L’équipement utilisé lors de telles opérations pèse 82 livres, incluant l’arme. La policière peut être dans la même position durant de longues heures.

Le crime dans la mire

Petite, l’Almatoise Mireille Gagnon savait déjà qu’elle voulait être policière. Patrouilleuse à la Sécurité publique de Saguenay depuis 2005, l’agente de 36 ans est aujourd’hui l’une des seules femmes du Québec à manier l’arme longue et à être spécialisées dans les opérations telles que les prises d’otage, les sièges et les fusillades. Rencontre avec une femme qui est loin d’avoir froid aux yeux et qui n’a jamais craint de sortir des sentiers battus.

C’est avec son grand-père que Mireille Gagnon a été initiée au tir, lorsqu’elle était jeune. « J’ai toujours été un peu “Tom Boy”. J’allais à la chasse régulièrement avec mon grand-père. Je ne peux pas dire que j’ai une grande passion pour les armes à feu, mais je me suis découvert des habiletés rapidement pour le tir. Et j’ai vite voulu devenir policière, après avoir rêvé quelque temps de devenir actrice, comme bien des filles ! », raconte Mireille Gagnon, lorsque rencontrée au quartier général de la Sécurité publique de Saguenay. L’organisation souhaitait que la policière partage son parcours, en marge de la Journée internationale de la femme.

Mireille Gagnon est opératrice d’armes longues à la Sécurité publique de Saguenay. Elle est l’une des seules femmes du Québec à avoir réussi les qualifications. Pour des raisons de sécurité, elle préfère ne pas dévoiler son visage.

C’est que Mireille Gagnon a su sortir du lot et se tailler une place assez rapidement au sein de la police. En effet, il y a deux ans, elle a réussi haut la main les examens pour obtenir la qualification d’opératrice d’armes longues, une spécialité rare chez les policières au Québec.

Et les tests de qualification de Nicolet n’ont rien d’une partie de plaisir. « Lorsque j’ai obtenu ma spécialité, j’étais la première femme de l’Est-du-Québec à réussir les examens. Je ne veux pas être sexiste, mais il y a beaucoup de gars qui ne l’ont pas réussi ! En plus des examens de tirs, nous devions aussi passer des tests psychométriques, afin de bien cerner notre personnalité et notre capacité mentale à encaisser ce genre de situation. Et, évidemment, il faut être en très bonne forme physique », explique Mireille Gagnon, qui s’entraîne depuis de nombreuses années en plus de pratiquer la boxe.

Les opérateurs d’armes longues à la police de Saguenay, c’est un peu comme nos tireurs d’élite. Dépêchés sur les opérations d’urgence telles que les longs sièges de barricadés, Mireille Gagnon a participé à dix déploiements au cours des 18 derniers mois. Elle est appelée à rester en place durant des heures, vêtue d’un équipement pesant 82 livres, si on compte l’arme longue utilisée. L’arme de calibre .223 a une portée de plusieurs centaines de mètres.

Sa plus longue opération ? « C’était cet hiver, sur la rue des Champs-Élysées. Je suis restée en position durant 12 heures. Il faut être en forme physiquement, car sinon, le psychologique ne suivra pas. On sait quand ça commence, mais on ignore à quel moment l’opération va se terminer. Et ça peut être très long », souligne la policière, qui a quand même eu droit à une pause. La semaine dernière, elle a d’ailleurs été dépêchée à Jonquière, où un homme menaçait de se suicider. L’opération n’a finalement duré que quelques minutes. L’homme s’est rendu sans résistance.

Évidemment, on ne peut pas parler à une opératrice d’armes longues sans lui demander si elle a déjà eu à faire feu. « Non. Mais je suis prête à le faire si la situation le demande. Je sais que si j’abats quelqu’un, ça va changer ma vie. Mais je ne l’appréhende pas avec crainte. C’est mon travail. Mais le but n’est pas de tirer. Le but est de sauver des gens et de protéger la population », note l’agente.

Et si elle tire, ce sera sa décision. « Nous n’avons pas à suivre un ordre de tirer. Il faut que ce soit notre décision, avec ce qu’on voit et ce qu’on vit. Même si mon supérieur me dit de tirer, si je ne suis pas à l’aise avec l’ordre, je n’ai pas à le faire. Je suis responsable de mon arme et de ce que j’en fais », précise Mireille Gagnon, qui est maman d’un petit garçon et d’une petite fille et belle-maman de deux autres enfants. Évidemment, ses enfants sont bien fiers de leur mère.

« Mon garçon de huit ans me trouve pas mal “hot” ! , lance la policière, en riant. C’est ma mère qui aime moins ça », ajoute-t-elle.

«Mireille, c’est une police»

Mireille Gagnon estime que les femmes sont très bien accueillies au sein de la police. Elle n’a jamais eu à subir de commentaires désobligeants de la part de ses collègues. Mais, encore aujourd’hui, être policière représente son lot de défis.

« Les policiers sont gentils, tout le monde a toujours été super accueillant avec moi. Disons que les commentaires viennent surtout des gars avec qui on intervient !, souligne la policière de 36 ans. Les gens sont encore surpris de voir arriver une femme sur un lieu d’intervention. Surtout lorsqu’on est deux patrouilleuses ensemble. Mais bon, ça ne me dérange pas vraiment. Je suis capable de leur répondre, j’ai du caractère ! », lance Mireille Gagnon. 

Le sergent Dominic Simard, présent à l’entrevue, est fier de compter sur la policière dans ses rangs. 

« Il y a 26 ans, lorsque j’ai commencé, les gars se battaient pour ne pas être en équipe avec une femme... Ç’a bien changé et c’est tant mieux. Aujourd’hui, on ne parle pas de femme ou d’homme, on parle de police. Mireille, c’est une police. Pas une femme policière », souligne le sergent Simard.