dans un important cycle d'invasion d'une espèce indésirable qui menace la pêche sportive. Après une capture accidentelle d'une carpe de roseau dans la région de Contrecoeur, les biologistes ont utilisé les tests de détection génétique. L'exercice, dont la véracité est incontestable, confirme la présence de ces poissons sur 16 sites différents, dont les rivières Richelieu et Saint-François, en plus de certaines zones du fleuve.
« Malheureusement, on ne peut pas dire que la carpe ne réussira pas à se déplacer vers d'autres secteurs. Dans certains cas, l'espèce a même franchi des bras de mer pour se rendre coloniser d'autres zones sur des distances de 500 à 1000 kilomètres. La carpe a une certaine capacité à évoluer dans l'eau salée », explique Véronik de la Chenelière, biologiste et chef du Service de la gestion des habitats aquatiques et de la production piscicole, direction de l'expertise sur la faune aquatique au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.
Dans cette perspective, la fonctionnaire explique que le point de presse de mardi, qui se veut d'une grande transparence, a pour objectif de bien faire comprendre que le ministère prend cette problématique d'invasion très au sérieux. La pêche sportive au Québec représente des milliards de dollars en retombées économiques et la présence de ces poissons dans les herbiers du fleuve aura un jour ou l'autre des conséquences majeures sur des espèces comme la perchaude ou le brochet. Le ministère a des craintes de voir la carpe de roseau gagner les tributaires du fleuve avec des impacts potentiels sur d'autres espèces.
Restrictions sur les poissons-appâts
Le ministère a donc procédé à des restrictions sur l'utilisation des poissons-appâts pour certaines pêcheries. Désormais, la pêche avec des poissons-appâts vivants sera strictement interdite au Québec. Le ministère conserve toutefois la pêche hivernale avec des poissons-appâts morts. Le ministère entend donc travailleur en étroite collaboration avec cette industrie.
« À compter du 1er avril 2017, il sera donc interdit d'utiliser des poissons-appâts vivants en période hivernale partout au Québec. Par ailleurs, afin de réduire les risques de propagation d'espèces indésirables, le ministère rappelle que les modalités annoncées en 2012, concernant l'interdiction d'utiliser des poissons-appâts morts en période estivale, seront également effectives, tel que prévu à compter du 1er avril 2017 », précise le communiqué officiel.
Intensifier la sensibilisation des pêcheurs sportifs
Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs entend également intensifier la sensibilisation des pêcheurs sportifs sur d'autres aspects tous aussi importants que la gestion serrée des poissons-appâts. Il s'agit de la gestion des viviers dans les embarcations et du lavage des bateaux pour éviter la propagation de pathogènes d'un plan d'eau à l'autre.
À titre d'exemple, un pêcheur qui utilise de l'eau contenant des poissons à l'état larvaire dans le lac Saint-Pierre et qui déplace l'embarcation au lac Saint-Jean sur une remorque et décide de vidanger l'eau du vivier provenant du St-Laurent peut facilement procéder à l'introduction d'une espèce non désirée.
La carpe asiatique franchit généralement des zones d'eau salée afin d'atteindre des bassins d'eau douce où elle s'installe définitivement. La zone du Saint-Laurent où elle a été capturée ressemble beaucoup à son habitat en Asie.
La biologiste Véronik de la Chenelière explique qu'il est même difficile de penser mettre à profit ce poisson puisque les expériences de pêche commerciale aux États-Unis n'ont pas donné de résultat positif. La carpe a été introduite à partir du Missouri et a remonté vers le nord. Elle a été introduite par l'aquaculture.
La pêche sportive régionale a déjà été hypothéquée par l'introduction d'espèces non désirées provenant d'écosystèmes de l'extérieur. Il y a eu l'exemple de la barbotte brune dans le lac Saint-Jean et évidemment le meunier noir dans les plus beaux territoires d'omble de fontaine. Le meunier noir a été introduit par des pêcheurs ou pourvoyeurs peu scrupuleux à la recherche de trophées.